Catalogue Fanzinothèque Grenobloise, 17 juin 2021, témoignage de Terro (alias Ladzi Galai), co-éditeur d’un des premiers fanzine local (1983-1985).

FANZINOTHÈQUE GRENOBLOISE

CATALOGUE 1983 – 2020, publié le 17 juin 2021

UNE ARCHIVE DE 176 FANZINES

La Fanzinothèque Grenobloise a été inaugurée en décembre 2018 au local autogéré. Elle rassemble les fanzines qui ont accompagné la scène punk, anarchiste, féministe, diy à Grenoble durant plus de 35 ans et qui forment ainsi une partie de ses archives. Chaque fanzine présenté dans ce catalogue est disponible en consultation. La fanzinothèque comporte à ce jour 176 fanzines. Si vous avez en votre possession des fanzines non-recensés dans ce catalogue, ou des infos supplémentaires, vous pouvez nous écrire à lokal_autogere@no-log.org. Ce catalogue a été conçu par Thomas à l’hiver-printemps 2021. Baptiste, Carole, Émil, Hilda, Mélo, Nicolas, Romain, Sylvain, Terro, Vanessa ont contribué par leurs témoignages. Richard a fait la relecture. Il a été imprimé en 100 exemplaires à Duplidocus, au 102 rue d’Alembert. En hommage à notre ami et co-amoureux des fanzines  et du punk D.I.Y. en général  Clive. Un grand merci à toutes les personnes qui ont fait dons de zines issus de leurs collections/archives. La fanzinothèque grenobloise se situe au local autogéré, 7 rue pierre dupont, 38000 Grenoble

TÉMOIGNAGES (extrait)

TERRO

Inquiétude, Noire Inquiétude

« Je suis dans le punk depuis 1977. J’avais 13 ans quand tout a commencé pour moi. Des proches m’avaient initiés au rock l’année précédente et j’étais en mesure de comprendre ce que tout cela représentait. La musique était vitale, créative, chaque groupe développait son propre style. Le mouvement n’était pas sexiste, il y avait plein de filles qui jouaient avec des mecs, qui montaient leur propre groupe, faisaient des zines ou étaient dans les orgas. Ce qu’on recevait au début venait principalement du Royaume-Uni, puis progressivement d’Amérique et plus tard d’autres pays. Pas mal de filles se sont éloignées du mouvement au milieu des années 80 face au machisme et à la violence apparaissant dans le hardcore, mais cela s’est produit principalement au États-Unis. Là encore un mouvement créatif musicalement tout en étant souvent plus rapide, qui s’édulcorera dans les années 90, mais dont les musiciens les plus doués ou les plus chanceux continueront toute leur vie. La musique c’est la vie pour beaucoup et pas un coup de pub qui vous mettra en avant un certain temps. Mais c’est aussi de la créativité éphémère vu le nombre de groupes géniaux n’ayant réalisé qu’un ou deux albums, parfois qu’un ou deux singles ; dont une multitude qu’on a pu découvrir grâce développement d’internet. Au début des années 80, au Royaume-Uni, c’est la violence skinhead qui sapera le mouvement punk. L’extrême droite s’étant emparée du mouvement skinhead originel qui n’était pas raciste mais écoutait de la musique noire, pour le détourner à ses fins politique. Cette gangrène s’est ensuite propagée ailleurs dans le monde, et nous en avons aussi fait les frais en France au milieu de cette décennie ou des concerts furent parfois gâchés. « If the Kids were united » Ce ne fut malheureusement pas le cas, ou alors dans la connerie, mais par groupuscules interposés !

Entre 1977 et 1982 j’achetais régulièrement les habituels mensuels de rock, m’intéressant à l’histoire de la musique et étant en quête de découverte de nouveaux groupes à écouter. A partir de 1979, toute la presse disait que le punk était mort, suite à la fin en queue-de-poisson des Sex Pistols puis la tragédie qui a suivi. Pour eux il fallait passer à autre chose. Mais c’était trop tard, le déclic avait eu lieu dans le monde entier, des groupes se sont crées de partout et cela n’a jamais cessé. Mais cette presse n’en parlait presque pas, elle se rabattait souvent sur ses élites rock préférées et j’en avais marre de lire des chroniques à côté de la plaque de disques que j’adorais. Cet autre chose sera étiqueté new wave ou power pop et plus tard post-punk, des termes génériques qui permettent tout de même de situer car ces styles comportent une diversité et une richesse à couper le souffle.

J’ai commencé a apprendre la musique à 7 ans et jouerais à partir de 1982 dans quelques groupes ou projets, mais sans jamais aller vraiment au bout. J’ai été plutôt bordélique à ce niveau là. Mais j’ai toujours continué à dénicher des trucs à écouter, que ce soit la découverte d’anciens groupes inconnus jusque-là ou de plus récents qui arrivent à m’accrocher. Depuis l’avènement du punk à l’échelle planétaire, grâce à, bien obligé de le dire, Nirvana, n’en déplaise aux belus, qui était un très bon groupe, une nouvelle génération de groupes est née, et il y aura à boire et à manger : un certain nombre de groupes intéressants et créatifs mais aussi et en majorité, une flopée de pop rock variété mélodique binaire et super chiante qui s’évertuera à se présenter sous la bannière du « punk ». Si vous crachez sur le passé sans vous y être vraiment intéressé, sans connaître les origines, pourquoi utiliser cette étiquette, vous n’aviez qu’à inventer la vôtre – ce que beaucoup ont fait d’un autre côté vu la diversité des sous-genres. Tous les groupes punk ’77 avait baigné dans les cultures précédentes pour faire leur propre truc, le rock ‘n’ roll, le pub rock, le glam, et le prog qu’il ne fallait pas mentionner à l’époque car ce n’était pas « in » .

Au début des années 80, d’autres magazines de rock voyaient le jour, mais sans pouvoir dépasser un ou deux numéros, la concurrence avec les têtes de proue était difficile. En 1983, avec quelques pote de lycée, on a commencé un zine pour parler de la scène rock locale et de la scène punk et new wave britannique. Il n’y a jamais eu foncièrement de scène punk à Grenoble, plus un fourre tout de groupes iconoclastes. Par contre il y aura un public pour les concerts de groupes punk venus d’ailleurs et qui joueront aussi plus tard dans les squats. Le zine s’appelait Inquiétude. C’était artisanal. Chacun faisait un article de son choix, des chroniques de disques qu’il avait dégotés, ou la petite interview d’un groupe, soit envoyés par la poste, soit réalisée après un concert avec un musicien tout en sueur. Il y avait aussi des textes plus personnels, des états d’âmes, des règlements de comptes ! Les quatre numéros (de 0 à -3) ont été ronéotypés par moi-même et la secrétaire de mon père (qui était aussi la sœur de ma copine) à la Bourse du Travail, située en face de Grand-Place après avoir quitté les locaux de la Maison des Associations. Mon père était permanent syndical à la CGT. Le zine était donc soutenu par les communistes ; il l’aurait été par les communards ! Une chose est claire, je ne suis ni un bourge ni un fils à papa qui était dans le punk. Un des petits articles que j’avais écrit était sur Crass, on avait aussi envie de parler de la scène anarcho-punk alors ignorée des médias, de la scène goth, qu’on appelait cold wave en France, et la « seconde vague punk », qui ne s’avérera que plus tard avoir été une seconde vague, car pour nous c’était la continuité. Les médias avaient enterré le punk, beaucoup ont décroché, mais pas moi ; j’aurais presque failli y succomber mais je n’ai jamais lâché le morceau ! Inquiétude a ensuite fusionné par connivence avec Noire Vision, le petit zine réalisé par une seule personne, Sukub, pour devenir Noire Inquiétude, en 1984. Même principe mais plus gros et avec plus d’intervenants. Il y a eu trois numéros. De la ronéo, on est passé à la photocopie. Je le les ai imprimé sur la photocopieuse du bâtiment informatique de Merlin-Gerin où j’étais gardien pendant neuf mois : merci les ingénieurs ! On laissait le zine en dépôt à Rock Contact, rue de La Poste et à Bunker, rue Lakanal. On a tout écoulé, mais le tirage ne devait être que de cinquante exemplaires, pas plus de cent en tout cas, on ne les as pas retirés. Puis avec Noire Inquiétude on a organisé un festival sur deux jours à la Chapelle Sainte-Marie-d’en-Bas, qui n’était pas encore un théâtre mais une grande salle. Gilles de Rock Contact nous a fortement encouragé car ce genre d’initiative de jeunes n’était pas fréquent à l’époque. On a invité Bérurier Noir et Ausweis de Paris, Haine Brigade et Tribu Choctaw, un groupe rock arty de Lyon, Division Nocturne, je sais plus d’où. De Grenoble, y avait aussi à l’affiche Oulianov, Inquiétude et un groupe surprise, ce devait être la performance de Sukub, Groupe 33. Inquiétude, le groupe de l’équipe du zine n’a finalement pas joué. Pour moi ce n’était pas grave car j’avais déjà envie de me casser, je nous trouvais mauvais ! On devait jouer en dernier après Ausweis, non pas qu’on était la tête d’affiche mais parce qu’Ausweis voulaient rentrer direct à Paris après le concert. Ce qui s’est passé c’est que les mecs des Pancho Villas étaient inscrits sur l’affiche et les flyers, car on les avait invités au festival après les avoir vus jouer dans une MJC. C’était un peu bourrin mais ils étaient fans de Stiff Little Fingers. Je ne sais pas vraiment comment Sukub avait négocié le plan avec eux, en tout cas ils ne sont pas venus jouer… ils sont venus foutre la merde. Le 2e soir, à la fin du concert d’Ausweis, un pote des Pancho Villas, sûrement le plus intelligent, est allé devant la scène et a balancé je sais plus quoi dans la batterie de Janko, puis il est parti en courant rejoindre sa bande dehors. Hugo, le chanteur d’Ausweis, est sorti avec une barre d’échafaudage voulant en découdre avec les relous. On est sorti parlementer, y a pas eu baston finalement, étrangement… Et on a terminé la soirée là-dessus. Sukub était dégoûté, mais on a quand même fait un bon festival. Au départ les Wampas étaient aussi prévus, ils ont annulé mais leur nom était déjà sur l’affiche. En fait, il me semble que les « vrais rockers » avaient la hantise des boites à rythmes. Voilà à quoi se résumait le punk à Grenoble en cette période, il n’y avait pas vraiment de scène. Je ne parle pas des concerts de groupes d’ailleurs organisés dans des lieux comme La Taverne, La Zone Interdite, le Magic ou L’Entrepôt où on a pu voir de bons groupes punk. Les concerts en squats se sont développés un peu plus tard. Grenoble était plus une ville rock et reggae que punk. Il y a des gens qui se revendiquent du punk maintenant mais qui crachaient dessus dans les années 80.

Quand à Inquiétude, le groupe, ce n’était qu’un projet prétentieux et infructueux de débutants que j’ai arrêté au bout de six mois. J’étais bien branché post-punk, goth-punk comme UK Decay à ce moment-là. J’ai amené les compos, assez sombres du coup, mais musicalement ça ne tenait pas la route. Jej Ravage – qu’on avait rencontré aux concerts et qui fera ensuite l’émission radio Poupée Vaudou avec Fil Cherence – est passé nous voir en répète à La Clé de Sol, c’était en ’85, et il tombe sur une dispute entre moi et Lobo, le clavier. Il est bien tombé, le groupe l’a engagé ! Je me suis cassé, lui laissant ma basse, mon ampli et mes textes ! Ils ont continué sous le nom Nord Inquiétude, ce qui évoque aussi le nom du zine. Deux ans après je commencerai deux projets cool, Dirty Husbands avec Lobo et Hermaphrodisiak avec Jej. On a fait des démos du tonnerre mais ce n’est pas allé plus loin. Ça aurait pu faire deux putains de bons groupes, mais j’étais trop instable… comme tout ce que j’ai entrepris dans ma carrière musicale, c’est resté éphémère, c’est de destin !

Pour revenir au festival de Noire Inquiétude, Le 3e et dernier numéro du zine sortira ensuite, faisant apparaître une interview des Bérus après leur concert, réalisée par Sukub, j’étais aussi présent. Le groupe a dormi à la maison, à Villeneuve. J’échangeai les zines avec d’autres zines provenant d’autres villes de l’hexagone. Ça foisonnait, c’était le début de la scène dite rock alternatif, Ce sont les zines qui ont aidé à rendre populaires les Bérus et tout un tas d’autres groupes. J’achetais mes disques chez les disquaires, même à la Fnac de Grand Place pendant plusieurs années, c’était juste un disquaire avec deux caisses et on pouvait écouter les disques. Puis j’ai commencé à les commander directement aux labels ou aux distros. J’ai commandé les trois premiers albums de Crass chez New Rose à Paris et acheté les trois derniers à la Fnac. Puis sur des VPC aux États-Unis : Subterranean Records, SST. J’ai fais moi-même mes premiers tee-shirts puis en commandais à une boutique de Paris appelée Harry Cover.

Entre 1985 et 1992, j’ai eu ma période mail-art, beaucoup d’échanges internationaux avec des tape-labels de home music, On a monté R.R. Products, sorti une trentaine de K7 albums ou démos, et quelques compilations à thèmes dont « Disco Totem » et « La Folie » en 1988, qui étaient accompagnées de deux gros graphzines, avec des photocopies de qualités (ça changeait de l’impression grisâtre des zines précédents). Il y avait un papetier place Vaucanson qui avait une super photocopieuse moderne, l’impression était bien noire et le mec qui faisait les tirages était très sympa : plein de monde allait imprimer chez lui, il a fini par être débordé !

En 1986, j’ai fait un TUC radio à Kaleidoscope, c’étaient les premières années des radios libres. Elle était installée en haut d’une tour au Village Olympique. J’ai fait la technique de quelques émissions et avais une programmation libre pendant quatre heures le matin, sans nom d’émission. Je passais les trucs les plus improbables possible qu’on n’entendait jamais en radio. Une fois une auditrice mécontente m’a appelé en disant que ça craignait de passer de la musique aussi bizarre. Puis la radio s’est fait cambrioler. Avec Vincent, le bosse, on l’a déménagée dans des locaux à côté d’une cantine. Comme j’avais un CAP de maçon, j’ai passé les mois suivant de mon stage à installer des locaux plutôt qu’à faire de la radio. Merde, je n’avais pas vocation à travailler dans le bâtiment !

Puis 2000 est arrivé, tout a changé, mais rien n’a vraiment changé. Beaucoup de mentalités se voulant évolutionnistes se montreront finalement rétrogrades. Le punk a perduré de bien différentes manières. Les squats ont continué avec leurs activités arty, j’y allais parfois, y ai un peu participé ; les squats ne sont pas foncièrement associés au punk même si certains utilisent le terme, et existaient déjà dans les années 70 au temps des hippies de toute façon. Je passerai bientôt à l’édition de livres sur la musique avec Rytrut, exclusivement des traductions de livres et de bios parlant de groupes anglophones, surtout affiliés à la culture punk, celle que j’affectionne le plus. Je suis resté indépendant, donc non affilié aux quelques groupes médiatiques et éditoriaux qui gèrent le marché. Nous avons aussi certaines contraintes car nous signons des contrats avec d’autres éditeurs étrangers et ne sommes pas si soutenus que ça. Ce qui compte c’est que ça intéresse des gens, suffisamment pour continuer d’exister. Pour moi, c’est la suite logique, j’ai continué à vivre ma passion et il n’y a pas qu’une seule manière de le faire. Le punk est un état d’esprit, bien sûr… mais aussi un style de musique, quoi qu’on en dise ; et les chances d’y accéder ne sont pas égales pour tout le monde dans le contexte d’une société telle que la notre. Voilà tout ce que m’a évoqué le souvenir du zine ! »

– Terro, 22 mai 2021

Zoop ! Alternativ’ Zine # 11, janvier 2021, Spécial exentriques & protéiforme : Ladzi Galai

ZOOP ! ALTERNATIV’ZINE # 11, nouvelle série

SPECIAL EXCENTRIQUES & PROTEIFORMES

Bruschetto / Omnicore / Grrzzz / J.L. Costes / B.B. Coyotte / Ladzi Galai / Mr Orange / Die Form / Sigue Sigue Sputnik / Pierre Redon / Poly Styrene / Marilyn Rambo / 300mA / Ich Niente / Boredoms / Bronzy McDada / Iconoclast / Laurent Plessiet / Naing Naing / Godflesh…

Pour ce nouveau numéro, voici une série d’articles sur les exentriques et fous dingues déjantés dans le rock, la pop, l’industriel où même le jazz mais pas seulement … Y a de la matière et ce numéro n’a pas la prétention d’être exhaustif, mais si vous avez des idées, je suis preneur pour une suite épicée… Bonne lecture !

EXTRAITS :

J’avais déjà eu l’occasion d’écrire sur les cas paradigmatiques que sont Jean Louis Costes et Ladzi Galai, l’un et l’autre n’ayant bien sûr rien à voir, le premier faisant dans la provoc, le gore voire même le scatologique alors que le second est beaucoup plus subtil, mais également caustique à ses heures. Je ne vous parle pas des dizaines de groupes plus loufoques ou hors du commun que nous avons également chroniqués dans Zoop ! Zine par le passé… Vous n’avez qu’à vous y repencher ! Les derniers « illuminés » notoires dont nous avons parlés sont Naing Naing, Pierre Redon et J. P. Saccomani. Toujours rayon anecdote, Ladzi avait fait une reprise de Costes… mais du titre le plus gentil et propre qu’il avait pu trouver et d’une singulière actualité : Belle et Cruelle.

Glop Music : http://rytrut.free.fr/glop/musique.ph
Original de Costes : https://www.youtube.com/watch?v=-QFEzsEAOn0

Ladzi Galai : Punk Dada !

Ladzi Galaï est un dada punk ! Né en 1964 à Grenoble d’un père syndicaliste puis artisan et d’une mère professeur des écoles puis conseillère municipale, il commence la musique à sept ans par le piano et la trompette, découvre le punk en 77, achète une basse en 1981 et commence à écrire des chansons et à jouer avec Ambassade, en 1982, puis avec les Screamin’ Dolls en 1984. Il apprend mieux l’anglais en écoutant et en chantant sur la musique anglo-saxonne qu’à l’école, et lors des multiples correspondances dans sa période mail-art. Pendant trois ans, il participe à un fanzine avec des potes, fait plusieurs tentatives de groupes, et en 1985 monte le tape label de home-music : R.R. Products, signifiant d’abord Réseau Rapetou puis Rythm & Rut (devenu RytRut). Puis un nouveau groupe à géométrie variable nommé Cripure (son pseudo) S.A.. En 1987, nouveaux groupes : Dirty Husbands et Hermaphrodisiak. En 1989, nouveaux groupes : Ted & les Terriens, No No No.

En 1993, sortie du CD de sa mythique symphonie pour guitares Ultime Atome et il forme un groupe pour l’interpréter en concert. Ayant utilisé entre autre le pseudo Cripure, joué dans quelques groupes, et publié ses textes dans plusieurs fanzines, il prend le pseudo Ladzi (ou parfois Lazzi) en 1997 pour le concert intitulé ironiquement « karaoké » d’un album solo présenté comme Punk’n’Roll à Dada ; le terme « Punk’n’Roll » n’étant pas encore d’usage.

