Chansons d’Amour, Crass, annonce Feuille d’infos CIRA n°240, décembre 2021

PUNK. Crass est un groupe anarchiste punk anglais qui a inspiré de nombreux acteurs de l’underground entre 1977 et 1984. Ce recueil rassemble toutes les paroles des 82 chansons de leur répertoire ainsi que des slogans et des coups de gueule. Au centre de leur philosophie, on trouve les thèmes de la libre-pensée, de l’enthousiasme, de la créativité, de la paix et de l’amour…
Chansons d’amour par Crass. 2e édition révisée. Rytrut, 2021. 279 pages. 20 euros.

CHANSONS D’AMOUR, CRASS

 

Sur la Route avec les Ramones, Monte A. Melnick + Frank Meyer, chronique Sono Mag #473, octobre 2021

Sono Mag #473, octobre 2021

AU COEUR DE LA MACHINE

SUR LA ROUTE AVEC LES RAMONES

Au fil des 2 263 concerts que donna le groupe aux Etats-Unis et un peu partout dans le monde durant ses 22 années d’existence, l’ancien roadie, devenu tour manager, Monte A. Melnick a recueilli une multitude de documents et d’anecdotes qui nous immergent dans le quotidien peu commun des Ramones.

Le métier de Monte ? Gérer l’ingérable. Entre le caractère de l’autoritaire Johnny, les TOC de Joey, l’excentricité de Dee Dee et de Marky, sa vie n’était pas facile tous les jours, et rien ne manque au tableau : arrestations, bagarres, passages à l’hôpital, histoires de cœur, drogues et drames en tous genres.

Très richement illustré d’archives souvent inédites, ce beau livre donne la parole aux multiples protagonistes impliqués dans la carrière du groupe, sans oublier les équipes techniques son et lumière, les backlineurs, le « merch » ou les chauffeurs. Une vraie thérapie en ces temps privés de tournées.

Par Monte A. Melnick et Frank Meyer, traduit par Ladzi Galai – Editions Rytrut – 310 pages – 24 x 19 cm

Présentation du livre

LAISSE LA COLÈRE S’EXPRIMER – Joe Strummer, le punk et le mouvement de la citoyenneté mondiale, Antonino D’Ambrosio, par Blam Blam, Punkulture 9, décembre 2021

Joe Strummer, Laisse la colère s'exprimer, Antonino D'ambrosio rectoLAISSE LA COLERE S’EXPRIMER, Joe Strummer, le punk et le mouvement de la citoyenneté mondiale. ANTONIO D’AMBROSIO avec 18 contributeurs ! (Rytrut 2020).

« Laisse la colère s’exprimer » est une passionnante compilation d’articles collectés au fil du temps sur ce bon vieux Joe et la nébuleuse Clashienne ! Cela commence avec l’interview des Clash en 1976 pour le fanzine Sniffin’ Glue et cela se poursuit avec des traductions d’articles de presse anglophones très intéressants (Ah ce reportage en immersion de Sylvie Simmons sur la tournée US ’79 !) jusqu’à une interview de Joe publiée post mortem en 2003. Les documents d’époque sont mixés avec d’autres papiers spécialement écrits pour ce livre coordonné, accouché et écrit, en partie, par l’américain Antonino d’Ambrosio, et qui est sorti en anglais en 2012. Antonino a aussi réalisé un film documentaire en parallèle « Let Fury Have the Hour » !

Les nombreux contributeurs, qui vont de Wayne Kramer du légendaire groupe « révolutionnaire » MC5 à Chuck D de Public Enemy en passant par un bel éventail d' »écrivants », dressent un portrait touchant et sensible de Joe tout en analysant et disséquant son œuvre, son influence, son aura, ses « combats artistico-politiques » et le lien qu’ils entretiennent avec notre chanteur guitariste rythmique, parolier et acteur intermittent disparu en 2002 à 50 ans. Le livre ne donne pas dans le culte de la personnalité (combattre l’égo souvent prêt à déborder, s’investir dans le collectif et développer l’altruisme éclairé était l’un des mots d’ordre de Joe) et montre bien certaines contradictions inévitables du fameux punk rocker « gauchiste altermondialiste ».

Le bouquin, décrit aussi l’influence de la bande à Joe sur la musique, la culture… et la vie qui nous entoure. Et si la « révolution » clashienne n’a pas abouti sur des lendemains qui chantent, elle a inspiré beaucoup de rébellions musicales et de voix de traverses et a développé l’esprit DIY international (oui, un paradoxe de plus pour un groupe dont on suivait le match avec CBS dans la presse et sur certains disques !)

