Chansons d’Amour, Crass, chronique Marc Rousset, Worst n°14, septembre 2006

CHANSONS D’AMOUR, CRASS

Marc, WORST n°14, septembre 2006

Craig O’Hara : LA PHILOSOPHIE DU PUNK
&
Crass : CHANSONS D’AMOUR

« Ryrut s’occupe d’éditer des traductions de livres sur la mouvance punk, pas des trucs terre à terre tel qu’une biographie de tel ou tel personne ou groupe, mais plutôt une vision plus philosophique exprimée sur un support papier et ayant un rapport à la culture punk et ses idées. Une première production avec La Philosophie du Punk de Craig O’Hara, un des fondateurs de AK Press qui sorti ce livre en version originale. On y trouve différents témoignages qui proposent une vision globale de la diversité du mouvement punk et de son évolution. Le livre est est illustré de différentes photos provenant principalement de la scène engagée américaine des années 90 et se termine sur les commentaires de deux français : Ladzi, à l’origine de ces traductions, et Florent du fanzine Zoop! Le second ouvrage est une traduction des textes du cultissime groupe anarchopunk Crass. Après avoir lu dans un premier temps une préface d’un gars de Pomona, une maison d’édition anglaise, qui parle de son contact et la répercution de Crass dans sa vie, c’est Penny Rimbaud, batteur du groupe, qui donne ses impressions et parle de certains faits qui influencèrent son groupe. Les textes en eux-même facilitent facilitent donc l’accès à la compréhension des chansons. (…) ça m’a permis de lire les paroles de la fameuse chanson « Punk is Dead » qui a fait tant mépriser le groupe par une flopée de punks traditionnels n’admettant pas qu’on critique leur dieu Clash. Finalement, ils dénonçaient juste une collaboration décalée d’un groupe punk engagé de l’époque avec des institutions du monde de la musique commerciale, en un mot, on traitait les Clash de s’être vendu à CBS… encore de longs débats sur le sujet même aujourd’hui.

Dans l’ensemble, ces deux livres donnent accès à la vision de certains activistes sur la constante punk et ouvre le débat personnel que chacun pourrait avoir : Le punk, c’est quoi, et comment le voir ? Après, à savoir si tout le monde à envie de réfléchir sur le sujet, ou être accessible au côté philosophique de la question… il est peut-être plus facile de citer 5 marques de bières… »

Chansons d’Amour, Crass, article Sylvain Nicolino, La Femelle du Requin, 2006

CHANSONS D’AMOUR, CRASS

 LA FEMELLE DU REQUIN, Sylvain Nicolino, 2006
OBSKURE.com, ZICAZIC.com

crassfeedingcover« Il est parfois nécessaire de faire un peu d’Histoire. Le groupe Crass est considéré à juste titre comme le père de la mouvance anarcho-punk. Collectif d’artistes de tous âges et tous niveaux socioculturels, Crass s’est formé en 1977 et s’est sabordé, comme cela était annoncé avec cette ironie discrète : « Nous arrêterions le groupe en 1984, ce qui, Big Brother ou pas, nous donnait sept années pour changer le monde, et le reste de nos vies pour nous désinstitutionnaliser nous-mêmes. » (p. XXI) Dans l’intervalle, le groupe a montré la voie de l’indépendance réelle à l’heure où les Pistols signaient chez EMI et les Clash chez CBS, a milité contre le sexisme, pour l’écologie, contre le nucléaire, contre le fascisme, pour la paix, et, surtout, ce groupe a énoncé une bonne fois pour toute que le punk était mort en 1978. A la mort du groupe, ses membres ont poursuivi leurs activités et prolongé leur réflexion. Leur maison est devenue progressivement un lieu de passage pour des alternatifs du monde entier encore subjugués par la force que Crass communiquait. On raconte que plus d’un million de disques de Crass se sont vendus ; il faut dire qu’en plus de la musique, des propos, des prix attractifs, les visuels et l’iconographie de Gee Vaucher faisaient de ces disques des objets recherchés ! Leur impact a été bien plus profond dans l’Angleterre de Thatcher qu’en France. Les pessimistes d’alors, aux jeunesses et adolescences gâchées par la crainte de la bombe nucléaire, ont trouvé via le groupe un moyen de se libérer, d’oser faire et dire ce qu’ils souhaitaient, ont réussi à être eux-mêmes, intégralement et dans le respect de la dignité des autres. Plus d’une centaine de groupes se seront ainsi retrouvés sur les compilations de Crass, les « Bullshit Detector » , « Chansons d’Amour », le titre de ce recueil de textes sonne comme une blague pour ceux qui douteraient du rapport entre punk, anarchie et humanisme. Je pourrais renvoyer au premier des livres publiés par l’éditeur français, « La Philosophie du Punk » de Craig O’Hara pour prouver les accointances multiples entre punk et humanisme, je préfère citer les propos de Penny Rimbaud  : « En conclusion, vous pourriez très bien vous demander ce que tout cela a diable à voir avec l’amour. La réponse est simple – tout. Malgré ce qu’on voudrait nous faire croire avec les clichés d’Hollywood (…) l’amour n’est pas un produit de consommation exclusivement réservé à la possession individuelle (…), pas plus qu’il ne se réduit au cadeau d’un diamant. L’amour véritable est le combat pour libérer les esclaves qui dans leur pauvreté avilissante sont forcés d’extirper ces pierres « précieuses » de la terre. (…). L’amour n’est pas un mot, c’est de l’action totale. Plutôt que de « mettre dans un certain état », l’amour est un état d’être. » (p.XXXIV) Le livre publie la traduction de l’ensemble des textes écrits par le collectif. Pourquoi ? Parce que l’anglais n’est pas forcément accessible, parce que les jeux de mots et les références culturelles nécessitent sans aucun doute des explications en notes de bas de page, parce que l’intégrale des disques de Crass est désormais difficile à trouver (mais une réédition a vu le jour chez Southern), enfin et surtout parce qu’une nouvelle génération pourra être touchée à son tour et s’activer à la lecture des ces saines paroles. « Nous n’étions pas des imbéciles à l’époque et nous ne sommes toujours pas des imbéciles aujourd’hui, mais cela a pris un temps fou au courant dominant pour enfin en prendre conscience. » (p.XXVII)