En 1999 il sort un second CD solo Foutue poupée, des titres composés fin des eigthies, joués dans plusieurs groupes et enregistrés à partir de 1992 et mixé en 98 au studio Koeienverhuurbedrijf de The Ex. Il joue de tous les instruments et chante Ainsi va la vie d’une voix malicieuse sur un bon rock aux guitares twist. Foutue poupée parodie la new wave sur des textes absurdes se moquant du genre sentimental. Gogos est plus latin mais la guitare reste habilement underground 60ies en chantant presque faux. Son Apologie politique donnerait des crises d’apoplexie à beaucoup de bandits mais ses boîtes à rythmes et claviers orientaux, ses scratchs sont bien dada. Sauver ma peau prend un rythme plus rock et beaucoup d’autodérision. Être heureux permet de l’entendre sur son second instrument, la trompette, pour une parodie entre Nino Ferrer et Taxi Girl, message sur une gratte twist. Amer sur Terre est ironique et déjanté sur une guitare asiatique cam pop. Il faisait déjà du Philippe Katerine à l’époque, et avec de meilleurs textes et arrangements. Un dieu sur deux se fout d’eux et des demi-dieux avec des paroles métaphysiques. Sa Liberté rêvée yodelée est plus drôle et sa musique plus moderne que celle de Moustaki! Et quand il fait Rire Jaune sa guitare, c’est carrément psyché à la Floyd des débuts. C’est un excellent guitariste et chanteur dans des styles très variés comme le montre cet album. Dans sa Voiture se moque à tue tête de cette fierté consumériste, individualiste et collective des embouteillages jusqu’à y mourir. Laisse parler laisse parler les nains à la VRP sur un bon rock. Quelques instrus complètent l’album…

En 1999, il enregistre un autre album inédit, Cherche la balle (avec le chien du voisin aboyant sur ce titre !), avec entre autres Cécile Jarsaillon, des Suprêmes Dindes, au chant dans La Fille Multicolore entre punk, hippie et multi-ethnique. Ma Main est une parodie de twist 60ies entre Brigitte Fontaine et les Elles mais le texte est d’un érotisme malicieux. A Jamais et La Tristesse furent écrites à Londres avec des textes yodelés et musiques délirantes et mélancoliques comme L’Hiver est revenu : ça fait penser à du Françoise Hardy en plus drôle. Ladzi le bouffon est un bel exercice de lazzi en zi très drôle aussi. Viens avec moi est très jazz psyché dans le vibraphone, Glandu Q : hilarant et y a même Elli & Jacno miaulant Les jolis matous et Elle rit avec les couleurs des voyelles de Rimbaud. Un grand artiste indépendant. Je lui donnerais son diplôme de pataphysique tout de suite. J- D B.

http://rytrut.free.fr/glop/historique.html
http://rytrut.free.fr/glop/historique.html#ladzisolo

LADZI GALAI chansons punk’n’rolloïdes »

« Ladzi Galai sait faire rimer liberté avec aventure, minimalisme avec personnalité et musique avec bonheur… » écrivait un journaliste de Mix en janvier 2000. Rien que ça !!!! Moi, à l’époque, j’avais décris cet objet musical non identifié comme la conséquence d’une écoute prolongée de Devo, Residents et d’une improbable compétition avec Gogol 1er et Jean-Louis Costes (en nettement moins gore tout de même). Même le zine Aquamarine du tape label anglais Bliss, qui ne doit pas parler un mot de français, avait écrit sur notre « gogo » préféré des propos encenseurs ! Extrait : « Songs which explores various types of underground pop, raging to synthpop to songs which can only be described as a total-reinvention of pop punk.” Là encore, y a de la pommade ! Mais cela n’empêchera pas beaucoup d’esprits étroits de ne pas pouvoir supporter cela… mmm… Et pourtant il y a indéniablement de belles trouvailles dans ce carnaval loufoque et parfois d’une sensibilité touchante, avec des paroles parfois emrpeint de sensibilité et parfois complètement erratiques. Sur le blog on trouve des tas de titres, enregistrés en live, que je ne connaissais même pas comme Travail sans T  (excellent hymne à la paresse un rien anar), Moi je joue, Les jolis matous… La cerise sur le gâteau c’est Salade de fruits (je vous raconte pas l’allusion cachée que je crois avoir décelée dans ce délire) pour ne parler de Glandu Q » où là, on atteint les sommets de la pâtisserie… Flow

Travail sans T et Ma Main : compos de Cécile Jarsaillon qui chante avec Ladzi, alias Atila ! (chanteuse /guitariste des Suprêmes Dindes)
Moi je joue : reprise de Rivière/Bourgeois (interprétée par BB)
Les Jolis Matous : reprise de Elli et Jacno
Salade de fruits : reprise de Cantora/Roux (interprétée par Bourvil)
Ladzi Galai C/O Rytrut Le Martinot 38 190 St Mury Monteymond
rytrut@free.fr https://www.rytrut.com

Certaines Personnes…

« Certaines personnes préfèrent foutre en l’air leurs amitiés, pour tenter d’acquérir un pouvoir imaginaire. Certaines personnes renient l’amitié qu’on pourrait leur porter, par mesquinerie, par jalousie de ce qu’accomplissent d’autres. Ces personnes sont à la botte du système, ont des attitudes méprisantes, relatives à celles du courant dominant, jusqu’au point de se prétendre marginales, et dans une optique de rébellion pour le changement des mentalités médiocres, dont elles font, finalement, entièrement partie. Ces personnes sont à plaindre, mais des plaintes entendues que d’elles-mêmes car elles ne sont pas constructives de l’intérêt général, ni même pour elles-mêmes. Ces personnes font la honte des alternatifs qui travaillent avec leur coeur à l’harmonie de leurs relations avec le monde, autant qu’à leur intégrité personnelle. Elles ne relèvent en aucun cas les bassesses de la nature humaine, et grouillent dans les villes où elles s’agglutinent pour se dévorer. Elles voudraient que les autres s’intéressent à elles, mais n’ont rien à faire des autres, jusqu’à leur souhaiter secrètement, voir ouvertement, tout le malheur qui fera leur ruine. Mais tout le monde n’est pas dupe bien longtemps sur leur compte et sur leur cas, et elles seront les premières à s’en mordre les doigts, si toutefois, un jour, elles arrivent à comprendre, et à se sortir de leur situation de marionnette, de marionnette. » Ladzi Galai, Miroir aux Sources, Printemps 2004

– Florent Mercier, Infoshop Bokal lebokal@free.fr

Interview avec Thierry de la maison d’éditions Rytrut, Wallabirzine, 12 février 2019

« Rytrut éditions a traduit des œuvres passionnantes, et élabore une succession de livres dans le domaine musical qui doit tout autant à une curiosité culturelle qu’à s’affranchir des codes. Le gars est loquace, passionné, pointilleux, et c’est à l’image de l’énOrme travail que cette maison d’éditions façonne. » – Bir, Wallabirzine, mardi 12 février 2019

Photomatons du fanzine grenoblois Noire Inquiétude, 1985

Bonjour Thierry aka Ladzi Galaï,

Peux-tu te présenter, qui es-tu ? D’où viens-tu ?
Il y a quoi dans ton imaginaire ?

Le fondateur et factotum de Rytrut. Partout et nulle-part à la fois. C’est pas d’où qu’on vient mais ce qu’on fait qui importe. Je ne suis pas plus nationaliste que régionaliste. Et j’aime pas raconter ma vie, sauf si on me force ! J’ai arrêté de rêver d’illusoire et essaye de m’activer avec ce qui est à ma portée. J’ai aussi sacrifié la musique en laissant de côté des projets inachevés, pour le bon plaisir ou la douleur de nos lecteurs, car l’humain est ambivalent.

Tu as joué dans des groupes (si, si) ? C’était quoi le style ? Le délire ?

J’ai commencé la musique à sept ans avec le piano classique puis la trompette, et un peu plus tard, après l’explosion punk, la basse tout seul en écoutant des disques, puis la guitare même veine basique sans cours ni conservatoire. Ensuite y a eu plusieurs groupes, dans les styles rock, psychobilly, post-punk, tendance expérimental, un peu d’indus à un moment, punk-rock avec quelques touches reggae, puis électro-punk. Et pour finir grève illimitée de la musique ! Par contre je me consacre énormément à en écouter, dénicher ou découvrir, de toutes époques et de styles variés.

Pour toi c’est quoi le punk ? Qu’est-ce qu’il représente ? La culture punk est-elle morte ?

Alors que j’avais été initié au rock à douze ans par mes oncles et cousins, j’ai entendu parlé du punk l’année suivante, en 1977, et demandé à l’un d’entre eux ce que c’était. Il m’a fait écouter les deux premiers singles des Sex Pistols qu’il avait acheté chez Arthaud. Et c’était parti ! C’était ce qu’il me fallait pour affirmer ma différence par rapport aux conventions que cette société semblait vouloir nous inculquer. Chacun y va de sa propre définition du punk suivant le contexte et la manière dont il l’a vécu ou interprété. Pour moi, cela représente une certaine éthique, avoir de l’équité, de l’ouverture d’esprit, des musiques nées de multiples influences des générations précédentes, inspirées par le rock décadent, garage punk, prog rock, art rock, voir autres styles inclassables. Expressions diverses mais pimentées, contestataires, festives ou intellectuelles. C’est plus tard qu’on découvre le pré-punk quand on a aimé le punk rock, puis le post-punk, la new wave, et les musiques personnifiées qui en découlent. C’est un style d’expression qui n’a jamais cessé d’être vivant. C’est devenu une culture ancrée pour certains mais qui fut finalement peu accessible ou comprise par beaucoup. Essayer uniquement de reproduire à l’identique ou se cantonner à des critères préconçus peut n’avoir de punk que des apparences. Les clichés de clichés sont sans doute les moins évident à dépasser, mais ils peuvent aussi servir de références et d’identification. Créativité et authenticité restent à mes yeux des critères importants. Certains disent qu’il n’y a pas vraiment eu de genre musical novateur depuis les années 1970… que tout ce qui a suivi avait déjà été inventé. Il y a du vrai, basiquement, mais les formes évoluent au fils du temps, ayant une accroche nouvelle, apportant un autre intérêt. Je m’attacherais à la multitude de groupes intéressants disséminés dans l’histoire de la musique, plus ou moins inconnus, que l’on peut découvrir actuellement, et dont les perles insoupçonnées sont un ravissement de curiosité et d’émotion.

Tu as participé à des fanzines graphiques, peux-tu en parler ?

Après avoir participé à un zine de potes qui a vu plusieurs numéros entre 1983 et 1985, un fourre-tout ronéotypé puis photocopié, j’ai monté un tape label avec ma copine de l’époque, et à l’occasion de compilations K7 à thème, concocté deux graphzines noir et blanc en invitant des contacts qu’on a eu dans le réseau du mail-art. Intitulé Disco Totem et Le Foliegraph illustré, Rythme & Rut les a sortis en 1988. Et les autres K7 albums étaient parfois accompagnées de livrets… ça date. Plus tard, à l’occasion d’un recueil d’aphorismes personnels paru chez un éditeur abusif – il faut un début à tout j’ai invité une poignée de graphistes de ma connaissances à les illustrer. Le bouquin des paroles de Jello Biafra que sortira Rytrut suivra finalement un procédé de zine graphique.

Comment es tu arrivé à la création des éditions Rytrut ? Pourquoi ce nom ?

Rytrut est-ce une association ? Combien vous êtes ?

Ça provient du label qui avait sorti une série de K7 de musique alternative, appelé R.R.Products, d’abord pour Réseau Rapetou puis Rythm & Rut. Il y a eu une trentaine de K7 dont des compiles de groupes actifs dans le réseau du mail-art. Le nom de l’édition en découle. Une association de loi 1901 depuis 2003 pour la sortie du premier bouquin (La Philosophie du Punk de Craig O’Hara), à la suite de Rythm & Rut qui avait été déclarée en 1988 au départ plus pour le suivi de mes activités musicales. Nous sommes très peu, c’est une microstructure qui ne peut ni ne souhaite faire concurrence à d’autres mafias mieux organisées ou plus en vogue. C’est pour cette raison que je me considère comme un factotum. L’asso a une présidente et un secrétaire qui agit au niveau informatique sur le site et la boutique. Et le factotum contacte les éditeurs anglophones, les auteurs, traduit, met en page, promeut un peu, empaquette et expédie. Donc trois membres à la base, mais l’asso a aussi recours à d’autres talents pour la traduction, les relectures, le graphisme, l’infographie et diverses rémoulades.

En moyenne à combien éditez-vous chaque livre ? Et vous en vendez combien ? Est-ce suffisant pour les coûts d’impression ?

En fait, ça coûte plus cher d’éditer des traductions que si on nous fournissait le texte en français prêt à l’emploi. Nous signons souvent des contrats avec des éditeurs étrangers, leur payons des avances de royalties, des années avant la sortie d’un livre, car ce boulot demande beaucoup de temps, et donc sans même savoir si on va retomber sur nos pattes. Il y a une prise de risque certaine. Le fait que la 1re édition de La Philosophie du Punk se soit vendue à deux mille exemplaires en un an m’a encouragé à continuer. La seconde édition a passé les trois mille, mais c’est notre best seller ! Pour les autres, à part Going Underground qui a été tiré à deux mille, aucun ne dépasse les mille, la tendance de ces dernières années est passé à cinq cents, et maintenant on fait des tirage à deux cents qui peuvent être réimprimés si besoin. S’il n’y avait que les coûts d’impression, il y a aussi ces avances de royalties avec parfois des droits supplémentaires pour les photos. Une fois tous les frais déduits, remises librairies comprises, il ne reste plus grand chose. Il faut donc avouer que cette activité est plus utile pour la postérité que pour se faire du blé, malgré ce que certains doivent penser. Une part des dépenses de l’asso est couverte par la vente des livres, mais j’ai dû prendre un petit boulot à côté, en garderie scolaire, depuis quelques années. Travailler avec des mômes n’est pas ce qu’il y a de pire. Ça vous donne la pêche et vous ramène à la réalité.

Je suppose que tu es polyvalent, autodidacte, souple, déterminé, réactif, professionnel, disponible à 300% afin de pallier à tous les corps de métier nécessaire à la pérennité de Rytrut. Qu’est ce que tu fais concrètement ? En quoi cela consiste-il ? Tant dans le domaine de l’édition que de la traduction ?

Bien occupé en effet. Quand tu as des projets ou des ambitions en parallèle, tu te demandes si tu arriveras les réaliser. Sans fausse modestie, je peux me targuer de tous ces attributs, avec tout de même un petit bémol sur la disponibilité ! Quand je suis sur une traduction, je vérifie si possible tout ce qui est avancé, et, vu que ce sont des livres spécialisés sur la musique, j’écoute tous les titres des groupes dont il est question afin de coller au plus près des descriptions. Procédant également ainsi pour les relectures de traduction, vérifiant les noms et les références diverses, à la littérature, l’histoire, etc., ajoutant des notes, écrivant mêmes des passages complémentaires si besoin. Par conséquent, nos livres sont souvent des versions améliorées des éditons originales. Au départ, j’étais le traducteur principal, puis d’autres s’étant joint à l’aventure, je suis donc passé relecteur ou co-traducteur. Ce n’est pas moi qui m’en suis chargé sur les deux premiers livres, mais j’ai dû apprendre la mise en pages professionnelle. Pour des raisons pécuniaires dans un premier temps, puis j’ai trouvé ça plaisant ; ce n’est pas aussi simple que cela ne paraît. Un de mes autres pseudo, Cripure, est conservé pour les signer, ça vient d’un surnom et du nom de mon projet musical mail-artistique du milieu des années 1980, encore utilisé. Ensuite, le bouquet final est le deal pour l’impression, qui s’avère parfois périlleux quand au résultat qualitatif. Quand on est obligé de faire du tri sur un tirage, ça fait grincer des dents ! Voir un boulot de plusieurs années sapé en un tour de main peut être assez décourageant. Imprimer des livres a un coût conséquent quand on est un petit éditeur qui n’imprime pas en Chine à des milliers d’exemplaires pour un coût moindre. C’est la seule chose que nous ne faisons pas nous-même et il s’agit du produit fini que le lecteur aura entre les mains, c’est très important. Je m’occupe aussi, secondé par le webmaster, de l’actualisation du site et de la boutique Rytrut, puis de l’envoi des commandes. Il y a du plaisir mais aussi du turbin.

Comment tu choisis les auteurs avec qui tu travailles ? Comment les as-tu rencontrés ? C’était quoi le deal ?

En 2001, quand j’ai commencé à traduire La Philosophie du Punk, j’ai contacté Craig O’Hara par e-mail, en passant par l’intermédiaire d’un ancien pote, qui participera à la relecture et à la mise en page. On a aussi ajouté à celles de l’auteur des photos qu’il avait prises quand il avait été jardinier au pair à San Francisco. Guillaume Dumoulin avait un petit label et distro appelé Spock Prod à Grenoble dans les années 1990. Je n’avais pas encore Internet, que j’ai pris en 2003, un peu avant la sortie du livre. Craig était partant, on a donc fait un deal oral avec AK Press, éditeur avec qui il bossait. Quant à l’illustration de couverture, je l’ai proposé à Sapiens, rencontré au Squat de Le 13 à Paris, alors que j’y avais joué en solo en avril 2002. Ça tombait bien, il y avait une expo de peintures de Karen et Sapiens, j’ai adoré, et ça collait parfaitement.

Pour le second, Chansons d’Amour de Crass, j’ai écris à Penny Rimbaud, qui a gentiment répondu à mes cent questions concernant le texte, et m’a mis en contact avec Pomona, l’éditeur qui venait de publier Love Songs, le recueil des paroles de Crass en anglais. C’est tombé au même moment. Nous n’avons donc pas choisi le titre. Il n’y a pas eu de contrat écrit, pas d’avance, mais un pourcentage un peu trop conséquent nous était demandé de la part de cet éditeur, car on s’était basé sur leur mise en pages ; disons que ça faisait un intermédiaire de plus à rincer, alors ça faisait lourd sur la balance. Deux albums du collectif ayant déjà été traduits par Annie-Claude Lemeur – ses traductions étaient insérées dans les vinyles originaux  je l’ai contactée pour avoir l’autorisation de publier ses traductions, sur lesquelles j’ai pu effectuer un petit rafraîchissement, après avoir carburé sur les autres albums. Vu qu’on nous demande encore ce livre, il sera peut-être plus tard envisagé une seconde édition, mais à condition que toutes les personnes qui l’ont lu achètent et lisent L’histoire de Crass de George Berger ! Sinon, ça sert à quoi de se décarcasser !

Le troisième était un recueil des paroles intégrales de Cor Gout, chanteur du groupe underground néerlandais Trespassers W, un ami de longue date, depuis sa participation à deux compilation de R.R.Products en 1987. On s’est rencontré plusieurs fois, avons aussi enregistré quelques titres ensemble et j’ai composé la musique d’une chanson de TW. Nous avons eu une correspondance postale régulière pendant des années. C’est un auteur doué en langues, il a aussi participé à la traduction, pour ses textes en néerlandais bien entendu mais aussi sur ceux en anglais (ma mère, une institutrice retraitée qui compte aussi parmi nos relectrices, parle le néerlandais mais pas moi). Par ailleurs, Cor Gout est un philosophe et programmateur d’émissions radiophonique et de télévision aux Pays-Bas, et même (il ne voulait pas que je le dise quand on a sorti le livre) footballeur professionnel pendant un an dans un club d’Amsterdam avant que celui-ci ne fusionne avec deux autres clubs de la ville. Ce livre fut illustré par Ronnie Krepel, un musicien polyvalent de TW qui dessina une multitude de crobars, complétant cet ouvrage avec un charme particulier.

