The Who by Numbers, Steve Grantley & Alan G. Parker, chronique Paris Move, janvier 2019

THE WHO BY NUMBERS (Steve Grantley & Alan G. Parker)

Rytrut

SÉLECTION DE LA RÉDACTION DE PARIS MOVE

De 1972 à 1975, les WHO furent mon groupe préféré, et de loin. La faute à “Who’s Next”. Et à mon père aussi, qui me laissa choisir un LP au supermarché du coin pour me récompenser d’un bulletin scolaire réussi. Mal lui en prit: à 13 ans, on se laisse facilement piéger par l’artwork d’une pochette, et celle-ci (avec ses traces d’urine fraîche sur béton armé) ne pouvait manquer d’achever la séduction de l’innocent. Le cellophane défloré, l’irruption de “Baba O’ Riley” dans ma chambre de pré-ado ne tarda pas à faire son office. Combien de fois mes parents ont-ils eu à souffrir le hurlement de Daltrey sur le final de “Won’t Get Fooled Again”? Je leur ai tout fait, depuis le boycott immédiat du coiffeur jusqu’à ma vocation spontanée de batteur… C’est dire si j’ai pu m’en fader depuis, de la littérature sur la bande à Keith Moon. En la matière, sur près d’un demi-siècle, on est même largement passé de l’embarras du choix au choix de l’embarras… Pourtant, ce pavé-ci occupe une place à part dans leur bibliographie. Ses deux auteurs sont non seulement des fans et des érudits, mais Steve Grantley est lui-même batteur (notamment chez Stiff Little Fingers). Nos compères se sont attachés à relater le parcours du groupe au fil de sa discographie intégrale. Et ce, non pas seulement album par album (comme tant d’autres avant eux), mais CHANSON par CHANSON…! Et ce qui aurait pu au final ne s’avérer qu’un laborieux exercice de bénédictins se révèle l’une des plus pertinentes (et passionnantes) radiographies de l’esprit complexe et torturé de Pete Townshend, ainsi qu’un saisissant portrait de ses comparses. Truffée de citations de chacun d’entre eux, et abondamment documentée aux meilleures sources, cette somme de près de 300 pages nous replonge au cœur de la création (et des multiples évolutions) de l’un des ultimes monuments du rock. N’en taisant ni les écueils ni les faiblesses, cet inventaire exhaustif n’en réhabilite pas moins certains pans décriés de leur carrière. L’analyse poussée de l’album qui donne son titre à cet ouvrage en est un exemple brillant.

Patrick Dallongeville
Paris-MoveBlues Magazine, Illico & BluesBoarder

Sur la Route avec les Ramones, Monte A. Melnick + Frank Meyer, chronique Palamach, Horns Up, février 2017

HORNS UP

14/02/17 – Pamalach

RAMONES :  SUR LA ROUTE AVEC LES RAMONES

Si vous êtes un amateur de punk rock, nul doute que vous vous êtes déjà envoyé bon nombre d’ouvrages sur les Ramones, de « Poison heart : Surviving the Ramones » de Dee Dee à « Punk Rock Blitzkrieg : My life as a Ramone » de Marky, il ne manque pas de littérature à ce sujet. Peut-être connaissez vous déjà « Sur la route avec les Ramones » de Monte A. Melnick et Frank Meyer… mais si ce n’est pas le cas, il est grand temps de venir combler cette lacune, car en plus d’être complètement indispensable, l’édition présentée aujourd’hui aux éditions Rytrut est véritablement superbe.

Il y a quelques années, j’étais plutôt rétif à l’idée de lire des biographies qui n’étaient pas directement rédigées par les membres du groupe eux-mêmes. Au fil du temps, je me suis aperçu que cela pouvait avoir de l’intérêt dans la mesure où les musiciens avaient parfois des trous de mémoire ou de sacrées tendances à la mythomanie et à l’omission !