Livre de propagande ? En partie, oui. Le contenu est fortement politisé mais aucune adhésion à un parti ne s’y décèle. Aucune philosophie ou idéologie n’y domine (même si les liens avec un anarchisme pacifié abondent). Propagande oui, mais en partie seulement. Dès la préface, le ton est donné et la critique est présente : les agressions de Crass envers la religion étaient trop véhémentes, nous explique Mark Hodkinson, des Editions Pomona (éditeur anglais de ce livre) si on considère que la religion a pu sauver des gens et leur donner espoir, si l’on considère que la religion a permis à l’art de grandir… Il ne s’agit pas non plus de propagande quand aucune solution de secours n’est programmée et que le seul but visé est l’émancipation totale de l’individu.

On lira surtout le livre pour ce qu’il est : recueil de poèmes, souvent complexes, parfois difficiles à transposer (comme par exemple avec « Systematic Death » fortement rythmée et rimée avec une concision anglaise délicate à rendre en lui conservant toute sa saveur : la fluidité de l’original ne peut qu’y perdre mais le sens y gagne et nombreuses sont les chansons qu’on redécouvre grâce à cette traduction), très souvent touchants, lyriques («Apparence de Santé » sur les sanatoriums mouroirs) ou rugueux comme des slogans voire orduriers («Ne me dis pas que tu t ’en soucies », harangue brûlante contre Thatcher), souvent en phase avec une nature Hédoniste que les auteurs croient admirer une dernière fois avant les sirènes d’alerte nucléaire. Quelques fois, ces textes sont marqués par un vocabulaire désuet (« Le Système » est l’ennemi redoutable), d’autres fois les thèmes abordés sont restés cruellement présents (refus du machisme et de l’utilisation du corps de la femme, hurlements contre des lois sécuritaires, mensonges d’Etat conduisant à la guerre des jeunes gens dépassés, viols de soldats…). L’extrême nombre de textes reproduits (84 dont certains flirtant avec les trente pages) permet un voyage en plusieurs étapes. Les deux introductions, la discographie complète et une courte bibliographie apportent les compléments essentiels pour comprendre le phénomène que fut Crass en le prenant à bras le corps. La mise en page reproduit les jeux visuels originaux : texte en croix pour «Réalité asilaire », parallélisme pour  « Où est ee prochain Colomb ? », tract pour « Il n’y a Nulle autre autorité que qous-même », lettres progressivement effacées de la chanson « Raseur des eighties » quand les paroles abordent ces séries télé multi diffusées, une page noire au milieu de « Ils ont une Bombe » symbolise une explosion, des grisés sur « Bats-toi contre La guerre, pas à la guerre » représentent la montée en volume des cris d’une armée anti-guerre… Dans un déballage ni chronologique, ni alphabétique, tous ces textes sont donnés avec leur date et leurs auteurs respectifs. Les pseudos ont été conservés puisqu’il n’a jamais été question d’ego chez Crass, et c’est avec un plaisir réel que l’on recroise ces patronymes évocateurs : Joy De Vivre, Penny Rimbaud, Eve Libertine, Steve Ignorant, Gee Vaucher, Phil Free, Pete Wright… Les années babas n’étaient pas loin derrière et contrairement aux idées reçues, le punk n’a pas tout brûlé. La terre est féconde, les herbes folles poussent et les chardons se parent de leurs plus belles couleurs… L’arrivée de notre printemps vous incitera peut-être à vous charger d’un livre pour aller pique-niquer. Et ramassez vos déchets avant de rentrer chez vous. »