Le quatrième, Going Underground de George Hurchalla, sur la scène punk américaine en particulier mais pas uniquement, m’a été conseillé par Craig O’Hara, car ce livre portait un regard nouveau sur le punk et le rock alternatif sans nombrilisme ni complaisance à la violence qui a pu se développer à une période dans la scène hardcore. En plus, l’auteur a interviewé un grand nombres de musiciens des groupes évoqués, ce qui procure une bonne tranche d’histoire réaliste et bien épicée. De plus, il est vaillamment illustré par de nombreuses photos rares. Going Underground est en deuxième position en terme de ventes. J’ai aussi bien communiqué avec Hurchalla au cours du processus, c’est un mec sympa et sportif. C’est par ailleurs un artisan du bois et un fan de punk bien évidemment, qui a eu plus jeune l’expérience de chanter dans un groupe.

Ensuite seront lancés le projet de traduction des paroles de Jello Birafa et de la bio de Joey Keithley. Mais avant leur finalité, sortira notre cinquième livre, la biographie sur la chanteuse Pink, du journaliste musical et auteur Paul Lester, que j’ai décidé de signer suite à la proposition d’Omnibus Press. Nous allions toucher un autre public et nous attirer les foudres de la clique sectaire et conservatrice du « punk », mais tans pis. C’est une copine punk française d’origine autrichienne, aussi fan de Bowie, qui m’avait fait découvrir cette chanteuse. Moins enthousiasmé au début par son premier album R&B, bien qu’ayant un certain charme, peut-être un peu trop sophistiqué, j’ai plus apprécié les albums suivants. C’est de la pop/rock grand public de qualité, puis ses convictions et engagements méritent autrement de respect que la glandouille de tout un tas de branleurs. Si en France elle n’a pas marché tant que ça – peut-être dû au rictus bien connu des médias élitistes traditionnels  c’est que la barrière de la langue ne touche pas autant les gens, rien à voir avec la popularité que Pink a acquis en Australie. Pour son côté punk, elle a quand même fait un album avec Tim Armstrong de Rancid, qui reste mon préféré, avec celui composé avec Linda Perry, que je connaissais puisse que je l’avais vue jouer dans un pub de Londres en 1996. C’était après les 4-Non Blondes, Linda avait un groupe de mecs sur scène. Ce fut un concert époustouflant, un blues-rock puissant. À la fin du set, je lui ai dit en personne avoir été ému par sa prestation et, avec son débardeur et ses tatouages, elle m’a remercié avec un sourire à tomber par terre.

La bio de Joey Keithley m’a été suggéré par Raf DIY, un guitariste punk et activiste de Limoges, du groupe Attentat Sonore et plus tard du label Guerilla Vinyl. J’avais vu DOA en 1985 la première fois à Grenoble, concert qui avait fini en bagarre (après, j’étais déjà parti) en raison de pseudo-skins, réputés pour venir foutre la merde à des concerts punk à cette période. Keith en dit deux lignes dans son livre. Je l’avais déjà lu en anglais. J’ai contacté Keith et nous l’avons signé avec son éditeur canadien, Arsenal Pulp. Je lui ai ensuite posé quelques questions concernant des passage du texte. Au départ nous devions le traduire à deux, mais Raf manquant de disponibilité, je me suis pratiquement tout tapé, mais il a pu quand même participer à la traduction du prélude et de deux chapitres, et effectuer une relecture. Au cours du boulot, j’ai revu DOA au Mistral Palace à Valence en 2009, et donc rencontré Keithley pour la première fois. Après la sortie de son livre, je lui en ai apporté un certain nombre d’exemplaires à Montpellier – en guise de participation au paiement des droits d’auteur. DOA a joué au Secret Place en 2012, l’occasion de me rendre dans ce lieu mythique. Joey a aussi eu droit à un exemplaire du bouquin de Jello Biafra fraîchement sorti. J’ai ensuite revu DOA à l’Usine de Genève. Ils sont arrivés tard en raison d’un bouchon dans le tunnel du Mont-Blanc, venant d’Italie. Du coup, j’ai donné un coup de main pour décharger le van. Joey Keithley est un punk de la première heure, il apparaît d’ailleurs en couverture du magazine de Vancouver, le Georgia Straight spécial punk rock, sortie en octobre 1977. Celle-ci est incluse dans sa bio, le sixième livre de Rytrut, dans lequel Joe raconte l’épopée de ces pionniers du punk, au sens premier du terme : DOA est le premier groupe à avoir porté le punk rock dans des contrées d’Amérique du Nord toutes aussi paumées les unes que les autres.

Un regard sur la pochette intérieur de mon vinyle de In God We Trust Inc. des Dead Kennedys, m’a incité à lancer ce projet de livre des paroles de Biafra. J’y avais posé une traduction puérile en français, en 1981. Je me suis donc lancé, début 2005, dans la traduction des paroles du premier album, puis j’ai contacté Jello à Alternative Tentacles pour l’autorisation. Il ne m’a pas directement répondu, mais son publiciste a donné leur accord. Ce fut là encore un contrat oral et j’ai poursuivis sur les autres albums. Puis j’ai eu la proposition du dessinateur français Melvin de faire des illustrations. Il a réalisé douze dessins, un par album. Voulant avoir son accord de vive voix, j’ai pris un billet de concert et d’avion pour assister à une lecture publique de Jello à Bristol en 2007. Après laquelle j’ai pu lui parler dix minutes dans la loge et lui montrer les dessins de Melvin, qui lui ont plu. Suite à quoi il a été décidé d’inviter plein d’autres graphistes pour illustrer toutes ses paroles de chansons. Entre-temps est sorti à Paris un livret contenant seize chansons illustrées des DK, en anglais et en français. Sorti sans concertation avec l’intéressé, celui-ci court-circuitait peut-être un peu notre projet, mais deux traducteurs de ce livret, qui ont tenus a rester anonymes, m’ont proposé de participer à la relecture de notre traduction. Avant la sortie du livre, j’ai vu les Guantanamo School Of Medicine en concert à La Tannerie de Bourg-en-Bresse en 2009, et plus tard lors d’un gros festival à Genève ; je crois que le groupe avait été ajouté à l’affiche car il était programmé dans une petite salle de la région. Puis aux Abattoirs de Bourgoin-Jallieu en 2017, ce fut leur meilleur concert, le son était monstrueux. Il y a donc eu beaucoup d’échanges, dont avec les graphistes, pour arriver à ce pavé gargantuesque.

Ensuite sortira la biographie officielle des Ramones, concoctée par leur tour-manager, chauffeur et homme à tout faire, le légendaire Monte A. Melnick et son acolyte Frank Meyer, journaliste, auteur et chanteur des Streetwalkin’ Cheetahs. On peut dire que Monte avait joué en tant que bassiste avant de s’occuper des Ramones : fin des années soixante, dans Triad avec Tommy (future) Ramone et dans Thirty Days Out. J’avais lu l’édition américaine puis Omnibus nous l’a proposé, je n’ai pas hésité un instant. J’ai eu un échange avec eux et posé quelques questions à Monte, qui n’aura de cesse de dire que c’est la meilleure bio des Ramones jamais sortie. Son intérêt, hormis l’aspect beaux-livre bien illustré en quadri, est qu’elle provient du cœur de la machine et se lit comme s’écoute une chanson du groupe, pleine d’anecdotes présentées somme une suite de petits entretiens au franc parlé avec de nombreux musiciens les ayant connus et des techniciens ayant accompagné le groupe.

Suivra la biographie des Slits, le premier travail de Zoë Howe (ex « Street » Howe), qui reflète par certains côtés une vision féminine du punk. Un groupe qui a élargi le champ d’expérience du style, et motivé pas mal de combo à se monter dans la période post-punk, inspirant un certain nombre de riot grrrls. Mais leur musique se caractérisa ensuite plus dans le reggae et l’improvisation. Ce livre nous a aussi été proposé par Omnibus. Durant le processus, j’ai été un peu en contact avec l’auteure, mais surtout avec Tessa Pollitt, la bassiste des Slits qui est extrêmement sympa. Malgré sa renommé internationale, ce groupe ne s’est jamais fait de pognon et ses musiciennes ont vécu dans la précarité. Nos ouvrages sont souvent des améliorations des éditions originales (je le redis). Pour celui-ci, nous avons disséminées les photos en pleine page (plutôt que regroupées en feuillets) et avons acheté des droits à un agence pour des photos supplémentaires. Tessa nous a aussi envoyé quelques photos de sa collection personnelle, ainsi que des badges à offrir aux personnes qui commandent le livre sur notre boutique. La dernière formation des Slits était bien partie en 2009, avec la sortie du superbe album Trapped Animal, incluant Hollie Cook au claviers et chœurs, la fille de l’Illustre Paul Cook, notamment batteur des Sex Pistols et des Professionnals. Mais le cancer ayant frappé, sans Ari Up, plus de Slits ! Elle décédera l’année suivante, pas longtemps après l’édition originale de leur bio. Pour la première édition du livre, Tessa m’ayant envoyé un article paru dans le numéro de Sounds de 1978, j’ai contacté le photographe Chalkie Davies et il a retrouvé cette photo inédite dans les archives du magazine. Pour la seconde édition révisée, je me suis adressé à Pennie Smith – la photographe qui a pris le fameux cliché de la pochette du London Calling des Clash – et nous avons négocié la photo de couverture (aussi utilisée sur l’édition anglaise), ainsi que ses autres clichés apparaissant à l’intérieur. Ce livre nous a coûté bien cher au final et les ventes ne sont pas suffisantes pour couvrir les dépenses.

Pour l’édition de la biographie de Nirvana de Gillian G. Gaar, c’est notre acolyte de Rytrut, Cyrille Lannez, fan de longue date du groupe, qui souhaitait sortir un travail sur eux. Nous avons d’abord eu la proposition d’un livre retraçant un travail en studio du groupe, mais on le trouvait trop technique, cherchant quelque chose de plus viscéral. Puis Cyrille a contacté Gillian pour traduire Entertain Us, l’Ascension de Nirvana qui s’est avéré être une tranche intéressante et en partie inédite du parcours du groupe, décrivant ses tous débuts au sein de la scène grunge. Nous avons payés des droits à son éditeur anglais, qui ne lui ont apparemment pas été rétribués. Mais c’est une autre histoire et nous n’en sommes pas responsables.

Concernant Burning Britain, le premier livre de Ian Glasper édité en français, je l’avais en anglais depuis un moment, mais je trouvais le texte un eu serré et ne l’ai finalement lu qu’en travaillant dessus. Ian m’a mis en contact avec Cherry Red Books et nous l’avons signé. Il s’est avéré qu’en parallèle une seconde édition anglaise était en préparation chez PM Press, la nouvelle maison d’édition de Craig O’Hara, aux États-Unis. Glasper était en tain de rédiger des ajouts, que nous avons donc aussi eu à traduire, ce qui explique en partie la sortie plus tardive de l’édition française. L’autre raison étant que – toujours soucieux d’amélioration – nous y avons ajouté beaucoup de photos (grâce au fichier bien fourni de Cherry Red) attachant un soin particulier à la mise en pages, afin d’obtenir une agréable lisibilité. J’ai proposé à plusieurs traducteurs de se partager la tâche : Frédéric Jalabert, un de nos relecteurs, notamment animateur de l’émission Lost in Space sur Radio Active à Toulon, promoteur de F.J Ossang et du label de feu Éric Chabert, Underground Productions. C’est un ami de longue date, rencontré en 1989, alors qu’il était étudiant à Grenoble. Il venait aux répètes et concerts de mon groupe de l’époque, No No No ; Nico Poisson, guitariste/chanteur et cofondateur du label SK Records, que l’ai rencontré la première fois alors qu’il donnait un concert avec Ned au Crocoléüs, la saison ou j’ai participé à l’activité du squat, en 2004/2005. Quant à David Mourey, le batteur de Chicken’s Call, je l’ai côtoyé dans la scène punk grenobloise de ces deux dernières décennies, notamment au 102 et au Lokal Autogéré. Pour peaufiner le texte, j’ai moi-même travaillé sur une relecture de traduction assidue afin d’assurer la cohérence de l’ensemble, fais des mises à jour et parfois ajouté des passages complémentaires, et un index : l’auteur ne m’en voudra pas, bien au contraire ! Rytrut est fier d’avoir édité ce monument sur la scène punk britannique ! Parler de « seconde vague » est un peu généraliste car certains groupes proviennent directement de l’explosion punk.

Pour terminer, L’histoire de Crass nous a été suggéré par Christophe Mora, guitariste/chanteur d’une série de groupes hardcore punk et du label toulousain Stonehenge Records. J’ai ensuite contacté l’auteur anglais George Berger et signé son livre avec Omnibus. II utilise ce pseudo pour son métier d’auteur et de journaliste. Il est aussi chanteur du groupe anarcho-punk underground Flowers In The Dustbins. Son travail sur la bio de Crass est impressionnant. Ce n’est pas seulement un descriptif de l’évolution du groupe, car le récit remonte aux sources, dans les années soixante, et George s’est entretenu avec tous les membres du collectif (sauf un). II s’agit du livre le plus pointu que nous ayons eu à traduire. Christophe s’y est collé avec discernement et j’ai fait ma part de relecteur et co-traducteur. Il se vend étonnamment moins que ne s’est vendu celui des paroles de Crass, alors qu’en plus d’être complémentaire, c’est un livre essentiel qui intervient dans le sujet anarcho-punk et retrace le contexte social, culturel et politique de l’époque, témoignant de son impact sur les générations alternatives passés et futures.

As tu des sollicitations par des auteurs ? Des groupes ?

Nous avons eu quelques propositions de sujets liés à la musique ou sociétal, mais au vu de nos possibilités limitées, l’asso ne peut se développer davantage en signant des livres dont elle ne pourra pas assurer le suivi ni le financement, et se contente de poursuivre les quelques ouvrages en cours. Il est vrai que notre ligne éditoriale se limite aux groupes anglophones. Nous ne fonctionnons pas comme une grande maison d’édition qui reçoit des tonnes de manuscrits, mais comme une petite microstructure qui travaille sur un livre comme on pourrait le faire sur un disque enregistré à la maison. Les livres de Rytrut ne représentent qu’une infime partie des groupes et des musiques qui nous tiendraient à cœur de raconter. Mais on ne peut pas tout faire dans une vie, il faut faire des choix, le temps nous est compté ! On n’est pas des dinosaures, ça fait longtemps qu’il sont ensevelis. Continuons de déterrer leurs squelettes ! Nos livres demandent beaucoup de travail, il ne s’agit pas de poser des traductions aléatoires vite fait sans vérifier les tenants et les aboutissants. Si certains s’imaginent que c’est simple et qu’on fait ça pour se faire du blé, il se fourvoient. On le fait avant tout car ça découle d’une passion et c’est comme un cadeau fait aux lecteurs, même s’ils doivent acheter les livres, sans quoi nous ne pourrions pas les éditer bien évidemment. Nous ne sommes pas subventionnés par des vendeurs d’armes. Il s’agit de promouvoir une certaine culture avec un état d’esprit particulier.

Peux tu faire une présentation de chaque livre ? Et notamment des deux derniers livres ?

En plus des infos que j’ai données concernant les auteurs et traducteurs, les résumés des lires se trouvent facilement sur le site web de Rytrut. Quand aux deux derniers, la bio de Nirvana est la seconde édition de l’ouvrage de Gillan Gaar, Entetain Us, L’Acension de Nirvana, sur laquelle nous avons studieusement retravaillé le texte, supprimé quelques coquilles (il arrive que l’on s’empresse pour des raisons de timing, mais nous tachons d’éviter cela), assuré une meilleure impression et changé de couverture afin de spécifier qu’il s’agit d’une édition bien différente de la première. La photo en couverture a été prise par Kevin Estrada lors du même concert que celle apparaissant sur l’édition anglaise. Il a touché ses droits comme Martyn Goodacre pour celle de la quatrième de couverture. Malgré mon intérêt depuis les premières années du punk pour une multitude de groupes et de styles, j’ai toujours gardé un attrait particulier pour Nirvana. J’avais découvert leur premier album, Bleach, en le commandant par hasard, comme je le faisais alors, par intuition ou simple curiosité, ou après avoir lu un commentaire, directement au label californien Subterranean Records, dont je recevais régulièrement le catalogue distro. Ce label a aussi été un petit disquaire à San Francisco entre 1984 et 1988. Au passage, je ferai remarquer que l’attitude punk est aussi de soutenir les indépendants en leur commandant directement leurs productions, au lieu de passer par des multinationales qui se rincent au passage, même si toute diffusion participe aussi à soutenir les indépendants… les librairies et les distro sont importantes pour pallier au phénomène de vampirisation. Plus tard, à la sortie de Nervermind, ça m’a fait drôle de voir l’ampleur du succès de Nirvana. J’ai préféré acheter Incesticide d’ailleurs. Nous aimions écouter des musiques underground, censées ne pas toucher le grand public ou ne le toucher que relativement, et paf ! Nirvana défraie la chronique, merde, qu’est-ce qui se passe ? C’est le monde à l’envers ! Après In Utero, Nirvana joue à Grenoble et invite les Buzzocks en ouverture en plus. Y a pas photo, il fallait y aller, et quel concert ce fut, monstrueux à tout point de vue, musique au top, Pat Smear à la seconde gratte, éclairage scénique impressionnant et son nickel, ce qui n’était pas gagné d’avance dans cette salle.

Pour terminer, le clou de l’année 2018 : The Who by Numbers, L’histoire des Who à travers leur musique. Il ne s’agit pas d’un hommage à l’album des Who portant ce titre, mais bien à leur entière discographie, et ce chanson par chanson. Ce n’est pas une biographie dans le sens précis du terme, mais le livre inclut la biographie du groupe au fur et à mesure qu’il décrypte et analyse ses chansons, ses opéras-rock, ses vidéos, ses films, etc.. The Who by Numbers, donc, littéralement Les « Who par les chiffres », on aurait même pu l’intituler en français, pourquoi pas ? Ce qui évoque bien sûr le point par point, une chronologie ainsi que la classification qui est faite de leurs disques dans les classements britanniques et étasuniens. Mais « Numbers » évoque aussi une catégorie chez les mods. Plusieurs années de boulot de traduction, d’écoutes approfondies de leur musique, de visionnages des films les concernant nous donne une version française bien plus complète que l’édition originale. Sa mise en page est aussi nettement plus attrayante. Pourquoi j’ai choisi les Who ? À moitié par hasard. Je l’ai d’abord commandé pour moi sans arrière pensée. Puis j’ai trouvé que ce serait intéressant de remonter dans le temps aux origines du punk. En plus, le batteur des Stiff Little Fingers, Steve Grantley était dans le coup, et le journaliste Alan Parker a travaillé avec les Monty Python ! Personnellement, j’avais connu la musique des Who à la même période où je découvris le punk, lors de son explosion. C’est un oncle qui avait été guitariste dans un groupe de lycée à Grenoble dans les années soixante, qui m’avait donné son double LP des Who. C’était l’édition française de 1974 de leur 3e album, The Who Sell Out, qui contenait en fait aussi le second album, A Quick One (ce que j’apprendrai des années après !) La pochette avec des boîtes de conserves. J’étais un jeune ado et j’adorais le côte loufoque de ce double-vinyle, que je préférais à leur premier opus, écouté plus tard et qui était plus proche du rock classique. Il faut dire que nous étions alors davantage inspirés par le Your Generation de Generation X ! Et nous apprendrons bien longtemps après que dernière cette ironie générationnelle se cachait un engouement de nombreux groupes punk pour les groupes de leurs grand-frères les ayant inspiré, notamment le prog rock underground. J’avais 14 ans, donc en 1978, la mère de mon pote d’enfance du quartier nous dépose devant un cinéma, où nous avons assistés, tous seuls, comme des grands, à la projection de Tommy. Watcha ! Tout est dit.