Sorti en catimini fin 2020 par Rytrut, qui avait déjà publié -entre autres- en français « Typical Girls » la fantastique bio des Slits (voir punkulture 4), « Laisse la colère s’exprimer » (plus de 350 pages denses illustrées avec photos et affiches) mérite vraiment le détour pour son originalité philosophique (ce n’est pas une bio), l’éclairage mis sur la résistance créative et l’ouverture d’esprit au monde et à la diversité musicale prônées et pratiquées par Joe et ses amis !

Blam Blam, Punkulture 9, décembre 2021

Présentation du livre

« You’ll Ruin It for Every One », Crass, texte Mark Hodkinson, Pomona Sounds 2001

CHANSONS D’AMOUR, CRASS

Crass « You’ll Ruin It for Every One », 2001
Texte apparaissant dans le livret de la réédition CD
,
traduit par Paul Vincent

par Mark Hodkinson, POMONA Sounds

« You’ll ruin it for everyone » (vous allez tout ruiner pour les autres) est l’enregistrement d’une performance du groupe anarchiste Crass. Ce concert a eu lieu le 4 juillet 1981 au Lesser City Hall, Perth, Ecosse. Sorti une première fois en 1996 à 1000 exemplaires, nous avons décidé de le re-sortir avec une nouvelle pochette et un livret revisité.

Durant le printemps 1981, il y a eu des perturbations civiles dans l’ensemble du Royaume-Unis. En juillet, alors qu’un été humide exacerbait une colère montante, des villes comme Londres, Birmingham, Liverpool, Manchester et Bristol étaient sujettes à des émeutes violentes. Des vitres brisés, des voitures retournées, des bouteilles de lait remplies d’essence. Des jeunes terrorisaient leurs propre environnement et la police était amené à faire des heures supplémentaires à outrance. Le Parlement a fait passé une loi d’urgence interdisant n’importe quel rassemblement de plus de trois personnes dans les lieux publics.

Crass étaient par déveine en tournée à cette période, confrontés au nihilisme ambiant dans des endroits isolés où la colère mise à nue, souvent à son encontre, était courante. Portée à son comble à Perth, une ville en Écosse du nord, habituellement tranquille, mais polluée cette nuit là par assez de rustres pour qu’ils aient leur propre version turpide d’une émeute. Les instigateurs, apparemment des sympathisants du National Front, s’étaient volontairement rendus dans cette ville pour semer le trouble.

Ailleurs dans le livret, des gens présents ce soir là écrivent au sujet de cette expérience. L’enregistrement du concert, régulièrement interrompu par des appel au calme, parle pour lui-même.

Crass étaient une cible facile ; ils ont entraîné la confusion par inadvertance. L’imagerie du groupe, les paroles, le graphisme et leur musique furieuse ont reçu l’hostilité de l’aura. Cela confondait les limites – passion/violence, énergie/agressivité, amour/haine – et invitait les esprits éveillés à discerner les messages. Leur définition de l’anarchie était la liberté pour chacun de faire ce qu’il lui plait, à condition que cela ne nuise à personne d’autre dans le processus. Ce n’était pas un manifeste d’insouciance ou d’égoïsme : c’était le malentendu à Perth.

Il est évidemment plus facile de ne pas réfléchir, de voir simplement la caricature, l’accord puissant, la diatribe, l’uniformité du noir. Et d’être assez perturbé par cela pour ensuite souhaiter le détruire. Pour beaucoup cependant, Crass étaient une inspiration. Ils sont devenus un cri de ralliement pour des groupes, poètes, auteurs, artistes. Ils ont chacun et chacune voulu faire partie de cette contre-culture motivée, pour une fois, non par l’avidité ou l’ego mais par la créativité pour l’intérêt qu’elle suscite.

Leur position étant accidentellement devenue évangélique, c’était avec raison qu’en 1984, ils prennent chacun et chacune leurs propres chemins. Ils avaient atteint leur objectif ; un accès d’urgence, une graine plantée, puis disparaître pour jouer le rôle de leurs vies individuelles.

Ce CD a été masteurisé à partir de la bande enregistrée directement par la table de mixage à Perth. Elle n’a été re-mixée en aucune façon. La qualité du son, pourtant de meilleur qualité que bien des bootlegs (éditions pirates), n’est pas fantastique. Crass ont donné leur accord pour que puisse sortir ce projet entrepris par Pomona Sounds. La bande a été aimablement fournie par Andy T, lui-même un artiste sorti sur Crass Records.

Elle est présentée ici dans l’espoir vain que (le fantôme de) Crass puisse de nouveau inciter à la libre-pensée, l’enthousiasme, l’ingéniosité, des tonnes de soupe de lentille et un zeste d’amour, de paix et d’anarchie. Nous pourrions tout faire avec un peu de tout cela…