Drivé par Monte A.Melnick, « Sur la route avec les Ramones » propose un récapitulatif chronologique de l’histoire du groupe, agrémenté de nombreux témoignages et d’archives personnelles du ténébreux moustachu.

Navigateur en chef du van Ramones pendant 22 ans, Monte A. Melnick a eu la lourde tache d’être leur tour manager pendant les quelques 2265 concerts qu’ils ont donné à travers le monde. Celui qu’on appelait le cinquième Ramones cumulait à peu près toutes les fonctions inhérentes à un pro de la route (de l’intendance pure et simple au rôle de substitut parental) et devait à la fois gérer les quatre Ramones (qui étaient de sacrés cas sociaux !), le roadcrew (à coté duquel le groupe faisait office d’enfants de chœur) et les incroyables coups du sort qui sont tombés sur le groupe pendant toute leur carrière. Autant dire qu’il en a à raconter le père Melnick.

Si l’histoire du groupe et ses principales légendes sont relativement connues, il est toujours intéressant de lire comment les proches des Ramones ont vécu les grandes étapes de leur carrière. Les témoignages sont ici agrémentés de nombreuses interviews des membres du groupe eux-mêmes, des roadies, du personnel des maisons de disques, d’ex-petites amies, producteurs, amis et proches du groupe. Assez digeste, le livre se découpe en chapitres organisés autour des déclarations des différents protagonistes. Un peu à la manière de « The Dirt », il arrive que tous se rejoignent sur la version d’un événement… mais assez souvent elles divergent. Les musiciens en sont arrivés à tellement se détester qu’il apparaît assez incroyable qu’ils soient restés si longtemps ensemble. Si le désamour entre Joey et Johnny était tenace, on apprend combien les relations entre chacun d’entre eux pouvaient être toxiques et combien certaines brouilles (l’histoire de « The KKK took my baby away ») avaient pu aller loin. Et si les tensions ne sont pas éludées, la force qui était celle du groupe à ses débuts est palpable, le nombre important de classiques à leur crédit n’étant plus à prouver.
On retrouve le conservatisme et le caractère dictatorial de Johnny, les T.O.C. de Joey, la punkitude de Dee Dee, et la chicken dance de Marky. Parfois tordante, l’histoire des Ramones reste au final assez tragique, les épreuves qu’ils ont dû surmonter ne leur ayant jamais ouvert les portes du succès. D’autres combos parfois moins talentueux se sont chargés de ramasser les lauriers à leur place quand les new-yorkais terminaient leur route avec le statut de groupe « culte », sachant pertinemment qu’ils n’accéderaient à la gloire et aux succès. Cet aspect un peu contradictoire du groupe de punk en mal de reconnaissance est bien rendu dans le livre, les penchants « Bubble gum » (« I wanna  be your boyfriend » pour ne citer que celle-ci) du groupe n’étant pas passés sous silence, contrairement à de nombreux commentaires qui les limitent à leur côté plus dur.

De nombreuses petites anecdotes viendront combler ceux qui veulent toujours en savoir plus sur le groupe, quand les néophytes auront une vision assez large de l’univers du groupe et de ses musiciens. Plus que n’importe autre livre sur le groupe, « Sur la route avec les Ramones » apporte l’éclairage le plus étayé et le plus documenté qu’il m’ait été donné de lire sur le sujet, les bios de Dee Dee et Marky amenant un point de vue plus partial. Dans les galères et les moments de gloire, les Ramones resteront ce groupe de punk visionnaire, avec quelques années d’avance sur tout le monde et qui pondront une série d’albums intemporels dont certains n’ont pas pris une ride plus de 40 ans plus tard.