Quel est le prochain projet (en vue)  ? En plus du punk, allez-vous vous orienter vers le Hardcore ? Vers des nouvelles ?

Nous avons déjà sorti un livre essentiel traitant de la scène hardcore originelle, Going Undergound. qui est toujours disponible. On ne pense pas couvrir des périodes plus récentes, non pas par manque de curiosité ou d’ambition, mais toujours en raison de nos possibilités limitées. Pour l’anecdote, quand j’ai débuté en traduction, pour me faire la main, vers le milieu des années 1990, j’ai bossé sur le pamphlet d’Henry Rollins Bodybag Dans l’idée, c’est vrai, de peut-être travailler sur ses écrits à l’avenir. C’étaient les premiers petits livres qu’il publiait. Puis il a commencé a être vraiment trop prolifique, alors j’ai vite pensé que je ne pourrais pas suivre, à moins de me concentrer uniquement à cela. Ce qui m’était bien sûr impossible. En plus, j’étais encore bien actif au niveau musique à l’époque. Nous avons en fait trois nouveaux livre sur le feu, il y a encore beaucoup de travail. Mais je ne ne vendrais pas la peau du cul avant de l’avoir pelée ! Puis une ou deux petites rééditions. Et après, s’il y a un après, nous aviserons.

Les livres sont disponibles en librairie, as tu un réseau ? Sur le net existe-il une version dématérialisée ?

Économiquement, pour nous comme pour de nombreux petits producteurs, les conditions sont devenues encore plus difficiles ces dernières années. Les coup de fabrication augmentant et l’augmentation successives des tarifs postaux ne faisant qu’accroître notre déficit, nous avons dû augmenter les remises. Le prix des livres n’augmente pas chaque année, lui ! La privatisation de La Poste était une grave erreur, qui a nuit à une multitude de micro-entreprises et continue de participer à la catastrophe économique en France.

Il est certain que si nous avons instauré un site de VPC c’est dans le but de limiter les pertes et d’encourager les gens à nous soutenir en nous commandant les livres directement : il n’y a pas plus punk en matière de marché ! Je le redis. Ils soutiennent la possibilité d’imprimer le livre suivant. Pour les personnes refusant le paiement par carte, il est toujours possible de nous envoyer un chèque. Rytrut est aussi son propre diffuseur. Nous avons eu des propositions en ce sens, mais ça ne fonctionnerai pas dans notre cas, ce serait travailler à perte ; il nous faut un minimum rentrer dans les frais. Il y a bien quelques librairies qui nous commandent des livres pour les avoir en rayon, mais la plupart du temps ce sont des commandes ponctuelles de leurs clients, ce qui est bien aussi. Cela représente quand même le plus gros pourcentage de nos ventes. Il y a aussi quelques distros qui nous sont restées fidèles depuis le début et c’est cool !

La question du livre numérique a récemment été remise sur le tapis, en raison des nouvelles possibilité qui nous permettraient de rester indépendants sur la diffusion. Ce fut un choix jusqu’à maintenant de ne faire que de l’édition papier, notamment parce que nous refusions de passer par les plateformes obligatoires contre lesquelles nous luttons. Et nous continuons de résister à notre niveau, on ne baisse toujours pas les bras ! Même si les gens les plus susceptibles de nous soutenir ne le font pas forcément ; où ne le peuvent tout simplement pas car leurs priorités sont ailleurs. Nous connaissons aussi la précarité.

L’éventualité du livre numérique a donc été soulevée, mais étant donné que la plupart de nos livres ont vu des contrats d’édition pour des livres papier, il nous faudra négocier des avenants avec les éditeurs concernés mentionnant cette nouvelle close, et bien sûr leur proposer un pourcentage. Tout cela sera étudié en temps voulu, mais si nous le faisons, ces versions contiendront des mise en pages simples, avec juste le texte sans photos où illustrations (ce qui, par ailleurs, nécessiterait également un paiement de droits supplémentaires). Je suis désolé de saouler avec l’aspect économique du sujet, mais on ne peut pas bosser plus gratuitement que nous le faisons déjà. Et pour les gens qui veulent le vrai livre, le beau livre, ce sera toujours sur papier !

La lecture est une réponse à l’ignorance selon toi ? Est-ce un modèle de lutte amoureuse ?

N’est ignorant que Steve ! Plus on en sait moins on apprend. Oui, mais il ne s’agit pas de lire recroquevillé dans sa bulle sans jamais en sortir, ni rien faire d’autre, sinon ça peut avoir l’effet inverse. Tout ce qu’on peut vivre ou ne pas faire peut contribuer à l’éveil de toute une chacune. Est-ce que lire c’est agir ? C’est en tout cas certainement plus positif que les tartes dans la gueulemême si on en rêve ! Ah Ah !

Entretien avec Ladzi Galai, Editions Rytrut, par Warren Bismuth, Hirsute Fanzine, décembre 2016

HIRSUTE FANZINE

Entretien avec Ladzi Galai des Editions Rytrut, 11 décembre 2016

par Warren Bismuth

RYTRUT est une maison d’édition indépendante située en Isère. Son originalité est de ne sortir que des livres en rapport avec le punk international, et ceci depuis plus d’une décennie. Rencontre virtuelle avec son fondateur qui a fort sympathiquement et longuement répondu à nos questions en octobre 2016. Avant de lui laisser la parole, je voudrais juste m’immiscer pendant quelques lignes pour témoigner que j’ai été frappé par ces nombreux « vieux » noms d’activistes de la scène punk que j’avais pour quelques-uns complètement oublié et qui me sautèrent au visage en les relisant, faisant fonctionner à plein régime la machine à remonter le temps ! Une manière indirecte et originale de recevoir de leurs nouvelles, et un petit pincement au cœur en repensant à toutes ces années « pre-Internet » où tout se déroulait de visu ou par le biais de la bonne vieille Poste ! Merci à Monsieur RYTRUT et bon vent !

WARREN BISMUTH – Puisque nous sommes de nature curieuse, nous aimerions connaître l’histoire de RYTRUT et la signification de son nom.

LADZI GALAI L’édition est née en 2003 à la sortie de « La Philosophie du Punk », de Craig O’Hara. J’avais lu l’annonce de la sortie de l’édition américaine d’AK Press en 1996, vivant alors à Londres pour quelques mois. L’ayant commandé dans une librairie mais ayant quitté la ville avant qu’il arrive, ce n’est pas avant 2001 que je tombe dessus alors de passage chez le diffuseur alternatif Le Bokal. J’emprunte cet intriguant petit livre à Florent Mercier et dès les premières pages me vient l’envie de le traduire. Bien qu’ayant lu pas mal d’articles sur le punk durant sa période faste, je n’avais encore jamais trouvé de texte présentant le mouvement sous cet angle, ce livre devait donc être diffusé dans notre langue. N’ayant pas encore Internet, je contacte l’auteur de mémoire de sociologie par l’entremise de Guillaume Dumoulin, qui avait alors un micro-label appelé Spock Prod et sorti quelques fanzines, dont L’Ordurier. De plus il avait vécu en Californie une année et pris de chouettes photos de concerts lors de son séjour. Certaines apparaîtront dans l’édition française, dans laquelle la plupart sont de l’auteur lui-même. Le courant est tout de suite passé avec Craig et nous sommes toujours en contact. Il y a eu un contrat de confiance avec lui et AK Press et aucune avance de royalties sur droits d’auteur n’a été versée, contrairement à ce que nous ferons par la suite avec d’autres éditeurs anglo-saxons. La traduction terminée, je l’ai soumise à quelques relecteurs et me suis demandé qui pourrait le sortir. Florent m’avait présenté avec ce projet à L’Atelier de Création Libertaire, mais vu ma situation de précarité liée à mon statut de musicien ne vivant pas de sa musique, j’ai décidé de me lancer et d’auto-éditer cette traduction. Le nom provient du condensé d’un ancien label de cassette alternatif dont je m’occupais, actif entre 1985 et 1989, appelé R.R. Products, signifiant d’abord Réseau Rapetou puis Rythm & Rut. Devenue une association de loi 1901 en 1988, celle-ci changera de nom pour Hôtel Bleu, pour l’édition de deux albums de ma composition, puis se transformera en Rytrut lorsqu’il s’agira de publier ce fameux livre. Sans un rond, je soumets le manuscrit au Centre National du Livre qui nous accorde une petite avance remboursable sur six ans et complète avec un emprunt bancaire octroyé après l’étude du projet. C’est ainsi que naquit cette petite édition, qui résiste après quatorze ans d’existence. Nous étudierons donc la théorie de la relativité afin de poursuivre cette activité. Ce premier livre ayant très bien marché contre toute attente et nécessité une seconde édition après à peine une année, c’est ainsi que continue cette aventure, où chaque livre est un cas différent, avec ses joies et ses déboires, mais toujours marqués par des découvertes et des échanges intéressants.

WARREN BISMUTH – Vous êtes une maison d’édition assez atypique, proposant des livres sur la culture punk. Est-ce aisé pour être distribué ?

LADZI GALAI Il semble que depuis l’avènement de Nirvana la culture punk soit devenue exponentielle. Cela n’a pas toujours été visible mais elle n’a jamais cessé d’exister. Il y aura toujours des gens intéressés par le punk, comme il y en aura toujours pour les précédents mouvements. Nous n’avons pas eu tellement d’exposition médiatique, bien que certains livres aient bénéficié d’une multitude de chroniques, mais l’intérêt le plus important est celui du public, c’est grâce à lui que nous avons pu continuer. Nous sommes DIY avant tout, on va dire. Bien sûr pas jusqu’au point d’imprimer nous-mêmes ces livres… tout comme le guitariste se réclamant DIY mais ne fabricant pas lui-même sa guitare. On ne fait pas de ségrégation au niveau de la distribution. Nos livres sont référencés chez Electre, le fichier des libraires (et bibliothécaires NDLR). Nous avons souvent plus de commandes par des librairies que par notre boutique web. Il y a aussi des distro alternatives qui en commandent, quelques disquaires, et des chaînes de librairies, dont la plus la grande chaîne française de produits culturels bien connue, n’en déplaise à certains. Il n’y a qu’un géant international de la distribution, dont je tairai le nom, par qui nous refusons de diffuser nos livres, car c’est de l’arnaque, on ne récupère pas un centime sur un livre vendu chez eux. Donc le punk est une culture qui intéresse encore un peu semble-il dans ce pays. Bien sûr cela n’a rien à voir avec l’impact qu’il a eu dans les pays anglo-saxons ou davantage anglophones. Une fois je disais à Craig que tel ou tel livre ne partait pas autant qu’on aurait pensé, il m’a répondu que chez eux, les livres sur le punk partaient comme des petits pains. De plus, les éditeurs anglo-saxons vendent les droits dans plusieurs pays, ce n’est donc pas comparable à la diffusion francophone que nous avons. Et comme on ne fait que des traductions, les personnes ayant lu l’original en anglais ne sont pas forcément intéressées par la version française. Pourtant, à moins d’être un parfait bilingue, ce qui est loin d’être une majorité, j’imagine, cela apporte toujours une différente perspective… plus approfondie. Pour revenir au punk, il y a quelques années, quand on avait encore pas mal de commandes par téléphone, c’était marrant d’entendre la gène, la moquerie ou autre malaise que ce mot engendrait chez le libraire à qui un client venait de passer commande d’un livre avec « punk » dans le titre… hou là là, comment est-ce possible ? Cette mode n’est pas datée ? Un livre sur ces horribles freaks ? A croire que dans certains milieux ça fait toujours peur, ou rire, ou dégoûte… Bref, on n’a pas fini de se méprendre. Au début, une librairie nous avait commandé plusieurs fois une dizaine de « Philosophie du Punk », puis le libraire m’a dit qu’il ne voulait plus en prendre car il n’aimait pas la clientèle que ça attirait. D’où le besoin de continuer à diffuser ce livre, justement écrit dans l’intention de mieux renseigner sur le sujet, car les clichés perdurent et se déforment.

WARREN BISMUTH – Vous éditez peu de livres, y a-t-il cependant des salariés dans l’équipe ? Chacun.e a-t-il.elle un rôle bien défini ?

LADZI GALAI C’est une micro-structure sous forme associative. Il n’y a pas de personnel au même titre qu’une entreprise, mais des associés aux projets d’édition. Je m’occupe de beaucoup de choses, traduction, mise en page, diffusion… Les participants sont généralement des traducteurs, relecteurs, illustrateurs, et le webmestre indispensable bien sûr. Cyrille Lannez est le créateur du site et de la boutique, que nous agençons ensemble. Il y a quelques années, j’étais sorti du bureau de l’association, dont ma sœur est présidente, afin de pouvoir être salarié en contrat aidé. Cela n’a duré que trois ans car il faudrait vendre beaucoup plus de livres pour sortir un salaire avec les charges en plus des dépenses. Assurer le fonctionnement avec le minimum vital pour que perdure l’activité est essentiel, c’est pourquoi ça continue même en ayant un petit rendement. Rytrut a un fonctionnement aléatoire mais régulier, on n’entend pas rivaliser avec les gros éditeurs, qui ont davantage de visibilité. Ça reste une association qui fait de l’édition au coup par coup. Je me suis mis à l’infographie à partir du troisième livre, car on n’a souvent pas le budget généralement demandé pour une mise en page ou une couverture. Sortir des livres a un coût assez important, depuis leur signature, les auteurs touchent généralement leurs royalties longtemps à l’avance, avant même qu’une traduction soit commencée. Les autres personnes de la chaîne sont généralement bénévoles ou sujettes à répartition en cas de bénéfices. Un photographe ou illustrateur de couverture pourra toucher des droits à côté si son image n’était pas incluse dans le contrat avec l’éditeur anglo-saxon. L’idéal est qu’un livre s’autofinance grâce aux ventes. Quand ce n’est pas le cas, le manque doit être comblé par des revenus personnels extérieurs. Donc l’association s’autofinance tout juste. Les participants ont généralement un taf à côté – ce qui est mon cas depuis trois ans, je bosse à temps partiel avec des gosses – et sont aussi des musiciens concernant les traducteurs, ce qui est en accord avec le fait de publier des livres sur la musique. Et il s’avère que les auteurs que nous traduisons sont aussi pour la plupart des musiciens.

WARREN BISMUTH – Dans les archives de votre site, on voit des recueils graphiques accompagnant des cassettes compilation en 1988. Ce sont vos premiers pas dans la scène ? Pouvez-vous nous en dire plus sur ces productions ? Quels en étaient les groupes ?

LADZI GALAI Le label de cassettes R.R.Products a été crée au départ en 1985 pour sortir la musique, plutôt expérimentale que je commençais à faire, sous le nom Cripure SA, suite à quelques tentatives dans des groupes rock. Puis des cassettes d’autres musiciens inventifs ont suivi ainsi qu’une petite série de compilations à thèmes voyant participer un certains nombre de groupes obscurs internationaux dans une veine relativement expérimentale, disons post-punk, alt pop, indus ou electro, plutôt libres – on ne catégorisait pas tellement ces musiques. Nous étions connectés avec eux via le réseau du mail-art, certainement dans la continuité du dadaïsme pour l’état d’esprit. Sont aussi sorties d’autres cassettes démos de mes projets suivants, c’étaient plus des K7-albums qu’on ne considérait pas comme des démos pour chercher des concerts. Il y a eu à cette période une collaboration de Cripure SA avec In Aeternam Vale, puis Dirty Husbands, Hermaphrodisiak, Ted & Les Terriens, et ensuite les groupes No No No, Metal Slime. J’avais commencé à diffuser sur le web certaines de ces productions mais cela prenant beaucoup de temps, ce n’est pas évident de mener plusieurs activités de front. J’aimerais aussi le faire à terme pour ces fameuses compilations. Il y a un site qui présente ce que j’ai pu faire, dans lequel sont listées ces compiles, tapez Glop Music, mais aucun site n’a encore été dédié à l’ancien label de cassettes. Avant ça, j’avais fait mes premiers pas à la basse dans des groupes appelés Ambassade (1982-83) et Screamin’ Dolls (1983-84), puis j’ai participé à un fanzine appelé Inquiétude, devenu Noire Inquiétude après fusion avec Noire Vision. Les K7 de R.R. Products étaient souvent accompagnées d’un livret et celles des groupes réalisées avec une sélection de ce qu’ils envoyaient. Les noms des groupes des compiles apparaissent dans les pages des recueils graphiques du site web mais les scans n’étant pas très gros, voici les noms des groupes de ces cassettes. C’est aussi à travers le réseau du mail-art que les invitations graphiques ayant abouti à ces recueils furent lancées. Mais ce n’est pas directement en rapport avec l’édition des livres qui nous concernent maintenant. Le label de K7 a duré effectivement entre 1985 et 1988 et sporadiquement en 1989, ensuite je me suis concentré sur ma zique ou mes groupes autant que faire se puisse.

Quand le pays n’est pas indiqué ce sont des groupes de France. Entre 1985-1989, il y a eu chronologiquement des K7-albums de Cripure SA, In Aeternam Vale, LOSP, Schpountz, Hermaphrosisiak, IAV, Paul Silentblock & Steve Paddington Band (B), Sack (D), Rudy Boremans (B), Laurent Fauconnet, Geteilte Freude (D), OB Ovo + Sha 261, Brume, L’Edarps A Moth (D), Dirty Husbands, Ted & Les Terriens (sortie chez Headkleaner), No No No (1990, demo), C’est Pas Juste (1992, Metal Slime J/F).

Les  groupes apparus dans les compilations K7 à thèmes, « Jules & Les Citons » (1987) (Childish Songs/Rondes enfantines), « Disco Totem » vol.1, 2, 3 & 4 (1988) « La Folie » vol.1 & 2 (1988) et « Sex » (1989, Disco Totem vol.5/La Folie vol.3) sont : LOSP, Urbain Autopsy, The Mitz (B), Le Coeur des Boulangers, Mysto Dysto, DZ Lectric & Carolaïne, Costes Cassettes, Klimperei, Stenka Bazin, Brodé Tango, Les Souplards Torves + Pascal G (B), Amarillo Bitch, Objection, IAV, No Tears, No Unauthorised, Geteilte Freude (D), X-Ray-Pop, Éric Watier, Guido (B), Cripure SA, Sack (D), Schpountz, Les Gruiiikkks & co, Germaine Scalp, Zimbaboue Nitrozz, Folie Neubourg, Nombril Purulent, Groupe 33, Lt Caramel. J. Noetinger, We’R7 (UK), Rambo’s Fist (D), JAJ Entreprise, Die Wunde, Twilight Ritual (B), Tench Ric Snach (D), Rudy Borremans + Vostok (B), Schaum Der Tage (D), Tälëa, Vox Populi !, Absolute Body Control (B), Bene Gesserit (B), Ode Virale, Crawling With Tarts (USA), Syndrome (B), Dirty Husbands, Brume, Otre La Morte, Globin Tree Flip (USA), Izabella (USA), Spinoza Sisters (UK), Sue Ann Harkey (USA), Deleted, Local Scandal (D), Bob & Nev, Audio Leter (USA), L’Edarps A Moth (D), Nostalgie Eternelle (D), 2 From 5 (USA), Brume (F), Modern Art (UK), Unovidual (B), Cancel (NL), JAJ Entreprise, Pol Silentblock (B), Hermaphrodisiak, TUF (J), Pink Elln (J), Comptines Pornographiques (B), I Suonatori (CH), Merdow Shek (Y), Radio Prague (B), Y Create (NL), Machine Maid Man (UK), De Fabriek (NL), In Aeternam Vale, AK AK (D), Pierre Perret (F), Triste Grand Vide (B), Random Confusion (D), Rolando Chia (M), La Storia Del West (B), Bobillot, Klimperei, Trespassers W (NL), Toshiyuki Hiraoka (J), Laurent Fauconnet, Kronstadt (D), Next Rules Of Prostitution, Geteilte Freude (D), MC2, Phaeton Dernière Dance, Dayat Inya (D).