« Dans leurs efforts pour nous calmer, ils nous demandent
pourquoi nous n’écrivons pas de chansons d’amour.
Que chantons-nous alors, si ce n’est cela ?
Notre amour de la vie est total,
tout ce que nous faisons en est l’expression.
Tout ce que nous écrivons est une chanson d’amour
. »
(« A Vos Ordres, Monsieur », p.40)

« You’ll Ruin It for Every One », Crass, texte Mark Hodkinson, Pomona Sounds 2001

CHANSONS D’AMOUR, CRASS

Crass « You’ll Ruin It for Every One », 2001
Texte apparaissant dans le livret de la réédition CD
,
traduit par Paul Vincent

par Mark Hodkinson, POMONA Sounds

« You’ll ruin it for everyone » (vous allez tout ruiner pour les autres) est l’enregistrement d’une performance du groupe anarchiste Crass. Ce concert a eu lieu le 4 juillet 1981 au Lesser City Hall, Perth, Ecosse. Sorti une première fois en 1996 à 1000 exemplaires, nous avons décidé de le re-sortir avec une nouvelle pochette et un livret revisité.

Durant le printemps 1981, il y a eu des perturbations civiles dans l’ensemble du Royaume-Unis. En juillet, alors qu’un été humide exacerbait une colère montante, des villes comme Londres, Birmingham, Liverpool, Manchester et Bristol étaient sujettes à des émeutes violentes. Des vitres brisés, des voitures retournées, des bouteilles de lait remplies d’essence. Des jeunes terrorisaient leurs propre environnement et la police était amené à faire des heures supplémentaires à outrance. Le Parlement a fait passé une loi d’urgence interdisant n’importe quel rassemblement de plus de trois personnes dans les lieux publics.

Crass étaient par déveine en tournée à cette période, confrontés au nihilisme ambiant dans des endroits isolés où la colère mise à nue, souvent à son encontre, était courante. Portée à son comble à Perth, une ville en Écosse du nord, habituellement tranquille, mais polluée cette nuit là par assez de rustres pour qu’ils aient leur propre version turpide d’une émeute. Les instigateurs, apparemment des sympathisants du National Front, s’étaient volontairement rendus dans cette ville pour semer le trouble.

Ailleurs dans le livret, des gens présents ce soir là écrivent au sujet de cette expérience. L’enregistrement du concert, régulièrement interrompu par des appel au calme, parle pour lui-même.

Crass étaient une cible facile ; ils ont entraîné la confusion par inadvertance. L’imagerie du groupe, les paroles, le graphisme et leur musique furieuse ont reçu l’hostilité de l’aura. Cela confondait les limites – passion/violence, énergie/agressivité, amour/haine – et invitait les esprits éveillés à discerner les messages. Leur définition de l’anarchie était la liberté pour chacun de faire ce qu’il lui plait, à condition que cela ne nuise à personne d’autre dans le processus. Ce n’était pas un manifeste d’insouciance ou d’égoïsme : c’était le malentendu à Perth.

Il est évidemment plus facile de ne pas réfléchir, de voir simplement la caricature, l’accord puissant, la diatribe, l’uniformité du noir. Et d’être assez perturbé par cela pour ensuite souhaiter le détruire. Pour beaucoup cependant, Crass étaient une inspiration. Ils sont devenus un cri de ralliement pour des groupes, poètes, auteurs, artistes. Ils ont chacun et chacune voulu faire partie de cette contre-culture motivée, pour une fois, non par l’avidité ou l’ego mais par la créativité pour l’intérêt qu’elle suscite.