Les Filles Atypiques, L’Histoire des Slits, Zoë Howe, chronique John Hirsute, novembre 2015

L’Hirsute – Fanzine en papier virtuel

03/11/2015

« Les filles atypiques – l’histoire des SLITS » – Zoe Howe – RYTRUT Editions

Les Filles Atypiques, L'histoire des Slits, Zoë Howe

Le 16 mai 1976 au concert de PATTI SMITH (Au Roundhouse, à Camden, Londres), Ariane Foster (alias ARI UP), sa mère Nora, Paloma Romero (Palmolive) et Kate Corris sont dans le public. Paloma et Kate désire monter un groupe exclusivement féminin, c’est en entendant hurler cette gamine de 14 ans qu’elles proposent à Ariane de monter un groupe. Dés le lendemain elles commencent à répéter ! La première mouture des SLITS est bien là ! Vous l’aurez compris, cet ouvrage a pour épine dorsale, l’histoire chronologique du groupe THE SLITS. Mais plus que cela c’est aussi un témoignage du mouvement « Punk » qui débarquera en 1976 en Angleterre et d’une bande de gamins et gamines qui attendaient cet ouragan avec impatience, pour différentes raisons. Que ce soit pour donner un souffle nouveau à la musique en vogue à l’époque, mais aussi pour donner aussi la possibilité aux femmes de s’évader du rôle auxquels elles étaient cantonnées jusque là : « Il y avait un vide culturel. Le monde était très ennuyeux à l’époque et bien que les femmes aient obtenu l’égalité de salaire en 1972, le rôle des femmes n’avait toujours pas changé : il fallait se marier, avoir des enfants et être une femme au foyer. Si vous étiez suffisamment intelligente, vous pouviez devenir professeure ou autre. Je ne me sentais pas vraiment concernée. J’ai vécu ma vie suivant une éthique Punk . Sans que personne ne me dise ce que cela signifiait, j’avais décidé que TOUT ETAIT POSSIBLE, et je n’allais certainement pas suivre le même chemin que ma mère, assurément. […] Je me disais qu’il qu’il devait y avoir d’autres choix pour moi. Au milieu des seventies, j’ai fait les beaux-arts, et ce fut une de mes issues. Quand est arrivé le Punk en 1976, je suis venue à Londres. Cette nouvelle tendance était tellement dynamique et anti-establishment…Que je n’ai eu aucun mal à m’y identifier, de toute façon. » (Christine Robertson, qui fût manager des SLITS). TOUT ETAIT POSSIBLE, et il ne fallait pas passer à côté, comme le dit Viv Albertine : « Je n’avais encore jamais joué d’un instrument, mais je m’en foutais, rien n’avait d’importance. Et soudainement, il y a eu cette petite brèche, une porte ouverte pour une période très courte, et vous ne pouviez que vous y engouffrer ». C’est donc ce que firent les SLITS, soutenues par leurs « potes » ou « petits amis » de l’époque : Mick Jones, Joe Strummer, Paul Cook, Keith Levene, Don Letts… ceux qui firent partie de la « famille des SLITS ». d’une attitude et d’un son Punk, les SLITS s’orientèrent vers de nouveaux horizons musicaux (Post-Punk, Dub, Jazz, Funk, Hip-Hop) sans faire dans le complaisant et en restant intransigeante quand à leur liberté de se réaliser, de s’exprimer, de s’habiller. Ce n’est que lorsqu’elles auront décidées du moment et à leurs conditions qu’elles accepteront de sortir leur album « Cut » chez Island, en 1979 (produit par Dennis Bovell). Rien n’a été facile pour les SLITS, rien ne leur a été épargné : Leur nom (THE SLITS) remplacé par celui des JAM dans le titre « Punky reggae party » lorsque Bob Marley apprend qu’il s’agit d’un groupe de filles, des agressions physiques ou verbales dans les transports en commun, l’incompréhension quasi-générale devant la pochette de leur album « Cut » qui choquera une grande partie de la population anglaise… Mais elles ont réussi à tenir parce qu’ elles faisaient bloc ! « Elles ont dû supporter beaucoup de conneries, des gens qui les agressaient dans la rue et leur lançaient des injures, c’étaient les sorcières de WEST LONDON. Elles ne correspondaient pas au stéréotype féminin conventionnel, mais c’était leur force. Ça ne les intéressait pas de porter les vêtements conçus pour les filles à l’époque. Elles disaient : « Nous ferons ce qu’il nous plaît. Nous déciderons comment nous voulons vivre et comment nous voulons nous habiller » » (Don Letts). Cet ouvrage ne s’adresse pas qu’aux « fans » des SLITS, il nous décrit l’univers de femmes qui vécurent des moments difficiles, mais aussi (et heureusement) des moments merveilleux et inoubliables de 1976 à 1982, puis au début des années 2000 avec quelques reformations des SLITS au line-up variés. Bien loin du star système, les SLITS n’ont pas faillies à leur principe premier : « NOUS DECIDERONS COMMENT NOUS VOULONS VIVRE ».