Les jaquettes et livrets de ces K7 ont été illustrées par les groupes et par Cripure, Christophe Petchanatz, Mickey Lima, Bruno Ameye, Pascal Aubert, D. Leblanc,  Zaza (Model Peltex), Nicolas de la Casinière, Makhno Masaï, Toto (Chef Bob Productos), Bob & Nèv, Canardos El Chistos, Phegm Pets (Cerebral Discourse, USA) Bruno Bocahut (Dusex, ZUT), Françoise Duvivier,  E.T. Ben Souf (B).

WARREN BISMUTH – La plupart de vos productions sont des livres déjà parus en langue anglaise, ici traduits. Sur quoi se porte votre choix de sortir en français tel livre plutôt que tel autre ? Avez-vous sorti des livres que vous avez vous-mêmes écrits ?

LADZI GALAI En effet, exceptés deux livres qui sont nos créations à partir des paroles de Trespassers W et de Jello Biafra, tous sont les versions françaises de livres signés officiellement pour la plupart. Ça peut être après un conseil, comme par exemple « Going Underground » de George Hurchalla, un livre qui parle de la scène punk hardcore, en remontant aux influences, et continue vers la scène rock alternative. Il a été traduit par contre après simple accord avec lui, c’était une autoédition. Il nous a été suggéré par Craig O’Hara alors que je lui faisais part de ma réaction après la lecture de « American Hardcore », lui disant que ce qui m’avait un peu gêné était le ton de complaisance à la violence de son auteur Stephen Blush. Il était d’accord avec cela et m’a suggéré un livre présentant cette scène avec un autre regard. Sortir les paroles de Crass juste après la philo du punk m’a semblé essentiel, j’ai donc écrit à Penny Rimbaud à la Dial House. Il m’a mis en contact avec Pomona, l’éditeur anglais justement en train de sortir un recueil de leurs paroles, « Love Songs », sur lequel on s’est basé avec leur choix de l’ordre des textes. Ensuite les paroles de Cor Gout, de Trespassers W, aussi un choix personnel, Cor étant un ami et son groupe étant intéressant et inventif à mes yeux. Ses paroles ont été spécialement illustrées pour ce livre par Ronnie Krepel, un multi-instrumentiste du groupe. Puis j’ai contacté Alternative Tentacles et lancé celui des paroles de Jello Biafra, l’idée de l’illustrer est venue plus tard. Entre temps, Raf DIY de Limoges Punx (un ami précieux NDLR) m’a suggéré la bio des pionniers canadiens de DOA par le pilier du groupe, Joey Keithley. Je l’avais déjà lu en anglais et j’ai été emballé. Ça m’a donné l’occasion d’avoir un échange avec lui (Joey, pas Raf, NDLR) et de le croiser à l’occasion de quelques concerts par chez nous. Vraiment un bon gars, extrêmement positif. Pas étonnant quand on connaît son parcours et quand on voit la portée de son action, qui l’a mené à entrer en politique actuellement à Vancouver. Ensuite, une partie de la scène punk ou underground française soutenant parfois peu nos livres, j’ai accepté la proposition d’Omnibus de sortir la bio de Pink de Paul Lester ; rien que pour faire un pied de nez à ceux qui ne sont jamais contents… tous les nec plus-ultra autoproclamés. Ou tout simplement parce qu’une punk autrichienne m’avait fait découvrir sa musique et que, dans un genre plus commercial mais pas inintéressant, elle avait de l’attitude et un engagement sur certains sujets, comme la défense des animaux avec PETA, et sa lutte féministe d’une certaine manière, s’adressant aux adolescentes afin de les sensibiliser sur les pièges des stéréotypes féminins qu’attend d’elles la société. Amener un autre public à lire nos livres était aussi le but. Pink a eu d’intéressantes collaborations musicales, notamment avec Tim Armstrong de Rancid et Linda Perry des 4 Non Blondes. Et comme par hasard, j’avais vu Linda Perry dans un club londonien en 1996. Elle jouait avec un groupe de mecs, un concert époustouflant, d’une générosité et d’une force rare. Je lui ai dit après le set que j’avais adoré, elle m’a dit merci avec une tendresse dans le regard que je n’oublierai jamais. Linda Perry était gay mais n’aimait pas qu’on la catégorise de lesbienne. Pour en revenir à Pink, c’est une artiste aux multi-talents, qui chante suspendue à un trapèze sans un soubresaut dans la voix, une double personnalité peut-être, mais une personnalité propre. Différente des midinettes de la pop grand public comme se la représentent souvent certains. En plus ses paroles touchent les gens, davantage dans les pays anglophones bien entendu, et en Australie tout particulièrement. Plus Récemment Alicia Moore est devenue ambassadrice de l’UNICEF. Vous savez bien qu’il faut parfois des fonds pour soutenir une cause quand la parlote et la prétention n’y suffisent pas. Il y a des gens qui font profiter à autrui des fruits de leur richesse acquise ; et elle ne venait pas d’un milieu aisé. D’ailleurs ça ne lui dit rien d’aller badiner avec le gratin d’Hollywood, même quand on l’invite. Le livre sur l’histoire de Nivana depuis ses tous débuts dans la scène grunge est venu suite à ma suggestion à Cyrille Lannez de traduire un livre sur le groupe qu’on nous avait proposé. Celui-ci était focalisé sur les séances studio de Nirvana et trop technique à notre goût. C’est là que Cyrille est tombé sur « Entertain Us », la biographie écrite par Gillian G. Gaar, une journaliste de Seattle qui a fréquenté le groupe. La bio des Ramones et celles des Slits ont été signées suite aux propositions d’Omnibus. Nous entrons généralement en contact avec les auteurs, voir avec des membres des groupes. Par exemple, pour la bio des Slits, j’ai eu un échange de mails très intéressants et suivis avec la bassiste Tessa Pollitt. Elle nous a envoyé quelques photos supplémentaires de sa collection et un petit dessin inédit qui a illustré le marque-page. Monte A Melnick, le cinquième Ramones, est un type trop sympa, qui est par ailleurs actuellement superviseur de l’audio-visuel au New York Hall of Science, ça claque, non ? Il a écrit avec Frank Meyer « le livre qu’il faut lire pour tout savoir sur les Ramones », dixit Monte, remarque qu’il a faite en français ! Pour répondre à votre seconde question, il peut y avoir des participations à l’écrit pour des introductions, avant-propos, mises à jours, mais on se tient toujours à cette idée de publier des traductions. A moins qu’on nous soumette des projets qui correspondent à notre édition… une autre possibilité reste envisageable.

WARREN BISMUTH – Pour la traduction, faites-vous toujours appel aux mêmes gens ? L’effectuez-vous vous-mêmes ?

LADZI GALAI Oui en gros, j’ai commencé tout seul, puis se sont greffés quelques autres traducteurs suivant les projets. Aussi l’association ne pourrait soutenir le coût professionnel d’une traduction, c’est pour cela qu’économiquement parlant ce sont généralement les derniers de la chaîne à être rémunérés, si toutefois ils le sont, tout comme les relectrices. Mais cela ne nous empêche pas au contraire de rendre des traductions correctes, étant donné qu’il n’y a pas trop d’impératifs de délais ; même si officiellement il y en a sur les contrats, mais les éditeurs avec qui on signe sont patients. Les relectures sont importantes aussi, Raf DIY, par exemple, le fera sur « Going Underground », et « Toute une vie dans le punk » pour lequel il traduira aussi un chapitre. Frédéric Jalabert, un ami de longue date devenu relecteur de Rytrut puis traducteur, a relu plusieurs ouvrages et traduit « Burning Britain », avec aussi David Mourey, notamment batteur du groupe grenoblois Chicken’s Call, et Nico Poisson, chanteur guitariste de NED, un groupe lyonnais qui avait joué au Crocoléus, un squat disparu et rasé dont j’avais pris part durant la saison 2004/2005. Nico est aussi membre de Sathönay et du label SK Records. La relectrice de la bio de Pink était une ancienne voisine, Carine Martinotti, elle est écrivaine public. Marcelle Vincent, ma mère, est aussi relectrice, c’est une institutrice retraitée. Pour le premier livre sur Crass, leurs paroles, j’ai dû contacter Anne-Claude Lemeur, qui avait déjà effectué une traduction de celles de deux albums du groupe, dans lesquels celles-ci étaient incluses en insert. J’en avais confié la relecture à Christophe Petchanatz, auteur et pianiste original de Klimperei, acolyte de longue date dans le mail-art. Il y a aussi la rock-critique Lydie Barbarian, que je n’ai pas rencontrée, elle est co-traductrice de la bio des Slits de l’auteure Zöe Howe, et vit aussi à Londres. Par ailleurs, Zöe est musicienne et joue sur l’album solo de Viv Albertine, auquel a aussi participé Mick Jones des Clash.

WARREN BISMUTH – La majorité de vos premières productions s’orientaient vers le punk américain au sens large. Vos dernières éditions se tournent vers l’Angleterre, pourquoi ?

LADZI GALAI Pas spécialement, le premier livre déclencheur, « La Philosophie du Punk »,  oui, mais il fait aussi référence au mouvement punk en général. Le second était anglais, « Chansons d’amour », les paroles de Crass, le troisième néerlandais, « L’intégrale » des paroles de Trespassers W, mais la majorité des textes de Cor Gout sont en anglais, ou alors basés sur ses traductions du néerlandais. Le quatrième était américain, « Going Underground », mais avec beaucoup de rapprochement avec d’autres scènes, anglaise et australienne notamment, l’auteur George Hurchalla ayant aussi vécu en Australie. Au milieu des années 1980 il avait travaillé pour une œuvre caritative au Nicaragua, pour aider les gens suite aux répercussions de la révolution sandiniste. Cela alterne, mais la spécificité de Rytrut reste de publier des traductions de livres anglo-saxons, pour s’en tenir à l’idée de départ de diffusion d’une culture musicale qui nous intéresse. Même si ce n’est pas la seule, puisque des musiques de partout nous intéressent, mais c’est celle qui entre dans le « cadre » de nos productions. C’est peut-être aussi parce j’ai été davantage imprégné par le rock anglo-saxon, punk rock, post-punk en l’occurrence mais aussi divers genres, plus expérimentaux ou plus anciens, que par les groupes français, même si j’en ai forcément écouté et apprécié plus jeune ; et encore aujourd’hui, je ne suis pas complètement hermétique… Mais à l’époque où je jouais encore, j’étais moins enclin à me laisser distraire par des paroles en français. Comme j’en écrivais moi-même, il me fallait une certaine liberté d’inspiration. A croire que j’ai commencé à vraiment travailler l’anglais en écoutant des groupes qui chantent dans cette langue, depuis l’âge de 13 ans, en 1977,  il fallait que je comprenne un minimum leurs paroles. Ce n’est donc pas forcément un hasard d’en être arrivé à faire de la traduction sans avoir fait l’université. Le punk anglais est bien sûr une source d’inspiration, et il s’avère, et cela n’est pas lié au brexit, que nos projets en cours le sont aussi. Mais nous n’avons pas les épaules assez larges pour faire tous les livres qu’on nous propose, par exemple Omnibus nous avait sollicité pour une bio sur The Stranglers première période alors en cours d’écriture, mais l’ayant déclinée faute de disponibilité, celle-ci a été proposée à un autre éditeur. Mais ce ne sont pas les sujets qui manquent.

WARREN BISMUTH – Un livre sur CRASS, votre dernière production à ce jour. Pourquoi ce choix ? Pensez-vous que CRASS fut un élément majeur de la scène punk depuis sa création ?

LADZI GALAI Crass est un élément important ayant engendré toute une scène musicale politisée internationale. J’ai personnellement été marqué par ce groupe en son temps. Beaucoup par leur musique, que j’ai découvert en 1981 avec « Penis Envy », les autres ont suivi, mais aussi par leur concept, avec ces pochettes dépliées formant des posters. Affichés dans ma chambre d’ado qui passa, vers 1983-84, de déco couleur pleine de posters et de photos découpées dans des magazines de rock à des murs repeints en noir et blanc, pareil pour l’affichage. J’avais lu la biographie de George Berger en anglais. C’est un texte relativement compliqué auquel il faut vraiment s’accrocher si on n’est pas sérieusement bilingue. Comme nous avions déjà sorti les paroles du collectif, je ne pensais pas au départ éditer cette bio. Puis Christophe Mora, de Stonehenge Records, le label de Bordeaux et Toulouse, se lançait dans la traduction et nous l’a proposé, c’est comme ça que nous l’avons signé. Ce livre est aussi le complément idéal aux paroles du groupe, et va bien au delà ; c’est un livre qui parle d’art, de politique, de sociologie et qui remonte à la genèse du collectif, les Swinging Sixties, le free festival de Stonehenge, les années Thatcher et leur rapport à l’anarchisme. Concernant le choix des livres, comme je le disais, il y a énormément de groupes et de sujets qui nous tiennent à cœur, nous ne pouvons agir que dans les limites de notre champ d’action. Quand vous parlez de création de la scène punk, c’est certainement en référence à la période ’77, mais celle-ci et tous ces groupes ont puisé leurs influences bien avant, malgré l’idéologie assumée de partir de zéro. C’est un mouvement qui a peut-être été déclenché internationalement par un tube au hit-parade anglais, mais son existence était déjà intrinsèque dans la culture et la musique underground. Le punk en est la continuité, avec ses propres spécificités, mais aussi ferment d’une telle variété de genres et de contextes qu’il est souvent difficile de le catégoriser, même s’il n’est pas toujours évident d’aller au-delà des stéréotypes.

WARREN BISMUTH – Etes-vous entrés en contact avec les membres de CRASS pour ce livre ? Quelle fut leur réaction ?

LADZI GALAI C’est son auteur, George Berger, qui les a rencontrés afin de rédiger la biographie du groupe. Nous n’avons pas eu à les contacter nous-mêmes. J’avais eu auparavant un échange de lettres avec Penny Rimbaud quand nous travaillions sur leurs paroles. C’est un type très ouvert qui avait répondu à la centaine de questions que je lui avais soumises afin d’avoir des précisions pour la traduction. C’est aussi Crass qui a fourni les photos du livre, sorties de la collection de la Dial House. J’ai été en contact avec Berger pour quelques questions sur la fin. C’est un journaliste et essayiste anglais, aussi parolier, ayant évolué au sein même de la scène punk underground londonienne.

WARREN BISMUTH – Je me souviens qu’il y a quelques années l’un de vous m’avait commandé un vieux 45 tours de CRASS que je vendais d’occasion sur mon catalogue. Il m’avait dit que l’idée germait déjà de sortir un livre sur ce groupe. Combien de temps vous a-t-il fallu de l’idée de départ jusqu’à la réalisation ?

LADZI GALAI Ah c’est toi ! Ouais, le seul du groupe que je ne connaissais pas : « Who Dunnit ? » (Qui a fait ça ?)… (Oui c’est celui-ci NDLR) les paroles disent : « Des oiseaux ont chié dans la crème, mais qui a semé la merde au Number Ten ? » Musicalement, c’est un chant en chœur dans une ambiance de bar. Rien à voir avec le rock décadent de Crass auquel s’attendaient les fans. D’ailleurs il est dit dans le livre qu’un fan mécontent leur avait renvoyé ce single cassé en morceaux. Ce petit vinyle marron est un canular… comme la politique peut souvent l’être. Le contrat avec Omnibus a été signé en décembre 2007. Il nous a donc fallu huit ans pour le sortir. Nous ne sommes pas une usine de traduction. C’est un texte pointu qui a nécessité des échanges assidus avec son traducteur, Christophe Mora. Ça regorge d’informations qu’il a fallu chercher et vérifier pour être en phase totale. En bref, ce livre c’est du lourd, du très lourd. Nous sommes très contents du résultat, et les personnes qui l’ont lu en profondeur savent de quoi il en retourne.

WARREN BISMUTH – Quel est le chiffre moyen des tirages par production ? Sur quel mode d’imprimerie se porte votre choix et pourquoi ?

LADZI GALAI Il n’y a pas vraiment de chiffre moyen, c’est du simple au double. « La Philosophie du Punk » atteint bientôt les cinq milles exemplaires vendus, c’est notre vache à lait, même si le lait de vache n’est pas bon pour la santé, on ne le savait pas quand on était petit. Ça permet de rééquilibrer les budgets de ceux qui se vendent moins. Par exemple « Going Underground », sur un titrage de deux milles a été vendus à six cents. Il continue mais au compte-gouttes, et comme on l’avait laissé à son prix de souscription il est nettement moins cher que son prix normal, le coût de l’impression n’est donc pas encore amorti. Le grand Hurchalla, ce sportif immigré au Mexique qui nage au milieu des baleines, n’a encore touché aucune royalties dessus. Il y a aussi eu des tirages à mille. Maintenant on essaye de s’en tenir à des tirages à cinq cents en offset, qui s’écoulent sur plusieurs années. Et on en vient aussi à de plus petits tirages en numérique à deux cents exemplaires par exemple, ou moins. Mais plus le tirage est petit plus ça revient cher à l’unité et moins on rentre dans nos frais. C’est un cercle vicieux. Sortir des livres, des traductions, nous coûte de l’argent, on paye généralement des avances sur droits d’auteur – à part pour quatre de nos livres, qui ont eu des contrats tacites ou sont nos créations –, sans parler du travail de traduction et d’infographie qui est très peu voir pas du tout rémunéré, et celui de diffusion, d’agencement du site, il y a beaucoup de bénévolat.

WARREN BISMUTH – Tenez-vous régulièrement des stands pour faire connaître votre maison d’édition ? Si oui, privilégiez-vous les concerts, festivals, ou les salons du livre ?

LADZI GALAI On en a fait quelques-uns, mais je ne cours pas spécialement après. C’est toujours bien de côtoyer d’autres gens de ce milieu, de voir leur travail et d’assister à d’intéressants débats ou présentations d’ouvrages, mais ce n’est pas ce qui fait vivre la machine nous concernant. Les quelques livres qu’on y vend permettent de rembourser le transport, bien qu’on laisse parfois des dépôts à des distro lors de concerts ou autres événements. Il faudrait certainement en faire davantage pour y gagner en visibilité et en notoriété, mais ça prend du temps…  ça me fait plaisir quand on nous invite à faire une table et j’y vais parfois, mais quand on a quinze mille choses différentes à faire dans la vie, et qu’on aimerait en faire dix mille autres, on ne peut pas être au four et au moulin, comme une impression de me répéter. Et les cueillettes n’attendent pas !

WARREN BISMUTH – Vous êtes situés dans l’Isère. Cela vous pénalise-t-il pour faire connaître votre maison d’édition, vous avantage ou n’a aucun impact avec l’ère Internet ?

LADZI GALAI Ici ou n’importe où c’est du pareil au même, on n’est pas plus régionalistes que nationalistes, ni plus pro-européens qu’internationalistes. On est individualistes, mais on transmet partout. Nous privilégions les individus, le travail d’individus destinés à d’autres individus, dont le travail peut nous intéresser par ailleurs. Et justement, pour nos bouquins, presque tout se passe par Internet. Les commandes de librairies ou via notre boutique, et cet entretien aussi. On vit dans le monde qu’on s’est créé, une différente planète, peut-être, où l’on a pu se trouver une place. Nous aurions certainement plus de publicité et d’impact si nous avions fenêtre sur cour dans une grande ville, et pourrions par ailleurs avoir accès à plus de choses, faire plus de rencontres, mais peut-être serions-nous moins efficaces, qui sait ? Il faut s’adapter à son propre environnement, faire avec les moyens du bord et aller de l’avant coûte que coûte.