Leur position étant accidentellement devenue évangélique, c’était avec raison qu’en 1984, ils prennent chacun et chacune leurs propres chemins. Ils avaient atteint leur objectif ; un accès d’urgence, une graine plantée, puis disparaître pour jouer le rôle de leurs vies individuelles.

Ce CD a été masteurisé à partir de la bande enregistrée directement par la table de mixage à Perth. Elle n’a été re-mixée en aucune façon. La qualité du son, pourtant de meilleur qualité que bien des bootlegs (éditions pirates), n’est pas fantastique. Crass ont donné leur accord pour que puisse sortir ce projet entrepris par Pomona Sounds. La bande a été aimablement fournie par Andy T, lui-même un artiste sorti sur Crass Records.

Elle est présentée ici dans l’espoir vain que (le fantôme de) Crass puisse de nouveau inciter à la libre-pensée, l’enthousiasme, l’ingéniosité, des tonnes de soupe de lentille et un zeste d’amour, de paix et d’anarchie. Nous pourrions tout faire avec un peu de tout cela…

Chansons d’Amour, Crass, chronique Cap’tain Planet, Vacarm.net, 2006

CHANSONS D’AMOUR, CRASS

Cap’tain Planet, VACARM.net

Crass – Chansons d’amour, éditions Rytrut, 2006.

« Né aux balbutiements du mouvement punk, Crass se forme en 1977 et s’impose comme le groupe fondateur de l’anarcho-punk… Conceptuelle et réfléchie, la formation était plus qu’un groupe de musique. Ils fondent une communauté ou plutôt un collectif rural. Basé dans l’Essex, le collectif va devenir peu à peu autonome pour vivre finalement en autarcie. Surveillés constamment par les services de renseignements anglais, la communauté grandie et le mythe prend forme. Il paraîtrait même que plus d’un million de disques de Crass se sont vendus en complète autoproduction.

Sombrant dans l’inconnu à partir de la dissolution du groupe en 1984, les éditions Rytrut ne pouvait qu’attiser la flamme en publiant la traduction française de l’ensemble des textes écrits par le collectif. Certes le contenu est hautement politisé mais il est en parti dépassé à certains egards. Certaines choses ont changé, mais d’autres malheureusement pas. Pour rester objectif à la lecture du livre, il est nécessaire de garder un certain recul et de bien avoir en tête le contexte historique et social de l’époque.

En 1975, l’Angleterre, là où le mouvement punk s’affirme, a perdu son empire et les jeunes se révoltent contre une société pourtant désormais large d’esprit. Il y a des raisons précises au malaise de la jeunesse anglaise : le premier responsable est la crise économique que traverse l’Angleterre à la fin des années 70 (après la première crise pétrolière de 1973) qui se traduit par une hausse du chômage et qui touche particulièrement la jeunesse. En effet, le tiers des écoliers qui quittent leur classe à l’époque se retrouvent sans emploi. »

Le livre reste un recueil de poèmes qui prend toute son ampleur dans le visuel. Les jeux de mise en page donne naissances à des calligrammes qui donnent vie à ce recueil. Les poèmes traitent des thèmes classiques de la philosophie anarcho-punk, mettant notamment en avant la place de la femme dans la société, la sauvegarde de l’environnement ou la religion. Le langage est tantôt lyrique, tantôt rugueux voire grossier. L’extrême rudesse de ces textes en fait ressortir toute la force et la noirceur dans laquelle s’est établi le mouvement punk.

Terminons par ces vers :
« Notre amour de la vie est total,
tout ce que nous faisons en est l’expression,
tout ce que nous écrivons est une
chanson d’amour
 » (CRASS)

Les Filles Atypiques, L’Histoire des Slits, Zoë Howe, chronique The Sad Place, août 2013

LES FILLES ATYPIQUES, L’histoire des SLITS
ZOË HOWE

THE SAD PLACE, webzine, 1er août 2013 :