(John Hirsute)

Les Filles Atypiques, L’Histoire des Slits, Zoë Howe, chronique Daily Rock #69 , septembre 2013

LES FILLES ATYPIQUES, L’Histoire des SLITS
ZOË HOWE

DAILY ROCK #69, Genève, 27 septembre 2013 :

Zoë Howe – Les Filles Atypiques : L’Histoire des Slits

« Obscure groupe punk féminin oublié pour les uns, totalement culte pour les autres, The Slits méritaient bien une biographie à leur gloire. Quatuor totalement en avance sur son temps, Ari Up, Palmolive, Tessa Pollitt et Viv Albertine furent les instigatrices du rapprochement entre le punk et le dub qui allèrent inspirer The Clash, Public Image Limited ou encore Big Audio Dynamite et quelques autres. Menées par une furie d’à peine quinze ans (Ari Up), The Slits demeurèrent en accord avec leurs principes, vivant dans des squats, dormant dans des vans et dépensant l’avance de leur maison de disques pour faire venir des artistes adorés pour tourner en leur compagnie. Définitivement pas des ‘Typical Girls’ comme le prouve cette bio indispensable. »

Les Filles Atypiques, L’Histoire des Slits, Zoë Howe, article Ranx Ze Vox, juillet 2013

LES FILLES ATYPIQUES, L’histoire des SLITS
ZOË HOWE

RANX ZE VOX blog, 1er août 2013 :

Les SLiTs !

Des FiLLes vach’teMenT ATypiques


Enfin un bouquin sur les Slits, pas sur un groupe de filles dans le Punk ou le Rock, pas un Girls Band, pas une équipe de féministes énervées non, juste un groupe de Rock, avec des filles dedans !

Comment et pourquoi les Slits ont été un groupe important, et même plus qu’important, même si pratiquement jamais cité !!

Sans aucun doute le groupe le plus Punk avec les Subway Sect ou Alternative TV jamais mit en place, aucun rapproch’ment avec l’univers du Rock’n’Roll, aucunes références, à rien, juste faire un truc, le leur.

1976/77, une toute petite fenêtre, impossible 10 ans avant et déjà plus possib’ deux ans après. Un groupe monté de bric et de broc, d’envie.

La musique, un truc secondaire, juste une attitude mais pas un de ces trucs déjà très vite rangés dans des cases. Les Slits n’étaient pas un groupe de « Féministes » avec le mode d’emploi de la révolution des foufounes et de la rhétorique de vilaines saucisses qu’ont que’que chose a prouver, juste une bande de nanas qu’avait surtout pas envie de vivre la vie, chiante à crever, d’leur mère ou d’la voisine de palier.

Pas envie d’attend’, se faire marier et une l’éternité à ruminer.

Si les yankees Runaways étaient là avant, elles jouaient dans le près carré des lascars, guitares entre les g’noux, moue de filles à soldats et sans doute bien plus de couilles que l’grateu d’van halen, les Slits elles, ont achetés leur harpent d’terre et l’on travaillé, à la corne.

Pas de Cindy Lauper, Annabella Lwin, t’être même de Madonna et autres suiveuses sans que ces quatre chipies ne décident un jour, non pas de jouer, mais d’utiliser un instrument, de musique, qu’on s’entende !!