WARREN BISMUTH – Pour les photos en illustrations, devez-vous contacter chaque personne présente sur la photo ou simplement le.la photographe ? Comment se passent les négociations ? Les photographies publiées sont-elles toutes protégées par des droits d’auteur lorsque vous les récupérez ?

LADZI GALAI Comme pour les photos intérieures, si nous utilisons les mêmes que dans l’édition originale, les droits sont généralement inclus dans les contrats d’édition. Mais si nous en utilisons d’autres, il nous faut payer des droits à part aux photographes. Nos versions des livres contiennent souvent davantage de photos. Lors d’une mise en page, nous en avons reçu en plus dans le fichier que celles choisies à l’origine et nous avons carte blanche pour les utiliser. Il arrive qu’on en ajoute nous-mêmes, comme pour notre édition de « Typical Girls » pour laquelle nous avons acheté des droits de reproduction à une agence de photographie, Dalle en l’occurrence. Pour ce livre, précisément, j’ai contacté Pennie Smith, dont la photo des Slits illustre l’édition originale, elle a aussi des photos à l’intérieur, pour lui demander si elle n’avait pas de meilleurs scans – ce qui nous éviterait un travail sur les photos, comme nous sommes souvent amené à le faire. Pennie n’en avait pas mais nous a demandé des droits de reproduction pour l’édition française. Elle a donc été rémunérée en plus pour l’ensemble de ses photos. Mais finalement nous avons contacté le new-yorkais Chalkie Davies pour mettre une photo inédite du groupe. Il a lui-même travaillé le contraste et a touché son dû. Cela a bien sûr alourdi le budget d’un livre tiré à relativement peu d’exemplaires, mais il est normal qu’un photographe touche la part qui lui revient de l’exploitation d’une de ses œuvres… tout travail mérité salaire, rien n’est gratuit… blablabla. Il arrive que certaines photos envoyées par les groupes ne soient pas créditées. Nous ne contactons donc pas directement nous-mêmes chaque photographe, ce travail préalable ayant normalement été fait par l’éditeur de l’édition originale dans la mesure du possible. Concernant les autres couvertures, nous avons contacté et payé des droits de reproduction à Kevin Virobik-Adams pour le cliché de Randy des Big Boys illustrant « Going Undergound », à Richard Bellia pour la photo illustrant la couverture et l’affiche de Nirvana. Le peintre Sapiens a été payé en livres pour sa peinture illustrant « La Philosophie du punk ». Pour la photo de One Way System illustrant « Burning Britain », chaque musicien du groupe a reçu un exemplaire. Concernant les nombreuses illustrations des paroles de Jello Biafra « Que la farce soit avec vous » aucun illustrateur, parmi la soixantaine, n’a touché de royalties. Ce que nous annonçons à chaque participation c’est qu’il pourra y avoir une répartition si un livre fait des bénéfices. Ce livre n’ayant pas encore été amorti, même s’il se vend, mais pas encore assez pour cela. Nous n’allons pas inventer de l’argent qui n’existe pas ; Jello lui-même n’a encore rien touché sur son livre français. Par contre les ayant droits des deux premiers livres qu’on a sortis ont touché des droits, car ceux-ci ont été amortis et ont engendré des bénéfices, qui ont aussi permis de publier le livre suivant, il ne faut pas l’oublier.

WARREN BISMUTH – Echangez-vous d’autres productions avec les vôtres pour vous faire distribuer ? Si oui, avez-vous dû de fait monter un catalogue de vente par correspondance ?

LADZI GALAI J’ai par le passé fait un peu d’échange de distribution de disques, avec notamment New Wave Records et quelques autres, mais concernant notre édition, on ne peut se le permettre. Il n’y a ni le temps ni la place. Je ne suis avant tout pas un marchand, mais nous devons bien sûr vendre nos livres, c’est ce qui fait vivre notre édition. Nous avons un site et plus récemment une boutique en ligne, uniquement dédiée à nos productions, ce qui facilite la diffusion. Nous sommes reconnaissants envers toutes les personnes qui nous soutiennent en achetant nos livres depuis le début et bien sûr la multitude de librairies par lesquelles les gens passent pour les commander.

WARREN BISMUTH – Projetez-vous un livre qui ne serait pas du tout dédié au mouvement punk, n’ayant aucune attache avec cette scène ? Voire pourrait-il ne pas avoir de rapport avec la musique ?

LADZI GALAI Oui, un livre sur un groupe antérieur au mouvement punk, mais ayant eu tout de même une part influente. On ne fera que des livres en rapport avec la musique, c’est un choix de départ, il y a bien d’autres éditeurs très intéressants pour tous les autres sujets de société. Nous ne serons pas non plus des requins qui mangent à tous les râteliers.

WARREN BISMUTH – Puisqu’on en parle, quels sont vos projets ? Y a-t-il des projets qui n’ont jamais abouti ? Pour quelles raisons ?

LADZI GALAI Nous avons trois livres sur le feu, mais ne vendons pas la peau de l’ours avant de l’avoir tué… même si nous ne voulons tuer aucun ours. Un seul projet de livre n’a pas abouti, un projet fou. Mais c’était une question de finances, trop cher à éditer pour nous à ce moment-là, au format BD, un livre de nouvelles de Cor Gout, de Trespassers W, traduit par mes soins et illustré par des peintures de Sébastien Morlighem, de S2 L’art? J’en ai été l’instigateur en travaillant avec Cor. Le livre est juste sorti aux Pays-Bas en néerlandais, avec un CD de lectures de l’auteur sur une musique de Jef Benech du label Mécanique Populaire. Il en a aussi été enregistré une version en français. J’avais assisté personnellement Cor en studio à Den Haag afin de lui assurer une prononciation correcte de notre langue, qu’il connaît par ailleurs très bien. Ce livre s’intitule « Noirette ».

WARREN BISMUTH – Proposerez-vous un jour un support numérique pour vos ouvrages ?

LADZI GALAI Certainement pas, c’est de l’escroquerie pour les éditeurs, du moins pour les petits, de mon point de vue, les plates-formes de diffusion s’en mettent plein les fouilles sur leur dos. Je travaille sur les textes sur écran, bien sûr, mais quant à lire un bouquin, je préfère nettement le papier, et en profiter pour prendre le soleil en lisant, on en a jamais trop.

WARREN BISMUTH – Comment voyez-vous l’avenir pour les éditeurs papier ?

LADZI GALAI Pour les éditeurs tout court peut-être ? Il paraît que les gens lisent moins. Irait-on vers un  abêtissement prononcé ? La lecture est-elle une valeur ? Un avenir peut-être pas tout rose, mais il restera bien des gens qui l’apprécient, le considèrent comme du concret, du palpable, peut-être moins volatile ou futile, allez savoir… jusqu’où cela ira, Fahrenheit 451 ?

Punk attitude, Rytrut éditions, article Damien Grimbert, Petit Bulletin n°951, novembre 2014

Punk attitude

ANIMATIONS | article publié le Mardi 18 novembre 2014 par Damien Grimbert

Petit Bulletin951

Animation : Rencontre avec les éditions Rytrut à la Librairie du Magasin

Rytrut Petit Bulletin 951 novembre 2014Organisée à l’initiative de la librairie du Magasin dans le cadre de l’exposition Art in Pop, la rencontre de ce jeudi sera l’occasion de se familiariser avec Rytrut, petite maison d’édition associative indépendante et autogérée spécialisée dans la publication d’ouvrages traduits en lien avec les cultures musicales souterraines et plus particulièrement le mouvement punk.

Créée en 2003 par Ladzi Galaï dans le prolongement d’un activisme de plus de vingt ans au sein de l’underground musical français, Rytrut entame son activité avec la publication de l’édition française du livre La Philosophie du punk de Craig O’Hara la même année. Suivront par la suite une dizaine d’autres ouvrages consacrés à des artistes comme les Slits, les Ramones, D.O.A., Crass, Trespassers W mais aussi Nirvana et P!nk, sans oublier un recueil de paroles de Jello Biafra, fondateur des Dead Kennedys (Que la farce soit avec vous) ou encore un livre de référence sur le punk américain de 1979 à 1992 (Going Underground, de George Hurchalla). Un travail à la fois titanesque, érudit et hautement méritant que viendront présenter, aux côtés du précité Ladzi Galaï, les artistes et illustrateurs E.T et Laurent Melon, ainsi que le webmaster et traducteur Cyrille Lannez.

Damien Grimbert

Rencontre avec les éditions Rytrut, jeudi 20 novembre de 17h30 à 19h à la Librairie du Magasin

Crédit Photo : Fadma Kaddouri

Bazarrock, Le Grand Café Français, Aubenas, 19-21 octobre 2012

INVITES

Mattt Konture & Francis Vadillo, JB Pouy, JM Agrati, Daniel (revue Chéribibi), Ian (revue Amer), JC Menu (sous réserve que l’Apocalypse lui en laisse le loisir), Thierry (éditions Rytrut), E.T, Zarno, Tchoupi, Dark Wine, Figaro, Blurp, Bore

PROGRAMME

Vendredi 19
18h : Projection du doc « Mattt Konture, l’éthique du souterrain », et discussion avec Mattt Konture & Francis Vadillo
21h : pot & concert d’ouverture, par Figaro, homme-orchestre punk

Samedi 20
11h-13h : dessin en direct sur de grand format, sur un mix de Daniel (revue Chéribibi) – c’est le moment de l’apéro du marché, le café est toujours bondé à ce moment là
15h-17h : dédicaces, projections de courts-métrages d’animation pour petits et grands (de Zarno, et éventuellement Darkwine)
18h : lecture de JB Pouy, « Le bar parfait »
19h : rencontre avec JM Agrati
21h : concerts (Blurp, Bore – punk festif et hardcore)

Dimanche 21
13h : ouverture du salon du livre – dédicaces et stands d’auteurs ou d’éditeurs
14h : rencontre avec JB Pouy, qui publie notamment un « Dictionnaire insolite de l’argot » et une « Encyclopédie des héros »
16h : table ronde sur les fanzines et la presse alternative (Daniel, Ian, qui d’autre souhaite y participer)
18h : retour sur l’expérience de l’Association avec Mattt Konture & JC Menu si présent (et présentation éventuelle de l’Apocalypse)
21h : pot et petit concert ou mix de clotûre (Darkwine ? Daniel ?)

Rytrut éditions, interview par Buanax, Slime Zine n°4, janvier 2012

Interview de Rytrut éditions par Buanax

 Slime Zine n°4, janvier 2012

slimezine4coverÇa a débuté par quelques échanges de mails, puis des commandes de livres. Depuis que je corresponds avec Thierry aka Ladzi Galaï ou encore Cripure, l’évidence de lui proposer une interview s’est imposée d’elle-même, surtout que cet activiste de la première heure a un paquet de choses à raconter et n’a pas sa langue dans sa poche…

Buanax : Qui es-tu ? D’où viens-tu ? Que peux-tu nous dire sur ton enfance et ton adolescence?

Ladzi : Le mec normal qui a passé son enfance dans le quartier d’une ville de l’agglomération grenobloise tout prêt des collines et a commencé la musique à sept ans en étudiant le piano, puis la trompette, et peu après s’est mis à la basse avant de jouer dans un groupe.

Buanax : Parle nous de tes premiers frissons avec le Punk et avec la musique en générale. Quels sont les concerts qui t’ont marqué à vif ?

Ladzi : A dix ans, sans compter la musique classique que j’étudiais à l’école, j’écoutais les cassettes de mes parents, dont Bob Dylan, Marie La orêt, Rika Zaraï, Fernand Raynaud. A douze ans, mes cousins m’ont fait découvrir le rock, les Stones, Led Zeppelin, Aerosmith, Deep Purple, et donné l’album reprises de Bowie, Pinups et On the Level de Status Quo. J’ai beaucoup écouté ces derniers gamin, ce qui ne veut pas dire que je suis spécialement fan de tout ce qu’ils ont fait. Puis le punk est arrivé. Les deux premiers disques que je me suis offert en 1977 sont l’album des Pistols et une compil des Stones avec mon morceau préféré d’alors, Come On. Au même moment, une tante m’a offert un disque d’Elvis Presley, mais j’ai pas accroché ; plus tard c’est Eddie Cochran qui m’accrochera dans le genre, vraiment original dans le contexte de l’époque. Ont suivi les Clash, Blondie, Generation X, et toutes les découvertes que je pouvais me payer avec mon argent de poche, avec trente francs, ça faisait un disque par mois. J’écoutais aussi du hard rock mais me suis encore plus transcendé dans divers trucs post-punk que les médias se mettaient généralement à nous présenter comme de la new wave en affirmant que le punk était mort. J’écoutais beaucoup de punk anglais, Ruts, les Slits, et plus tard du hardcore, mais aussi Tubway Army, Siouxsie, Adam and the Ants… Crass l’avait déjà chanté mais Exploited affirmait le contraire. Les médias de l’époque ne l’ont fait croire qu’à tous ceux qui n’y croyaient pas, soit la majorité. Des voisins écossais ont eu la visite de leur nièce de treize ans, qui connaissait Wati, elle avait un look punk comme on ne voyait pas ici. Joan est resté plusieurs jours, je lui ai échangé le premier album des Damned contre des singles, elle l’écoutait à fond au casque. Dans mon quartier, beaucoup écoutait de la disco, ou du rock classique, le punk n’a pas trop pris, c’était toujours une minorité, comme partout dans le pays, j’imagine. Mon meilleur pote voisin était plus dans la zique progressive et psychédélique. Chez moi, il écoutait du punk, comme les autres potes qui venaient à l’appart, et chez lui j’écoutais Pink Floyd, Higelin, Thiéfaine. Je suis devenu boulimique de zique, ce qui veut dire que la thune de mes premiers boulots passait en disques et en concerts. Commencé a en bouffer à quinze ans, le premier c’était Scorpions en 1979, et la batterie qui montait sous un nuage de fumée, avec Mistral en ouverture. Bien sûr ensuite y en a plein qui m’ont impressionnés, mais celui où j’ai littéralement eu des frissons à fleur de peau c’était HR au Glob à Lyon, en 1989 je crois. Ce qui se passe quand vous avez la force de l’authenticité devant vous qui vous transmet son énergie en profondeur, avec leur reggae dada teinté de métal. Ce n’est pas forcément le genre qui fait la force, la sincérité est primordiale, et l’originalité est toujours un plus. C’est pourquoi j’ai évolué en écoutant beaucoup de trucs et de genres différents, du rock des sixties à l’électro, en passant par l’expérimentale. Un concert comme celui de Neptune à l’ancien squat Crocoleus, en 2004, la saison ou je faisais partie du taf, leur ai même fait la lumière, compte parmi les choses extraordinaires qu’il nous ait été donné de voir. Hormis leur musique très personnelle, ils avaient eux-mêmes fabriqué leurs guitares dans du métal brut, c’était futuriste et préhistorique en même temps ! L’avant dernier concert de Nirvana était époustouflant de force et d’émotion combinées, le son monstrueusement bon et je n’avais jamais vu un jeu de lumières aussi sophistiqué à un concert, de plus, y avait les Buzzcocks en ouverture. La musique est un domaine tellement vaste qu’on peut facilement s’y perdre. Et tous les genres ont leurs pépites, et y en a un max. Il est impossible de faire de l’élitisme en disant qu’il y a un groupe qui dépasse tous les autres, sinon c’est de l’idolâtrie, et ça reste une question de sensibilité personnelle et non de dictat médiatique. Prime bon point aux diverses scènes ou groupes post-punk dont beaucoup de disques sont plutôt restés dans l’ombre au moment de leur sortie, et qu’on a pu enfin découvrir grâce au Net. C’est une mine, pas d’or, mais d’engrais et de purin. Et mondiale en plus ! Les frontières morales sont tombées. On ne parle pas du lot de moutons réactionnaires qui ont toujours existés, qui seront toujours là pour imposer leur point de vue, scléroser une société, et engendrer leur suite de rebelote et de régressions. Le Net a aussi permit de découvrir les disques des plus improbables des générations précédentes. Bien sur je suis un accro du punk, principalement pour son aspect original et créatif, mais ce style ne s’est pas fait tout seul, alors les connections, influences et connivences des genres et des cultures sont extrêmement intéressantes. Tout comme celles du cinéma sur la musique et vice-versa. Aussi j’ai jamais cessé d’écouter des nouveaux trucs, et c’est un réel plaisir de découvrir tout ce qui était inaccessible alors.

Buanax : Vers quelle période as-tu formé ton premier groupe ? Quels étaient les endroits où jouer ? A quoi ressemblait le public en France ?

Ladzi : En 1982, après un an de pratique de la basse en apprenant à jouer sur des titres comme Jah War, Nice and Sleasy, Stop That Girl, Whips and Furs, qui me viennent à l’esprit. Je m’entraînais aussi à enregistrer ma voix sur cassette par dessus des titres des Ramones et d’autres, le truc basique. Mon premier groupe, Ambassade, n’a fait qu’un concert en 1983 à La Taverne, à Grenoble, avant que le guitariste ne parte au service militaire. On faisait quelques reprises et nos premières compos. Y avait des titres des Jam, Undertones, Chords, même Cure, le batteur, un mod, ne voulait pas faire de reprise des Clash, alors qu’on était fans avec ma cousine qui était au chant, mais on a fait le titre tueur D’asphalt Jungle, Poly Magoo, en concert. J’ai aussi joué la basse avec un second groupe, Screamin’ Dolls, de Lyon et Vienne, du punkabilly, ils avaient déjà des compos, mais on a fait que deux concerts car le chanteur est aussi parti faire l’armée. J’ai eu ensuite d’autres expériences de groupes éphémères avant de commencer les délires solo ou formations minimales avec qui on sortait en cassettes les démos, comme Cripure S.A., Dirty Husbands ou Hermaphrodisiak, puis à nouveau en groupe pour la scène en 1989 avec No No No, puis Ultime Atome en 1994. Et retour aux enregistrements cette fois sur 8-pistes. A Grenoble il y avait La Taverne, la Zone Interdite, l’Entrepôt, le Magique et le 102 à l’époque. Je fais plus de zik depuis 2006, avec Glop ! l’édition à pris le dessus, mais j’ai bien envie de transcrire en mp3 des trucs qui en valent la peine. Dommage car y a trois albums pas terminés jamais sortis. Si je crève pas avant de m’y remettre… Le public en France ? ça doit dépendre des régions et des mentalités, il me semble pas qui fut bien différent de ce qu’il sera, en tout cas il m’arrivait de pogoter plus jeune, mais pas du genre sauvage. J’ai eu qu’un seul perfecto dans ma vie, j’avais commencé à le peintre dans le dos en faisant mon propre insigne, mais on me l’a volé dans un coffre de voiture en 1984. On avait laissé toutes nos vestes dans le coffre pendant un concert de Killing Joke au Rail Théatre – jamais racheté un autre. Peu après un ami de Lyon m’a dit avoir vu un mec dans la rue qui avait le même insigne que moi. Putain, le mec, il se la pétait avec son perfecto volé avec un tag mystérieux au dos ! J’ai plutôt abandonné les looks, sauf pour la scène. J’adore l’originalité vestimentaire, et tout ce qui affiche une non-conformité, mais personnellement, la discrétion me convient mieux, même si on a l’air conforme vu de l’extérieur – Ce concert est l’un des plus fort niveau volume que j’ai vu à l’époque. Je n’ai jamais compris la politique de sonorisation qui consiste à exploser les oreilles de l’auditeur. Par exemple un concert qui commence à un volume convenable et qui monte en puissance au fur et à mesure, comme si le public avait besoin de ça pour se tenir en haleine. Alors que ça n’altère en rien à la qualité de ce qui nous ait présenté. J’ai vu pas mal de concerts gâchés à cause de ça. Les bons concerts ça marque, mais les disques chiadés en studio sont impérissables.

