Chansons d’Amour, Crass, chronique Cap’tain Planet, Vacarm.net, 2006

CHANSONS D’AMOUR, CRASS

Cap’tain Planet, VACARM.net

Crass – Chansons d’amour, éditions Rytrut, 2006.

« Né aux balbutiements du mouvement punk, Crass se forme en 1977 et s’impose comme le groupe fondateur de l’anarcho-punk… Conceptuelle et réfléchie, la formation était plus qu’un groupe de musique. Ils fondent une communauté ou plutôt un collectif rural. Basé dans l’Essex, le collectif va devenir peu à peu autonome pour vivre finalement en autarcie. Surveillés constamment par les services de renseignements anglais, la communauté grandie et le mythe prend forme. Il paraîtrait même que plus d’un million de disques de Crass se sont vendus en complète autoproduction.

Sombrant dans l’inconnu à partir de la dissolution du groupe en 1984, les éditions Rytrut ne pouvait qu’attiser la flamme en publiant la traduction française de l’ensemble des textes écrits par le collectif. Certes le contenu est hautement politisé mais il est en parti dépassé à certains egards. Certaines choses ont changé, mais d’autres malheureusement pas. Pour rester objectif à la lecture du livre, il est nécessaire de garder un certain recul et de bien avoir en tête le contexte historique et social de l’époque.

En 1975, l’Angleterre, là où le mouvement punk s’affirme, a perdu son empire et les jeunes se révoltent contre une société pourtant désormais large d’esprit. Il y a des raisons précises au malaise de la jeunesse anglaise : le premier responsable est la crise économique que traverse l’Angleterre à la fin des années 70 (après la première crise pétrolière de 1973) qui se traduit par une hausse du chômage et qui touche particulièrement la jeunesse. En effet, le tiers des écoliers qui quittent leur classe à l’époque se retrouvent sans emploi. »

Le livre reste un recueil de poèmes qui prend toute son ampleur dans le visuel. Les jeux de mise en page donne naissances à des calligrammes qui donnent vie à ce recueil. Les poèmes traitent des thèmes classiques de la philosophie anarcho-punk, mettant notamment en avant la place de la femme dans la société, la sauvegarde de l’environnement ou la religion. Le langage est tantôt lyrique, tantôt rugueux voire grossier. L’extrême rudesse de ces textes en fait ressortir toute la force et la noirceur dans laquelle s’est établi le mouvement punk.

Terminons par ces vers :
« Notre amour de la vie est total,
tout ce que nous faisons en est l’expression,
tout ce que nous écrivons est une
chanson d’amour
 » (CRASS)

Chroniques – Crass – Chansons d’amour

Crass - Chansons d'amour Présentation du livre

« Le titre de ce recueil de textes sonne comme une blague pour ceux qui douteraient du rapport entre punk, anarchie et humanisme. Ce collectif d’artistes de tous âges et tous niveaux socioculturels, s’est formé en 1977 et s’est sabordé, comme cela était annoncé avec cette ironie discrète : « Nous arrêterions le groupe en 1984, ce qui, Big Brother ou pas, nous donnait sept années pour changer le monde, et le reste de nos vies pour nous dé désinstitutionnaliser nous-mêmes. » à la mort du groupe, ses membres ont poursuivi leurs activités et prolongé leur réflexion. Leur maison est devenue progressivement un lieu de passage pour des alternatifs du monde entier encore subjugués par la force que Crass communiquait. Leur impact a été bien plus profond dans l’Angleterre de Thatcher qu’en France. Les pessimistes d’alors, aux jeunesses et adolescences gâchées par la crainte de la bombe nucléaire, ont trouvé via le groupe un moyen de se libérer, d’oser faire et dire ce qu’ils souhaitaient, ont réussi à être eux-mêmes, intégralement et dans le respect de la dignité des autres. « Nous n’étions pas des imbéciles à l’époque et nous ne sommes toujours pas des imbéciles aujourd’hui, mais cela a pris un temps fou au courant dominant pour enfin en prendre conscience. » Sylvain Nicolino, La Femelle du Requin, Obskure (extrait)

CHRONIQUES DE LA 1re ÉDITION et de la 2e ÉDITION :

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