Si la furia de 77 a révélée un paquet d’individus et de groupes offrant aut’ chose qu’un fond sonore pour Aujourd’hui Madame, les Slits qui étaient dans la motrice se sont toujours retrouvées recalées dans le wagon d’queue.

Correction Train !

L’album Cut ne sort qu’en 79, éclair de génie, non pas musical, bien que perso j’adore, non celui de ne pas avoir cédé, ne pas avoir sorti un single ou même un album de plus qui resterait aujourd’hui dans le bac PunkRock immatriculé 77, tranche de nostalgie pour ceux qui y étaient, et pire encore pour ceux qui en rêve.

Les Slits c’est en fait deux histoires.

Une qui pause 4 nanas biens énervées, bien que joyeuses déconneuses, relativ’ment incapab’ de jouer d’un instrument mais avec une Revendication, Exister, elles et par elles même, modèle 76 avec le Punk, c’était tout à fait possible.

La seconde, serait l’histoire de ces 4 nanas, déjà plus tout à fait les mêmes, et oui on est maint’nant en 77, qui vont s’extirper de ce magma tout foutraque en créant leur son, leur monde.

Un Joe Jackson ou les Pogues l’ont fait, les Specials ou Dexys Midnight Runners aussi, et je les en remercie au passage mais qui a pensé a remercier les Slits pour l’énorme contribution au monde de la musique qu’on a écouté au long des années 80 et 90 ?

On aurait pu avoir un groupe de filles jouant du Rock Lourd ou du Ska, un Girls Band de gentilles andouilles aux formes avantageuses surinant les ondes des radios FM avec leur sirop de sucre fondu, non, on est tombé sur un nid d’sorcières braillardes nous fabriquant moult décoctions avec du Rock, du Reggae, du Jazz plutôt vachement Free, des tempos qui ne tiennent pas sur du 4 temps, des ambiances Africano-Londoniennes et une palanquée de hululements à faire frémir un banc d’chouettes !

Si l’est devenu très vite concevable qu’un groupe de Punk-Rock joue occasionnel’ment des morceaux de Reggae, la formule des Slits à partir de 77 travaille de plus en plus sur l’Up Tempo, ralentissant généreusement leurs morceaux, proposant ainsi des espaces à leur toute jeune chanteuse, Ari Up, qui vocalise à qui mieux-mieux et invente par là même Bjork, ben ouais, fallait l’dire !!

Le travail avec Dennis Bovell sur Cut reste remarquable, les filles n’y produisent pas un Rock Reggae sirupeu/Police-isé mais un savoureux mélange des genres. Ne gardant du PunkRock que le coté Individualiste, s’affirmant comme des femmes libres de toutes entraves Rock‘n’Rollesques, masculines, ne jouant qu’avec leurs propres règles du jeu et surtout de la conduite. Les toujours trop brèves séquences filmées à cette époque par notre si cher et précieux Don Letts nous le confirmes.

L’engagement « féministe » des Slits s’arrêtera là, penser et faire par elle même, ce qui ne les empêchera pas d’avoir, depuis le départ de Palmolive, un batteur masculin et même un producteur sinon rasta, en tout cas emprunt d’une culture où la femme est fermement réclamée en cuisine. La petite anecdote sur la « rencontre » Marley / Slits en raconte si long…

Précurseuses, inventives, pas plus intéressées qu’ça d’êt’ un groupe de Punk, de Rock, de Reggae ou de variétoche de plus, juste faire leur truc, mixture pas possible sortie du gros chaudron qu’était Londres à cette époque, mélange des genres, les basses aussi rondes qu’énorme du Reggae et des Sound Systems qui se multiplies en ville, des guitares elles très nouillaves, acérées et une batterie complètement bancale, minimale, plus proche des tambours de l’Afrique. Comme Public Image, comme Basement 5, comme encore d’autres qui se lanceront à leur tour, World Music & Fusion, et feront oublier ceux et celles qui étaient là à la base du truc pop over to these guys. Comme d’hab, ceux qui initient l’bazar sont rarement ceux qui en tirent que’que chose, Same Player Shoot Again …