Buanax : Tu as participé à plusieurs fanzines graphiques. Qu’est-ce qui t’as attiré dans cette forme d’expression ?

Ladzi : L’aspect visuel m’a d’abord interpellé avec les pochettes de disques, et celles qui avaient des originalités par rapport au standard, c’était tripant. J’aimais bien dessiner et je l’ai fait un peu à une période mais contrairement à un certain nombre de punks, je ne suis pas passé par les Beaux-Arts. J’étais pas super doué, plutôt un touche à tout, comme pour la zique, j’ai jamais pu me spécialiser pour devenir professionnel, l’aspect amateur et l’accessibilité à tout le monde induit dans le punk donnait tout l’intérêt à la créativité. J’avais acheté le bouquin La Gloire des Bazooka, de Jean Seisser, et leur travail m’a introduit à la dualité des arts, pour la trialité avec le cinéma, l’intérêt m’est venu plus tard, mais reste à mon avis indissociable. Tout ce qui fait appel à l’imaginaire est une forme de lutte pour l’émancipation de la race humaine. J’ai participé à un zine de zique, d’abord appélé Inquiédude, y a eu plusieurs numéros entre 1983 et 85. J’ai une petite collection de fanzines de cette période, j’étais notamment abonné à On est pas des Sauvages. Puis réalisé deux graphzines avec plein d’invités, Disco Totem et Le Foligraph, en 1988, en parallèle à des compil à thèmes qu’on sortait avec le tape label R.R.Products.

Buanax : Comment décrirais-tu les éditions Rytrut ? Selon toi, qu’est-ce qui les différencie d’une maison d’édition classique ?

Ladzi : Je suis parti de rien, à part un peu d’expérience et de curiosité, n’étais pas déjà dans le milieu de l’édition, ni dans aucun milieu d’ailleurs. Comme l’a dit à sa manière Craig O’Hara, le punk s’est débarrassé de la contrainte d’identification à une classe sociale particulière, pour valoriser l’individualité et l’authenticité. On veut être libre de faire ce qu’il nous plaît, avec les moyens qui nous sont donnés ou qu’on arrive à obtenir bien sûr. Rytrut reste une association à but non lucratif, ce n’est pas une entreprise, mais on y entreprend beaucoup pourtant… dilemme. Les auteurs traduits touchent leurs droits, dans la mesure ou le livre se vend assez pour le permettre, le premier objectif de rembourser les frais et le coût de l’impression étant atteint. Mais le principe d’une édition professionnelle de payer des royalties à l’avance à signature du contrat est le même, pour des bouquins en cours que nous avons signés. Les associés à nos projets sont des passionnés, l’idéal serait au moins d’en vivre, « Il n’y a pas de sots métiers, il n’y a que des sots tout court ». En tout cas on n’est pas un bizness qui traite ses sujets superficiellement pour faire du pognon avant tout. Mais le plus important reste d’avoir les moyens de les éditer (sinon pourquoi « ducon » il se décarcasse).

Buanax : Peux tu nous faire une présentation rapide de chacune de tes parutions ?

Ladzi : Moi Shithead : A travers celle de D.O.A. et de ses engagements, Joey Keithely, un pionnier du genre, offre un aperçu de l’histoire du punk rock canadien, se lit comme un roman plein de péripéties, non dénué d’humour ; Double personnalité, l’histoire de P!nk  de Paul Lester : l’incroyable aventure d’une rebelle talentueuse d’origine modeste devenue star internationale, très influente sur l’évolution de la pop de la dernière décennie ; Going Underground : L’excellente seconde édition revisitée par George Hurchalla, un must sur l’histoire du punk, du hardcore et du rock indé. Chansons d’amour de Crass : Les paroles traduites de ce groupe et collectif anarcho-punk, des thèmes de société qui restent plus que jamais d’actualité. Ironique le titre ? Pas tant que ça ; La Philosophie du punk de Craig O’Hara : le mémoire de sociologie devenu un livre qui remet des pendules à l’heure ; Trespassers W – L’intégrale de Cor Gout : les paroles illustrées de ce groupe néerlandais légendaire d’influence dadaïste, rock, punk, jazz, expérimentale, avant-garde, multiple.

Buanax : La démarche est courageuse. L’investissement personnel et financier est de taille. Je ne peux pas m’empêcher de comparer avec la musique et particulièrement avec la sortie d’un disque qui me semble beaucoup plus simple. Par quel bout t’y es tu pris ? Avais-tu des connaissances, de bons conseillers ? Quelles difficultés as-tu rencontrées ?

Ladzi : Merci du compliment. En 2001, j’ai tout d’abord proposé la philo du punk à l’ACL qui était intéressé. Quand la traduction était prête, et comme j’étais sans emploi – je faisais de la zique mais ça ne nourrissait pas son homme – j’ai décidé de l’autoéditer, et pris le nom de l’asso Rythm & Rut en le réduisant. Etant sans un rond, sans un seul rond, j’ai soumis le manuscrit au Centre National du Livre pour une demande de subvention. Celle-ci à été accordée sous forme d’aide remboursable. Comme ça faisait environ un quart du budget, j’ai profité d’une proposition d’emprunt bancaire, et y avait le compte pour l’impression. Et le reste s’apprend sur le tas, comme trouver un imprimeur de qualité et digne de confiance. Pour les deux premiers livres j’ai fait appel à des infographistes, pour ensuite me mettre à la PAO, parce que j’aime ça et que nous tournons à budget serré.

Buanax : Pour prendre un exemple personnel, sur notre stand, la grande majorité du publique achète des disques. Les livres et les fanzines (souvent feuilletés d’ailleurs) ont beaucoup moins la côte. J’ai le sentiment que la valeur accordée à l’objet papier n’est pas la même que pour un vinyle par exemple et je ne parle pas forcément d’une valeur marchande… Quel est ton sentiment là-dessus ?

Ladzi : L’explosion du Net, malgré tous ses avantages a certainement nui au support papier. La génération d’avant dont je fais partie achetait plus facilement des zines et des bouquins. Je ne suis connecté que depuis 2003 et c’est tout un fonctionnement qu’il a fallu adapter. C’est d’ailleurs épatant que le disque n’ait pas été complètement anéanti, grâce aux résistants ! J’étais moi-même friand de galettes, mais pour ça aussi faut avoir du budget et j’ai choisi de tout mettre dans notre édition, je suis donc devenu un faible consommateur. Et avec la vie qui ne cesse d’augmenter, comme le fossé entre les escrocs et escroqués, il y a des priorités qui passent avant. Beaucoup préfèrent collectionner des disques mais les livres sur la musique sont des compléments qui approfondissent la compréhension du sujet. Par exemple, on peut écouter un disque anglophone sans comprendre l’anglais, la voix étant un instrument, tout comme un disque en suédois, on aura le frisson, et toutes les langues sont intéressantes par leur sonorité, mais dans mon cas, ne connaissant que l’anglais, c’est donc les sujets dans cette langue que j’ai choisi. En plus j’ai une culture musicale largement anglophone, pas uniquement, loin de là, plutôt internationale même, mais on ne peut pas tout être. Donc mon travail consiste à partager ma passion, et au-delà de l’aspect bizness, cet aspect qui en contraint beaucoup en entrer dans des délires paranoïaques. Si le livre se vend mois que le disque, y a aussi le fait qu’un livre ne se lit qu’une fois, ou deux, c’est mieux si on veut éviter de dire des conneries, alors que le disque peut s’écouter jusqu’à plus soif. Mais ce qui compte c’est que le livre intéresse, peu importe que ce ne soit pas un best seller, même a petite échelle, toute sa valeur est dans le fait qu’il existe, qu’il ait capturé l’histoire, qu’il touche des gens.

Buanax : On peut trouver tes livres dans des librairies, des magasins de disques, des lieux autogérés, des distros et bien évidement en ligne … Combien de temps t’as-t-il fallu pour mettre en place un tel réseau ? Le circuit de distribution traditionnel est-il vital pour toi ? Ton site est-il bien visité ?

Ladzi : J’avais pas mal de contacts depuis l’époque des zines, du label de cassettes, du mail-art, mais avec le Net, fini les lettres, ou si peu, fonctionnement différent. Ça s’est fait petit à petit. Au début j’ai acheté des annuaires de contacts liés a l’édition et à la musique, puis mes carnets d’adresses email ont grossis avec les mailings, mais en 2005, mon ordi avait planté, n’ayant pas sauvegardé mon carnet d’adresse, il m’a fallu recommencé. Beaucoup n’ont plus du recevoir de nos nouvelles. Les mailings, c’est vraiment la péripatéticienne du Net. Y en a qui en font jusqu’à l’obsession ; ça me gène pas de recevoir des tonnes d’infos, même si on ne peut que les survoler pour beaucoup, y a quand même une richesse d’information incroyable. Perso je n’en fais généralement plus que pour la sortie d’un livre. En 2004/2005, j’en faisais pour les concerts du Crocoléus. Le squat a été détruit en 2006, mais je reçois encore des demandes du monde entier pour des concerts, auxquelles j’ai souvent répondu qu’on s’occupait plus que d’édition et parfois transmis les demandes à d’autres. Mais y en eu trop, j’ai plus pu, donc tolérance de tout ceux à qui je ne réponds pas à ce sujet. Pour chercher des concerts inscrivez-vous à planconcert.com, c’est mon acolyte Cyrille Lannez qui l’a crée, tout comme le site de Rytrut. C’est un bon batteur et un comparse musical par ailleurs. Actuellement, il joue de la guitare dans With a Defect. Pour revenir à nos moutons, tous les moyens de distribution sont bons, on ne fait pas de ségrégation éthylique. On fonctionne avec la conviction que le commun des mortels n’est pas un imbécile incurable. Et notre culture mérite d’être diffusée le plus largement possible, non aux ghettos, aux sectes, aux nouveaux fachos, aussi alternatifs soient-ils. Circuit traditionnel et circuit parallèle main dans la main contre la suprématie abrutissante ! Notre site a un certain nombre de visites, voir le compteur, que je check rarement, s’il y avait autant de commandes que de visites, ce serait cool, mais il a aussi un contenu, qui reflète en partie notre travail.

Buanax : Comment c’est passé le contact avec les auteurs que tu as publié (Craig O’Hara, George Hurchalla, Steve Ignorant, Joey Shithead…) ? Quelles relations entretiens-tu avec eux ? Parle nous des ces rencontres et de tes choix de traduire tel ou tel livre ?

Ladzi : En 1996, alors à Londres pour une période indéterminée, j’avais lu une chroniques de la première édition de The Philosphy of Punk dans un journal. L’avais commandé dans une librairie mais il n’était pas encore arrivé quand je suis finalement revenu en France. Et c’est en 2001 que je tombe dessus au local du Bokal à Bourg. Dès les premiers chapitres j’ai eu le déclic de le traduire et j’ai contacté Craig O’Hara. On a eu un très bon contact et ce jusqu’aujourd’hui. C’est encore le bouquin de Rytrut qui se vend le plus. C’est donc une cause qui porte ses fruits. Soit la diffusion de notre culture qui reste très marginale dans sa profondeur, malgré les apparences. Craig à même plusieurs fois accepté de recevoir ses droits d’auteurs longtemps après les dates de bilan, afin de nous permettre d’avoir le budget pour les livres suivants. C’est aussi lui qui m’a conseillé Going Underground. J’avais lu American Harcore, même si j’ai apprécié la foule d’infos qu’il contient, la certaine complaisance de l’auteur par rapport à la violence du public apparaissant dans le hardcore à une période m’avait rebuté. Craig était d’accord avec moi sur ce point. Même si ce livre est intéressant par sa mine d’infos, Going Underground m’a plus botté, je l’ai trouvé plus profond. J’ai alors contacté George Hurchalla, et on a aussi eu un très bon échange. Avant y a eu les paroles de Crass, pour lequel j’ai écrit à Penny Rimbaud. J’ai vu une fois Steve Ignorant avec Schwartzeneggar, à Dijon en août ’91, lui ai fait un blague avec un tee-shirt marrant que je portait, ça l’a fait rire et il sont allées sur scène. Il faisait tellement chaud qu’à un moment il est tombé dans les pommes, mais c’était un bon concert. Donc Penny m’a mis en contact avec Pomona, car l’éditeur préparait Love Songs en Angleterre. C’est pour cela qu’on à dealer avec l’éditeur et utilisé leur mise en page avec l’ordre des paroles choisi. J’ai donc correspondu avec Penny par courrier, il avait abandonné le net, suite à l’afflux de courriel. Il avait écrit la plus grosse partie des paroles du groupe et a gentiment répondu à mes questions concernant le texte. Il m’a aussi fallu contacter Annie-Claude Lemeur car elle avait déjà traduit deux albums du groupe, ça datait, on y a un peu retravaillé. D’ailleurs, ayant perdu sa trace, si quelqu’un à ses coordonnées actuelles, je suis preneur. Puis les paroles traduites de Trespassers W, était un choix risqué car ce groupe indéfinissable au sens strict du terme a un public international, mais un faible public français. Cor Gout est un ami depuis 1987, quand il nous avait envoyé un titre pour une compil cassette. Je suis depuis allé plusieurs fois aux Pays-Bas, mais y allais déjà dans l’enfance car ma mère parle le néerlandais et nous y avions comme une seconde famille. J’ai donc une certaine affinité avec ce pays, et Trespassers W compte parmi les groupes les plus intéressants de son histoire musicale. Joey Keithely est un mec super. J’avais lu son livre en anglais, et c’est Raf de Limoges Punx et Attentat Sonore qui a proposé qu’on le fasse en français. J’avais vu D.O.A. en 1985, au concert à Grenoble qui est mentionné dans le livre, puis en 2009 au concert à Valence au Mistral Palace, dont le flyer apparaît dans son second livre récemment sorti Talk–Action = O, An Illustrated History of D.O.A. Superbe bouquin tout en couleur, avec aussi du texte, que les anglophiles peuvent commander chez Asenal Pulp Press au Canada. On avait déjà eu un échange de mails, et Joey a gentiment répondu à nos questions, j’ai pu le rencontrer en chair et en os à ce concert. Vraiment LE mec, franc, direct et sympa ; pas de faux-fuyants à la française.

Buanax : Going Underground avait été sélectionné pour le prix du livre rock 2010, quel souvenir gardes-tu de cette d’expérience ?

Ladzi : Ecoute, ça fait plaisir, faudrait-il s’en plaindre ? C’est valorisant que ton travail soit apprécié à sa juste valeur. L’instigateur de ce concours, Jean-Baptiste Almeras, de la librairie l’Arbre à Lettres avait commandé un exemplaire pour lui. Il a adoré et m’a proposé d’envoyer quatorze exemplaires pour le jury du concours. George Hurchalla en a été très content et m’a dit que son livre avait une plus grande reconnaissance en France qu’aux Etats-Unis – bien qu’il en ait beaucoup plus vendu et qu’il y ait eu beaucoup plus de critiques élogieuses dans son pays, où la troisième édition est épuisée. L’anglais s’exporte plus largement que le français, naturellement. Going Underground a donc compté parmi les dix ouvrages de la sélection du concours. C’est un livre sur les Beatles qu’il a emporté le prix. Il l’a certainement mérité, mais rien de neuf à l’Est ? En plus de l’intérêt de toutes ces anecdotes croustillantes sur la scène, de la superbe mise en page, et de son prix, justement hors concours quand à lui, Going Underground fait aussi apparaître des dizaines et des dizaines de groupes occultés jusqu’alors, ce qui en fait tout l’intérêt. On en vendu environ cinq cents, pas encore assez pour amortir le coût de l’impression. On connaissait la France molle, on la sait dégoulinante. Mais on a quand même eu de supers échos. Faut dire qu’un certain nombre de personnes l’avait déjà lu en anglais – surtout la première édition semble-il, Hurchalla a fait pas mal de modifs sur la seconde – mais en français on peut avoir des surprises sur la consistance du contenu, et en prime on s’est farci le mou à donner des traductions de toutes les citations et titres de chansons dont il question.

Buanax : Juste avant Moi, Shithead… tu as sorti Double Personnalité une bio sur la chanteuse Pink. J’imagine que la préparation est un peu différente et que le public visé n’est pas vraiment  le même que pour les bouquins précédents. D’ou vient ce choix ? Comment le livre a-t-il été reçu ? T’es-tu attiré les foudres moralisatrices d’une partie du circuit DIY ?

Ladzi : Je l’ai fait exprès pour emmerder le lot de crétins sectaires qui ont envahis l’underground ces dernières années, si c’est pas punk, ça ! De toute façon, y en a qui ne seront jamais content quoi que tu fasses. Oui, j’ai accepté la proposition du P!nk par Omnibus Press pour me faire plein de fric et pour faire chier les branleurs qui se disent DIY, mais qui financent leur trucs avec la thune de l’Etat, de leur patron. Je ne trouve pas plus malhonnête d’essayer de vivre de son activité que d’être contraint à faire un boulot qui de toute façon ne me laisserait pas le temps nécessaire à cette activité indépendante. Mais ça n’a pas marché, les médias grand public n’en ont pas parlé. C’est pas eux qui ont fait ma culture musicale, de toute façon. C’est le propre de chaque être libre. Non, sans déconner, c’est une copine punk autrichienne qui m’a fait écouter P!nk la première fois, en 2005, j’avais trouvé ça pas mal même avec l’aspect commercial, et ensuite elle a fait des trucs qui tuent bien et elle touche au cœur les gens qui la comprennent. Missundazstood ? Pas pour tout le monde. Je n’ai pas signé le bouquin avant de l’avoir commandé et parcouru le propos de l’auteur pour voir l’état d’esprit. Y a qu’un truc qui me dérangeait, c’est l’apparition comparative systématique de ses tubes dans les hit-parades, ça crée des parenthèses moins intéressantes, mais d’un autre côté ça justifie le propos. D’après les échos que j’en ai eu, les vrais fans de P!nk ont adoré le bouquin et le travail qu’on a fait. Y en a même qui ont dit que leurs parents étaient surpris de les voir lire. Si c’est pas positif ça. Et en plus, si on peut amener un autre public à écouter autre chose que de la pop commerciale, la démarche n’est pas vaine. Le mec d’un blog de fans de P!nk français m’a dit qu’elle n’était pas si populaire que ça en France – à mon avis la barrière de la langue fait une fois de plus des siennes alors les approximations vont bon train – et que quand les médias d’ici en parlaient c’était généralement pour se foutre de sa gueule, la considérant comme une midinette pop de plus sur l’échiquier. Ça témoigne bien d’une certaine mentalité élitiste qui a court dans certains médias. Car P!nk est différente de la plupart des starlettes préfabriquées de la pop, elle est authentique et sa musique, quand on a écouté tout ce qu’elle a fait est très rock, c’est une punk d’esprit, c’est une femme libre qui ne s’est pas laissé imposer ce qu’on voulait faire d’elle dans les hautes sphères du marché de la musique. En travaillant sur la bio du journaliste Paul Lester, j’ai décrypté son travail en profondeur, musique, paroles, vidéo clips qui ne manquent pas de piment, et vu les films où elle est apparue. C’est une artiste complète et unique en son genre, vraiment intéressante. Elle a des choses à dire et elle est attachante. Je suis désolé pour les mauvais esprits superficiels, mais P!nk en vaut la chandelle. Ce n’est pas du tout déplacé de l’avoir intégrée à notre catalogue. Alors les foudres moralisatrices on s’en bas les couilles, surtout de la part d’abrutis, ça ne nous atteint pas. Mais je vais pas être aussi con qu’eux, s’il existent, je dirais ce que je pense, sans me baser sur les apparences et ne me laisserais pas pourrir par la bêtise humaine. Ça fait longtemps que l’homme se bat pour son évolution, mais la dé-évolution agit toujours en contre-courant. D’autres avaient déjà intégré cette notion, et non, ce n’est pas nouveau, bande de larves. S’ils croient que c’est en se cantonnant dans leurs stéréotypes qu’il vont changer le monde. Je ne suis d’aucune caste, je parle de choses qui me passionne et ne suis pour aucune forme de ségrégation. Le personnage de Jil, dans le film de 2004 d’Enki Bilal, Immortal, ad vitam, une mutante à la peau blanche et aux cheveux bleus, fait étrangement penser au personnage de P!nk sur son single de 2001, There You go, sauf qu’ici, la mutante à la peau bleue et les cheveux roses. Et à un moment dans le film, il est fait allusion à la double personnalité de Jil, « Split Personnality » comme le titre d’une autre chanson de P!nk. Même si le film est l’adaptation d’une BD de 1980 de Bilal, je ne peux pas m’empêcher de faire des liens entre le cinéma et la musique.

