The Who by Numbers, Steve Grantley & Alan G. Parker, Infolettre LaDistroy, 8 février 2019

[Infolettre] Et la politesse bordel !

Salut à toi camarade distronaute !
«Tout le monde avant eux était poli. Les Who n’étaient tout simplement pas polis« . C’est par cette phrase de Shel Salmy (leur producteur historique) que débute The Who by Numbers. Sous-titré «l‘histoire des Who à travers leur musique».
On va donc suivre les quatre londoniens et leur formation proto-punk, album après album, titre après titre. Et c’est peu dire que la dernière production des éditions Rytrut est une sucrerie remplie d’anecdotes qui poussent à ne pas lâcher le bouquin (le bégaiement sur «My Generation», l’origine du nom «Led Zeppelin», le riff de «Clash City Rockers», etc) (et la couv de «Who’s Next» montrant les quatre gars après avoir pissé sur le monolithe de 2001, «Townshend dira en plaisantant que cette pochette était la vengeance du groupe envers Kubrick parce qu’il avait refusé de diriger Tommy»).
Vous pouvez vous y aventurer c’est de la très bonne came. Et je pense que nombre de groupes devraient lire ce genre d’ouvrage, ça file la patate, et c’est très instructif (sur la composition des morceaux, les analyses après coup) (tout ce qui sépare une façon d’aborder la musique et, in fine, tout ce qui la rejoint).
Une dernière anecdote :
«Le dernier concert des Beatles en Grande-Bretagne a lieu aux NME awards, à l’Empire Pool de Wembley. Les Who sont également de la partie. Townshend et Moon sont d’humeur destructrice : ils ne sortent de scène qu’après avoir soigneusement mis en miettes guitares et batterie, dans la farouche intention de dépasser en puissance la tête d’affiche. La vieille garde commence à battre de l’aile. La génération montante est prête et attend son tour en rongeant son frein.»
Peut-on transposer cela à la scène actuelle ? La vieille garde bat-elle de l’aile ? La jeune génération a-t-elle envie de bouffer le monde ?… vous avez deux heures, je passe ramasser les mails…
The Who by Numbers, par Steve Grantley et Alan G. Parker
C’est sorti chez Rytrut, et c’est disponible sur LaDistroy >ici<

The Who by Numbers, Steve Grantley & Alan G. Parker, chronique Paris Move, janvier 2019

THE WHO BY NUMBERS (Steve Grantley & Alan G. Parker)

Rytrut

SÉLECTION DE LA RÉDACTION DE PARIS MOVE

De 1972 à 1975, les WHO furent mon groupe préféré, et de loin. La faute à “Who’s Next”. Et à mon père aussi, qui me laissa choisir un LP au supermarché du coin pour me récompenser d’un bulletin scolaire réussi. Mal lui en prit: à 13 ans, on se laisse facilement piéger par l’artwork d’une pochette, et celle-ci (avec ses traces d’urine fraîche sur béton armé) ne pouvait manquer d’achever la séduction de l’innocent. Le cellophane défloré, l’irruption de “Baba O’ Riley” dans ma chambre de pré-ado ne tarda pas à faire son office. Combien de fois mes parents ont-ils eu à souffrir le hurlement de Daltrey sur le final de “Won’t Get Fooled Again”? Je leur ai tout fait, depuis le boycott immédiat du coiffeur jusqu’à ma vocation spontanée de batteur… C’est dire si j’ai pu m’en fader depuis, de la littérature sur la bande à Keith Moon. En la matière, sur près d’un demi-siècle, on est même largement passé de l’embarras du choix au choix de l’embarras… Pourtant, ce pavé-ci occupe une place à part dans leur bibliographie. Ses deux auteurs sont non seulement des fans et des érudits, mais Steve Grantley est lui-même batteur (notamment chez Stiff Little Fingers). Nos compères se sont attachés à relater le parcours du groupe au fil de sa discographie intégrale. Et ce, non pas seulement album par album (comme tant d’autres avant eux), mais CHANSON par CHANSON…! Et ce qui aurait pu au final ne s’avérer qu’un laborieux exercice de bénédictins se révèle l’une des plus pertinentes (et passionnantes) radiographies de l’esprit complexe et torturé de Pete Townshend, ainsi qu’un saisissant portrait de ses comparses. Truffée de citations de chacun d’entre eux, et abondamment documentée aux meilleures sources, cette somme de près de 300 pages nous replonge au cœur de la création (et des multiples évolutions) de l’un des ultimes monuments du rock. N’en taisant ni les écueils ni les faiblesses, cet inventaire exhaustif n’en réhabilite pas moins certains pans décriés de leur carrière. L’analyse poussée de l’album qui donne son titre à cet ouvrage en est un exemple brillant.

Patrick Dallongeville
Paris-MoveBlues Magazine, Illico & BluesBoarder