La parenthèse du Punk trop vite refermée, les Slits sont déjà hors jeu lors de la sortie de Cut, un très bon disque vraiment, avec une pochette hum…resplendissante, en tout cas vite rétrogradé par la presse tant papier que radio, par des Cindy Lauper et autre Kim Wilde, à la fantaisie bien plus malléable ou la plastique vachement plus … irréprochab’.

Il ne reste au groupe, et la c’est dommage, immatriculé Punk-Rock, que cette frange cloutée iroquoise méchamment à chien qui fera les beaux jours d’Anagram Records et qui n’avait absolument rien à foutre des premiers groupes de 77, jugés vendus et poseurs sur fond de Pop. Les tirades d’un Jimmy Pursey dans le NME à propos notamment du Clash sont plus qu’éloquentes, ni, et j’en reviens, sic, au (mauvais) goût de mes punks à chien, à un quelconque brassage de musique comme d’identité.

Pour le début des années 80 coté aventureux, même si il a légion de groupes super intéressants, le portail doucement se ferme. Plus de place pour ce qui ne tiendrait pas dans un Top of the Pops tout propret, surtout pas de revendications, et, grand malheur, c’est au bout d’une vilaine ballade avec la dope que s’efface des types comme Malcolm Owen, emportant avec lui tous les espoirs chaudement contenus dans les Ruts, une moitié des Pretenders et j’en passe.

1981, nos bruyantes amazones enregistrent un second LP, The Return of the Giants Slits, qui sortira en 82 sans le moindre intérêt ni des médias ni du public. Un album bien trop calme pour nos joyeuses sorcières, oscillant entre chants malpoli-phoniques et transe Africaine, un drôle de cocktail très avant garde, celui-là même qui fera bouger le monde 10 ans plus tard sous le nom de World Music.

Les filles, désolé pour le/les batteurs, se trouveront renforcées d’une cinquième énervée en la présence de Neneh Cherry, belle fille du trompettiste de Jazz Don Cherry présent sur l’enregistrement et une tournée.

1982, exit les Slits. Ari Up reformera le groupe, différemment et elles enregistreront même un album en 2009, mais c’est déjà une autre histoire.

Coté discographie, il existe 3 Peel Sessions, des enregistrements de 77, 78 et 1981, très mal distribués et salement bidouillés sur les éditions cd ainsi que quelques très bon Bootlegs, Girls Next Door est terrib’ !!

A l’opposé de la trop brève carrière du groupe, sa séparation s’est faite sans étincelle. Après avoir horrifiées, remuées, fatiguées la vieille Angleterre, les promoteurs, les managers et autres maisons de disques, c’est un groupe un peu las qui rend les armes. Comme d’autres, cinq ans à se vivre dessus, à partager le bon comme la galère, l’incompréhension, la fatigue et avec l’âge des envies d’changer d’air, nouvelles opportunités, sans faire de bruit, sans avoir besoin de faire de longs discours, d’un regard se comprendre, « je s’rais pas à la prochaine répèt », nous non plus et zip it up, les teignes sont entrées dans l’histoire.

Je voudrais en remettre une couche sur la Production du premier album assurée par Dennis Bovell, sur le type en tout cas. Déjà un producteur reconnu même si de Lover’s Rock et musicien notamment avec Matumbi et avec LKJ, ce type d’une culture total’ment différente qui se trempe, excuser le jeu d’mot, avec les Slits, les Fentes, un groupe de Femelles Vociférantes toutes Punk, un groupe qui ne risquait ni de lui ramener Fortune ou célébrité.