Buanax : Plus tu fais de choses, et plus tu es exposé aux critiques, c’est la loi des grands nombres ! Quels est ta réaction en général face aux critiques, bonnes ou moins bonnes ?

Ladzi : Y a des chances car différents critères entrent en jeu. Les bonnes critiques sont plutôt encourageantes, témoignent d’une reconnaissance de notre travail et permettront de mieux le diffuser. Les mauvaises peuvent te permettre de te remettre en question, si tu ne prétends pas détenir la science infuse, et qu’elles ne sont pas fondées sur des inepties. Ce qui a quelque fois été le cas, et cela peut te mettre en rogne et tu peux sentir comme une injustice. « There’s No Justice in Life » comme le chantait Snakefinger. Et c’est normal qu’il y en ait, c’est le coup classique, tout le monde n’est pas fait de la même veine. C’est ce qui fait la diversité. Il n’y a pas de vie supérieure par rapport à une autre, ce n’est qu’un concept bourgeois lié au capital. Et l’argent n’est utile que quand il sert, en plus de nourrir, à créer ; et même à consommer, bé ! Je suis toujours parti du principe qu’il vaut mieux plaire à dix personnes intéressantes qu’à dix mille abrutis. Quoi qu’il en soit, je pense qu’on fait du bon boulot, au mieux de nos capacités. Autodidacte sur bien des points, même si je ne suis pas un super génie, j’y crois et suis fier de faire ce que je fais, n’en déplaise.

Buanax : Pour toi, l’édition de livres indépendants c’est la continuité du fanzinat ? Je vais te poser la même question que j’avais poser à George Hurchalla : considères-tu qu’a l’heure actuelle, les fanzines papiers ont encore un réel intérêt ?

Ladzi : Oui, en ce qui me concerne, mais c’est arrivé comme ça, je ne l’avais pas prémédité. J’avais fait un peu de fanzinat mais pas tant que ça, faisant beaucoup de musique. On ne peut pas tout faire. C’est déjà pas toujours évident de s’en tenir aux choses essentielles qu’on a choisies. Je suis toujours curieux de tomber sur des chouettes zines, des graphzines délirants, la bébé haute en couleurs, mais je n’ai souvent pas les moyens de me les offrir. De sacrifice en sacrifice l’oiseau fait son nid dans un arbre aux feuilles de sable. Mais le fanzine a autant d’intérêt qu’un magazine, chacun avec ses politiques différentes, c’est au lecteur de prendre ce qui l’intéresse, même si la diffusion est moindre qu’avant le Net et qu’elle est certainement plus locale. Ce n’est peut-être pas un investissement pas rentable, mais c’est une œuvre de passionnés.

Buanax : Tu fais allusion au dadaïsme dans ta page de présentation, un mouvement qui a été associé au punk dans les années 70 comme d’autres courants de pensée (anarchisme, nihilisme, situationnisme…) Beaucoup de monde rejette ce côté intellectuel voir engagé du punk privilégiant avant tout la musique. Un vieux débat qui n’en finira jamais ! J’ai bien aimé la façon dont O’Hara à résumé ça : Il y a le look, les idées et la musique et chaque personne pioche plus ou moins dans chacune de ses boites et se fait sa propre interprétation. Quelle idée te fais-tu du punk maintenant avec ton expérience ?

Ladzi : J’avais fait ce rapprochement en lisant un livre sur Raoul Hausmann. Il est évident que ses collages des années 1920 ont eu une influence directe sur l’imagerie punk. Et les écrit de Tristan Tzara par exemple ne sont pas même dépassés et expriment certainement une intemporalité de la condition humaine. Un certains nombre de punks était passé par les Beaux-Arts, ou alors avaient une sensibilité et un regard sur le monde inhérent à une certaine forme d’indépendance. Encore une fois, ce mouvement qui prétendait tout détruire du passé pour créer quelque chose de totalement nouveau – un truc naturel de jeunesse, je n’étais pas encore né, je suis d’un autre temps, qui entraîne à faire de l’âgisme – a puisé son inspiration dans l’art des générations précédentes, pour faire quelque chose de nouveau. C’est comme ça que le rock’n’roll des années 1950 a évolué pour donner jusqu’aujourd’hui toute cette créativité. La musique est un art, et l’art peut tout exprimer. Il peut être simplement figuratif ou socialement engagé. Y a que les bourrins que l’aspect intellectuel doit déranger. C’est plus facile de ne pas réfléchir. D’un autre côté y a aussi ceux qui a l’extrême s’écoutent parler et se fond un lavage de cerveau ! Mais un bourrin peut aussi être créatif et ne pas se contenter d’essayer uniquement de reproduire ce qu’il a entendu. Le punk n’a pas simplement marqué son époque – a un certain niveau et certainement pas dans toutes les sphères, sinon ça se serait vu – pour tomber dans les oubliettes, c’est une essence qui s’est infiltré dans la musique moderne, un virus pour les conservateurs, qui continue son influence même sans forcément qu’il y ait une conscience de celle-ci. Hé, l’âge de pierre est bien loin, et notre condition a évoluée, mais sans vouloir faire de l’élitisme, comment se fait-il que la misère, la médiocrité, l’avidité, la jalousie, et j’en passe de tribulations, ne soient pas des choses qui ait été résolues avec le temps ? Rien que le titre de la compil des Saints, Prehistoric Songs, résume bien cela. L’intellectualité a aussi différent niveaux. En lisant mes propos, y en a qui vont penser que je fais de la branlette intellectuelle et d’autres que ça ne tient pas route, car ils n’ont pas la même vision des choses. Qui peut prétendre avoir raison, sans creuser un peu plus dans ce qu’il croit connaître ? Bref, le punk est mort et pas mort en même temps ! C’est une richesse culturelle qu’il est plaisant de convoiter. C’est pour ça qu’on fait des livres pour en parler, y a de la matière et elle n’est pas minime, elle est incommensurable.

Buanax : Dans tes groupes, tu avais l’habitude de chanter en français pourtant tu n’édites pour l’instant que des livres étrangers. As-tu l’intention de sortir un livre spécifique sur la scène hexagonale ?

Ladzi : Normal, c’est ma langue, et je ne suis pas d’accord sur le fait de penser que le rock chanté en français ça ne sonne pas bien. Il y a de nombreux exemples qui prouve le contraire. Toutes les langues peuvent le faire, ça sonnera juste différent, la voix est un instrument. J’écrivais aussi des paroles en anglais, quand elles me venaient en anglais. J’avais juste ajouté un texte sur mon sentiment de la scène hexagonale dans la philo du punk, mais je n’ai pas la vocation d’écrire mon propre livre à ce sujet, parce que ma culture musicale est plus anglophone, et parce que quand je faisais de la musique, j’en écoutais moins en langue française pour ne pas être influencé et faire mon propre truc. Ça n’empêche pas que j’ai aimé plein de trucs de notre pays, je ne suis pas anti-français, ni anti aucun autre pays, je ne suis pas anti tout court, car je ne suis ni facho ni sectaire, ce qui ne veut pas dire que je mange à tous les râteliers, je suis pro-tout ce qui n’empêche pas la liberté d’expression. Rytrut est tout petit, on n’est pas une usine à livres. Mais on verra comment ça évolue, si on nous propose un livre sur la scène hexagonale, on y réfléchira. C’est pas parce qu’on a fait que des sujets anglais, américains et néerlandais que c’est une ligne de conduite.

Buanax : Es-tu sollicité pour des sorties de livres originaux ?

Ladzi : Quelques fois, pour des livres pas forcément en rapport avec la musique, et comme on a ni le budget ni le personnel pour sortir plein de trucs comme une vraie maison d’édition, c’est mort. Après la philo du punk, un traducteur m’a proposé The Rough Guide to Reggae, un pavé de 480 pages sur les racines de la musique jamaïcaine. Ça m’aurait botté mais comme je démarrais c’était pas envisageable. Je l’ai re-contacté récemment, il n’avait pas encore fini, mais prévoit finalement de l’autoéditer après une quête infructueuse auprès d’autres éditeurs. Y avait aussi le petit livre Harcore Zen, de Brad Warner, mais la trad n’était pas encore au point, et j’étais pas dispo pour y participer. N’ayant plus eu de nouvelles, je sais pas si le traducteur à persévéré ou pas. Récemment a été suggéré l’idée de sortir d’autres récrits, des petits livres, certainement en lien avec la musique quand même, à voir. On ne peut pas trop s’avancer là-dessus.

Buanax : Travailles-tu toi-même sur quelque chose ?

Ladzi : Ben ouais, suis pas un glandeur merde ! Même si j’aime la distraction, surtout quand elle n’est pas uniquement ludique, en faisant des trucs actifs différents pour ne pas tomber dans la routine. Y a plusieurs projets sur le feu, d’ailleurs on arrête les frais, c’est la dèche. Je suis bien occupé pour deux ans mini rien qu’en traduction. Commencé en 2005, les paroles de Jello Biafra se sont affublées de pas mal d’illustrations depuis le projet initial. Ce sera notre second bouquin qui n’est pas une traduction d’un livre existant et il devrait être prêt pour la fin de l’automne. Et j’ai commencé à bosser sur Typical Girls?, le livre de Zoe Street Howe sur les Slits.

Buanax : Une journée typique chez Thierry ? Tu as un job à côté ?

Ladzi : Ben non, pas d’autre job, comment pourrais-je trouver le temps de travailler ? Je suis un précaire. Emploi bénévole multiple au sein de Rytrut, gérer le site, communiquer, traduire, rechercher les infos, faire les paginations, envoyer les commandes. Et faut tondre l’herbe, couper les arbres, récolter les framboises pour les confitures, faire un peu de travaux dans le local de l’asso, qui est aussi le petit chalet que je loue depuis maintenant douze ans et où je vis. Par le passé, en parallèle à la musique,  j’ai fait différents jobs dans différents domaines mais je ne vais pas étaler mon Capitalisme Virulent ! C’est du lard ou du chichon ? Au lycée, j’ai fait mécanique générale, puis j’ai appris les bases de la maçonnerie, été gardien de jour, standardiste, technicien radio dans une locale ou j’avais des matinées libres de programmation, magasinier, gestionnaire de stock, fait les vendanges et suivi une formation des techniques du spectacle, c’est pour dire…

Buanax : Qu’est-ce qui tourne en ce moment chez toi ? Tu peux nous citer cinq bouquins et cinq disques qu’il serait préférable d’avoir lu et écouté avant de passer à travers la balustrade ?

Ladzi : Tellement de trucs au quotidien, que c’est difficile de n’en nommer que quelques-uns. Facile pour être catalogué rapido. Pour les cinq livres je coince, car j’ai plus trop la permission de lire autre chose que les textes sur lesquels je bosse, ça fait donc un moment que j’en ai pas lu de nouveaux, honte à moi, à part les infos d’actualité du net, des instigateurs de pétitions, ou de quelques journaux ou magazines politiques. Mais je lis quand même, par intermittence, d’autres livres en anglais sur la zique, ça me fait aussi travailler la langue. A vrai dire, après des heures passés sur l’ordi, je préfère me regarder un bon film en VO. Faut quand même avoir lu au moins une fois et jusqu’au bout, Le Tutu de Princess Sapho, c’est barré, un livre qui a été édité en 1891, mais pas mis en vente. Un rare exemplaire a été retrouvé et publié aux éditions Tristram en 1997. Pour les cinq disques, trop difficile aussi, y en a tellement, des plus classiques aux plus incongrus. Alors même si c’est pas dans l’actualité, le vais citer For Mad Men Only, de UK Decay et leurs singles. J’avais rencontré Abbo et Spon avant leur premier single, au cours d’un échange scolaire d’une semaine à Nottingham en 1979, on a fait une fête ensemble, où passaient les singles Public Image de PiL, et The Sound od the Suburbs des Members, et on s’est baladé dans les rues de Londres lors du quartier libre d’une excursion. Ils collaient des autocollants UK Decay sur les barres du bus, et devant la vitrine d’un disquaire Spon m’a entre autre conseillé That’s Life de Sham 69, qui venait de sortir. Avec mon argent de poche, j’ai aussi acheté Le premier LP des Buzzcoks, le second des Only Ones, et le second de Motorhead. En ’81 j’ai trouvé Sexual, le single de UK Decay, chez Bunker, et j’ai vraiment accroché ; Ensuite, le dirais Indoor Life des Hypnotics, putains de riffs tueurs et un sens de l’humour à couper au couteau ; Sens of Solitude, des Stratford Mercenaries, avec Steve Ignorant, on pourrait passer leur titre Sunday Morning Neighbours à mon enterrement, ou alors Cutain Call des Damned ; Generation Indigo de Poly Styrene, pour lui rendre hommage. Elle est partie un mois après la sortie de cet album, qui est un mélange hybride de pop moderne, très londonien – ça me rappelle des trucs qu’on entendait quand j’ai bossé dans une grosse discothèque de Londres. Un mélange de rock, reggae, hip-hop, qui fait parfois penser à Blondie, et on y ressent l’influence de la musique de P!nk, comme sur bon nombre de chanteuses pop actuelles, mais Poly a toujours été une originale. J’ai été agréablement surpris de découvrir qu’elle avait sorti un single en 1976, Silly Billy, du rocksteady exotique, sous son vrai nom, avant de jouer dans X-Ray-Spex. Elle a donc ensuite repris ce style pour son album de 1981, Translucence, que je trouve toujours aussi émouvant ; et l’album de la reformation des Slits, Trapped Animal, pour rendre hommage à Ari Up, partie alors qu’elle témoignait toujours autant d’originalité, avec ce chevrotement unique dans la voix. J’ai aussi bien aimé ses projets parallèles comme New Age Steppers, au sein de la scène reggae dub de Brixton, d’où ont émergés des perles comme celles du collectif Singers & Players. Et sans oublier l’album de 2008, Repentance, de Lee Scatch Perry, ce fou génial, auquel Ari a participé. J’ai lu des réactions de fans de Perry, des conservateurs, qui disaient être déçu et trouvaient ce disque nul, alors que c’est une perle d’inventivité dans le genre. Je vais quand même faire l’effort de citer quelques disques français, comme le premier album de La Souris Déglingée et Animal Factory d’Oberkampf, et des trucs plus improbables comme Pourquoi es- tu si méchant ? de Super Freego ou Press Color de Lizzy Mercier Descloux. J’ai toujours eu un faible pour les atypiques. Et AnA M, Histoires sans fin, succulent. J’ai aussi eu ma phase Pebbles et suis friand des trucs diffusés par Kill By Death Records. Quant au psychobilly, les Sting Rays sont restés mes préférés, bon d’accord les Meteors, Escalators et Washington Dead Cats ! Hey Hawaii Samurai ! Et Geza X and the Mommymen, You Goddam Kids ! Je peux pas l’oublier : The Deadbeats On parade, essentiel, mais j’aime aussi On Tar Beach, des Dead Beats de Susy May. Mon grand père disait qu’une vie ce n’était pas suffisant pour apprendre le violon, et en découvrant Jimmy Bryant, j’ai cru mourir.

Buanax : Demain, je me lance dans l’édition, quels conseils tu me donnes ?

Ladzi : Ben bon courage mon gars, c’est la merde ! Non, sans rire, mais faut être très bosseur et disponible. C’est plus de boulot d’éditer une traduction qu’un texte en français, car y a des étapes de plus. Comprendre le texte est une chose, mais l’interprétation et la bonne écriture dans notre langue est le plus difficile. Et aussi c’est un vrai travail, pas comme musicien, fainéant va ! Je plaisante bien sûr, mais beaucoup le pensent encore de nos jours. Les plus débiles et les plus attardés ne sont pas toujours ceux qu’on croit. Et ce sont les premiers à prendre les autres pour des cons. Comme pour beaucoup de choses il faut s’investir de sa personne, ne pas dénigrer les bons conseils et se fier à son sens de l’odorat. Mais je ne suis pas du genre à en donner, je ne suis pas el professor, plutôt un élève permanent, ce qui implique de faire des erreurs, de savoir les apprécier, mais sans que cela soit un frein pour continuer. Ne jamais baisser les bras !

Buanax : D’autres projets en vue ?

Ladzi : J’avais envie de travailler sur Let The Fury Have the Hour, The Punk Rock Politics of Joe Strummer, d’Antonino D’Ambrosio. Je lui avais écris chez Avalon Publishing. Une personne m’a répondu que ça serait difficile car il me faudrait demander des autorisations aux ayants droit figurant à la fin du livre, y en a deux pages et sans aucun contact. En effet  il y a beaucoup d’extraits d’article de magazines. J’ai essayé de trouver les contacts sur le Net, sans résultats. J’ai demandé s’il pouvaient me les envoyer et n’ai pas eu de réponse. J’ai donc lâché l’affaire en pensant que Joe avait été floué et qu’il devait se retourner dans sa tombe. Mais on a signé d’autres livres, dont The Story of Crass de George Berger, une mine d’infos sur la période Thatcher, en cours de traduction par Christophe Mora de Stonehenge Records. Et puis, tout récemment, Burning Britain de Ian Glasper, sur lequel se collent quatre traducteurs.

Buanax : Où a-t-on le plus de chances de te croiser ? Dans un salon du livre, une manif, un concert ou à la poste ?

Ladzi : Dans la forêt, lieu de ressources naturelles, mais difficilement, c’est pas une forêt commerciale ! C’est pas pour faire l’ermite, il m’arrive encore d’aller à des concerts. Dans les manifs c’est plutôt rare, j’en ai tellement fait étant petit que j’ai été sevré, mais ça n’empêche pas d’avoir une opinion et de l’exprimer si on m’en donne l’occasion. A la poste que pour les paquets et acheter des timbres, grâce au facteur qui a fait mettre une boîte au lettres plus grosse car je lui filais régulièrement les commandes de plus d’un bouquin ou deux qui ne rentraient pas. Ça me permet d’être écolo en évitant de faire seize kilomètres aller-retour en bagnole pour allez à la poste. Positif, positif ! Et ici, le vélo, n’y penses même pas ! Du moins pour monter. Pour le reste, on ne peut pas être au four et au moulin à paroles.