« Obscure groupe punk féminin oublié pour les uns, totalement culte pour les autres, The Slits méritaient bien une biographie à leur gloire. Quatuor totalement en avance sur son temps, Ari Up, Palmolive (qui quittera le groupe assez tôt pour aller fonder The Raincoats), Tessa Pollitt et Viv Albertine furent les instigatrices du rapprochement entre le punk et le dub qui allèrent inspirer The Clash, Public Image Limited ou encore Big Audio Dynamite et quelques autres. Menées par une furie d’à peine quinze ans (Ari Up) qui révolutionna le concept de chanteuse sans voix mais avec une énorme personnalité, ouvrant la voie à des milliers de vocations (le livre lui est d’ailleurs dédié, Ari Up étant décédée brutalement d’un cancer à l’âge de 48 ans en octobre 2010), The Slits demeurèrent en accord avec leurs principes, vivant dans des squats, dormant dans des vans et dépensant l’avance de leur maison de disques pour faire venir des artistes adorés pour tourner en leur compagnie (parmi eux Don Cherry, jazzman génial et beau-père de Neneh Cherry qui deviendra membre des Slits avant de devenir la pop-soul star que l’on sait une décennie plus tard). On leur doit une poignée d’albums fondateurs, dans lesquels trois enregistrements studios (dont le cultissime ’’Cut’’ et sa pochette tribale qui fit scandale à sa sortie, ’’Return Of The Giant Slits’’ et l’inattendu ’’Trapped Animal’’ sortit en 2009). En plus de ces trois disques, on retiendra surtout leur deux ’’Peel Sessions’’ qui laissent entendre un groupe sans limite artistique. Soutenues par des membres des Clash, Joe Strummer et Mick Jones en tête, ces filles atypiques laissent derrière elles un héritage aussi important que bref, quelques vidéos d’époque que l’on ira mater en boucle sur YouTube et une discographie qui s’écoute en moins de deux heures dig this. Mais surtout, on retiendra le souvenir de femmes fortes qui représentaient la première vague émancipée, ouvrant le passage à toutes les Madonna et Courtney Love à venir. Définitivement pas des ’’Typical Girls’’ comme le prouve cette bio absolument indispensable que l’on dévore du début à la fin en se mordant les doigts de ne pas avoir vécu cette époque, se sentant comme des putain de bourgeois en somme. »

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The Slits : Discographie (complète)

Interview de Zoë Howe, Typical Girls? The Story of The Slits, par Alex Herod, For Book’s Sake, novembre 2010

Typical Girls ? L’histoire des Slits, Zoë Howe, 1re de couverture, photo : © 1978 Pennie Smith

TYPICAL GIRLS ? L’histoire des SLITS
ZOË HOWE

FOR BOOK’S SAKE, 5 novembre 2010 :

LIT AT DAY FEST par Alex Herod

(Article traduit de l’anglais par Paul Vincent)

Littérature à la dixième édition du Ladyfest : entretien avec Zoë Howe

Vous vous souvenez peut-être de notre chronique de son livre How’s Your Dad? – Living in the Shadow of a Rock Star Parent. Eh bien, nous avons rencontré son auteure, Zoë Howe, pour lui poser quelques questions avant son apparition au dixième Ladyfest.

Parlez-nous de vous et de votre travail ?

J’écris des livres sur le rock ‘n’ roll, mon premier livre étant en sorte une lettre d’amour adressée aux merveilleuses et impressionnantes Slits (Typical Girls? The Story of The Slits, Omnibus Press). J’ai joué de la batterie et des percussions / chant avec Anne Pigalle et Viv Albertine, respectivement, et passé de la musique à la radio par l’entremise de chouettes endroits comme Resonance FM.

Que pouvons-nous attendre de votre intervention au Ladyfest dix ?

Je vais lire des passages de mon livre sur The Slits, Typical Girls ?RIP Ari Up.

L’un des principaux objectifs de Lit at Ladyfest Ten est de promouvoir et de célébrer l’écriture féminine. Quels conseils donneriez-vous aux femmes pour qui il est difficile de trouver leur propre créneau ?

Je leur dirais : restez fidèles à vous-mêmes et à vos convictions, trouvez quelques inspirations béton (elles n’ont pas besoin de devenir des écrivaines et pourraient être comme n’importe quelle artiste libre d’esprit, indomptable et qui vous parle) et ne laissez personne essayer de saper votre confiance en ce que vous faites, subtilement ou autrement !

Il y a beaucoup de gens qui vont tenter d’être condescendants pour que vous restiez à votre place ou pour vous faire sentir que ce n’est pas votre rôle de dire ou de faire cela. Par conséquent, beaucoup d’entre nous sont amenés à vouloir plaire à tout le monde, cela peut prendre un certain temps pour se réaliser, mais c’est tellement nécessaire !

Le sexe n’a pas grand chose à voir avec cela si vous dépasser ce conditionnement, faites juste les choses en quoi vous croyez, riez des conneries et ne tombez pas dans le panneau !

Quelle a été votre expérience en tant que femme qui travaille dans votre domaine / dans l’industrie musicale ?