Je tiens à en rajouter parce que je sais très bien que tout ceux qui ont un jour ou l’aut’ scotchés sur le Punk-Rock connaissent tous Linton Kwesi Johnson, tout comme je le sais et depuis vraiment trop long de temps, les amateurs de Jamaïcannerie, qu’elles soient Roots, Rub a Dub, Ragga DanceHall n’ont absolument rien à foutre ni de l’histoire ni de ceux qui l’ont fait, donc toujours un point commun avec les à chiens d’aujourd’hui.

Rappel à quel point des types comme Don Letts, Dennis Bovell, Dennis Morris sont, étaient eux aussi, des traits d’union plus qu’important. Après tout si j’avais pu me faire produire un titre en 77 par Lee Perry, c’est pas Complete Control que j’aurais Choisi !

Si les Slits sont passées telles des comètes pétaradantes, sans être plus ou mieux reconnues qu’ça, c’est au travers d’aut’ groupes que leur impact fait écho. Siouxsie et ses banchés et Poly-styrene avec X Ray Spex ou Gaye Advert à la basse des Adverts dès 76, des femmes impliquées, pas juste de joly minois pour faire frémir les pré-pubères. Nina Hagen, très pote avec Ari Up, The Raincoats avec Palmolive après son départ des Slits et The Mo-Dettes avec Kate Korus, première gratte des Slits too. Les Bodysnatchers et Pauline Black des Selecters pour la bande à Two Tone.

N’en pas douter, des chanteuses telles Sinead O’Connor ou Annie Lennox, de l’aut’ folle de Deee-Lite à Lily Allen ont toutes un tribu à rincer aux Slits.

Avec le départ d’Ari Up en 2010, pour une autre scène, toutes idées de revoir un jour les Slits est perdue, tant mieux, rien à foutre de Rolling Slits et je suis sûr d’une chose, comme elle l’a toujours fait, toujours été, la Miss Ari Up doit en faire voir de toutes les couleurs au chef d’orchestre, Original Germa-ïcaine Bad Gal !!

Les Filles Atypiques de Zoë Howe aux éditions Rytrut, à lire, vraiment.

Commande en ligne assurée et super agréab’ : http://rytrut.free.fr/

Aujourd’hui la parité homme femme est inscrite dans la loi, journal officiel et toute ces conneries, Les Slits à grand coup d’accords & miaul’ments sal’ment dissonants l’ont mise à jour dans le Rock, mais ça c’était avant !!

Les Filles Atypiques, L’Histoire des Slits, Zoë Howe, chronique Noël Lopez, Monticule Musique, février 2013

LES FILLES ATYPIQUES, L’Histoire des SLITS
ZOË HOWE

Noël Lopez, MONTICULE MUSIQUE, 25 septembre 2013 :

HOWE, Zoë : L’Histoire des Slits : Les Filles Atypiques

The Slits (« les fentes » en anglais) est un des premiers groupes de punk rock féminin formé en 1976. Considérées comme des pionnières, elles furent sûrement parmi les premières musiciennes rock à s’affirmer avec autant d’énergie et de personnalité. Le groupe fondateur est constitué de Ari-Up au chant, Kate Korus à la guitare, Palmolive à la batterie et Suzi « Gutsy » Webb à la basse. Un an plus tard, en 1977, Viv Albertine et Tessa Pollitt prennent le relais, puis le batteur Budgie en 1978. Elles ont fait un retour magnifique avec un nouvel album intitulé « Trapped Animal », sorti en octobre 2009. « On ne dira jamais assez de bien de ces filles rebelles et inventives, totalement en avance sur leur époque et qui ont tout osé… Petites soeurs des Clash, à redécouvrir d’urgence » (Rock & Folk, juillet 2013) »

Rytrut éditions, 2013. ISBN 978-2-9520083-8-9. 26 euros

Les Filles Atypiques, L’Histoire des Slits, Zoë Howe, chronique Master Roy, Intramuros #386, déc. 2013

LES FILLES ATYPIQUES – L’Histoire des SLITS

ZOË HOWE

Intramuros-A-3862Master Roy, INTRAMUROS #386, Toulouse, décembre 2013 :

« Un ouvrage consacré à un groupe fort peu connu, des filles reggae-punk qui à la fin des années 70 ont marqué la planète musique avec des singles et un premier album (‘Cut’, paru en 1979 chez Island devenu aujourd’hui culte) produit par le bassiste reggae-dub Dennis Bovell (futur LKJ). Des féministes avant l’heure, rebelles et grandes gueules (leur patronyme signifiant littéralement ‘Les Fentes’) amenées dreadlocks en avant par une chanteuse charismatique. Belle-fille de John Lydon (Johnny Rotten) emportée en 2010 par un cancer. The Slits dont le premier manageur fur Don Letts (icône du reggae-punk qui a suivi les Clash et fait partie du groupe Big Audio Dynamite) et dont le mentor était le bassiste de PiL Keith Levene… Des ‘Typical Girls’ qui furent ‘a place to be’ à une époque où la musique se réinventait et où l’on osait tous les mixages. Autant dire que ce bouquin fait office de livre d’histoire, truffé qu’il est d’anecdotes, d’interviews et de photos. Une biographie qui ne s’adresse pas qu’aux aficionados mais également aux mélomanes en herbe ! »

Les Filles Atypiques, L’Histoire des Slits, Zoë Howe, chronique The Sad Place, août 2013

LES FILLES ATYPIQUES, L’histoire des SLITS
ZOË HOWE

THE SAD PLACE, webzine, 1er août 2013 :

« Obscure groupe punk féminin oublié pour les uns, totalement culte pour les autres, The Slits méritaient bien une biographie à leur gloire. Quatuor totalement en avance sur son temps, Ari Up, Palmolive (qui quittera le groupe assez tôt pour aller fonder The Raincoats), Tessa Pollitt et Viv Albertine furent les instigatrices du rapprochement entre le punk et le dub qui allèrent inspirer The Clash, Public Image Limited ou encore Big Audio Dynamite et quelques autres. Menées par une furie d’à peine quinze ans (Ari Up) qui révolutionna le concept de chanteuse sans voix mais avec une énorme personnalité, ouvrant la voie à des milliers de vocations (le livre lui est d’ailleurs dédié, Ari Up étant décédée brutalement d’un cancer à l’âge de 48 ans en octobre 2010), The Slits demeurèrent en accord avec leurs principes, vivant dans des squats, dormant dans des vans et dépensant l’avance de leur maison de disques pour faire venir des artistes adorés pour tourner en leur compagnie (parmi eux Don Cherry, jazzman génial et beau-père de Neneh Cherry qui deviendra membre des Slits avant de devenir la pop-soul star que l’on sait une décennie plus tard). On leur doit une poignée d’albums fondateurs, dans lesquels trois enregistrements studios (dont le cultissime ’’Cut’’ et sa pochette tribale qui fit scandale à sa sortie, ’’Return Of The Giant Slits’’ et l’inattendu ’’Trapped Animal’’ sortit en 2009). En plus de ces trois disques, on retiendra surtout leur deux ’’Peel Sessions’’ qui laissent entendre un groupe sans limite artistique. Soutenues par des membres des Clash, Joe Strummer et Mick Jones en tête, ces filles atypiques laissent derrière elles un héritage aussi important que bref, quelques vidéos d’époque que l’on ira mater en boucle sur YouTube et une discographie qui s’écoute en moins de deux heures dig this. Mais surtout, on retiendra le souvenir de femmes fortes qui représentaient la première vague émancipée, ouvrant le passage à toutes les Madonna et Courtney Love à venir. Définitivement pas des ’’Typical Girls’’ comme le prouve cette bio absolument indispensable que l’on dévore du début à la fin en se mordant les doigts de ne pas avoir vécu cette époque, se sentant comme des putain de bourgeois en somme. »

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The Slits : Discographie (complète)