J’ai passé une période joyeuse à travailler dur, poursuivant mes rêves et puisant dans les inspirations – autant masculines que féminines – autour de moi quand j’ai besoin de force (The Slits, Keith Levene, Vivien Goldman, Gavin Martin, des gens fantastiques comme ça).

J’ai parfois été surprise de voir comment, même à notre époque, nous devons encore nous heurter à des attitudes auxquelles je fais allusion dans la question précédente. Il peut y avoir une version moins directe et plus insidieuse du machisme démodé qui resurgit, et les pourvoyeurs peuvent être autant du sexe masculin que du sexe féminin !

Il peut y avoir une sorte de compétitivité, et j’ai pu parfois me laisser prendre par cela, mais pour paraphraser une chose que Vivien Goldman m’a dite, il vaut mieux en rire, vous en moquer, pour garder toutes vos facultés et profiter de ce que vous faites ! Nous sommes là pour nous amuser après tout.

Quelle est l’importance du sexe, de la sexualité et du genre pour vous et votre écriture ?

C’est important, bien sûr, c’est toujours présent, et c’est important pour moi d’essayer de démystifier les attitudes enracinées et le conditionnement, même en nous-mêmes. Je travaille justement sur un projet de fiction qui se concentre là-dessus, avec humour et amour, mais il y a quand même des questions sérieuses.

Au fond de nous, je pense que nous savons que nous sommes les puissantes… c’est pourquoi à travers l’histoire, (certains) hommes ont essayé de nous maintenir opprimées !

Pour notre public qui ne pourrait ne pas se rendre au Ladyfest Ten, quels sont les auteures où les projets que vous leur conseillerez à la place ?

Tant de choses, l’incroyable Anne Pigalle, avec qui j’ai le privilège de jouer quelques parties de batterie sombre de cabaret pour des concerts (la prochaine date étant le 11.11.10, au Montmartre Bistro, Essex Road, London N1, non loin du Ladyfest).

Et The Slits, bien sûr, je collabore encore avec Viv Albertine musicalement, et The Raincoats font aussi des choses vraiment très intéressantes.

Je lis aussi beaucoup d’essais situationnistes, que je trouve fascinants, particulièrement du point de vue de la psychogéographie. Mon émission de radio sur Resonance FM était surtout consacrée à la musique régionale et à la psychogéographie, très intéressante, et plutôt mystique !

– Un grand merci à Zoë d’avoir répondu à nos questions. Elle lira des extraits de Typicla Girls ? Le dernier jour du Lit Ladyfest Ten, le dimanche 14 novembre.

Typical Girls? The Story of The Slits, Zoë Howe, article Slow Songs For Hearts, septembre 2010

Typical Girls ? L’histoire des Slits, Zoë Howe, 1re de couverture, photo : © 1978 Pennie Smith

TYPICAL GIRLS ? L’histoire des SLITS
ZOË HOWE

SLOW SONGS FOR HEARTS, 29 septembre 2010 :

Typical Girls? The Story of The Slits, Zoë Howe, par Melissa & Katie

(Article traduit de l’anglais par Paul Vincent)

Ça fait maintenant plusieurs années que j’écoute et apprécie The Slits, ayant découvert leur musique sur le tard, mais ça fait assez longtemps pour que leurs chansons aient imprégné mon corps. Vivant en Nouvelle-Zélande, leur musique convient parfaitement avec ce que j’ai retenu du mouvement riot grrrl punk / post-punk anglais et européen. Je savais qu’elles avaient eu de l’influence sur les riot grrrl et leur manque de reconnaissance m’a indignée, autant pendant « l’ère punk » qu’aujourd’hui. J’ai été tour à tour excitée, désorientée et intriguée par leur musique. J’ai plus aimé les Peel Sessions que Cut, mais j’ai très bien compris l’importance de cette album et le fait que The Slits aient déjoué les conventions du punk comme certains le considéraient, en forgeant leur propre style, étonnant et influent – sans oublier le fait qu’elles ont commencé comme un groupe punk composé uniquement de filles, qui écrivaient, jouaient et contrôlaient leur musique, et la chanteuse n’avait que 14 ans !

Cependant, ce n’est pas avant de déménager à Londres que tout cela m’a vraiment interpellée. Remarquez, je pourrais dire cela pour la plupart de la musique anglaise que j’ai vraiment écoutée. Cela ne veut ne pas dire que l’on peut trouver toute la musique que l’on désire dans un pays lointain comme la Nouvelle Zélande, tenant compte du « filtrage » de votre propre ville natale, mais je dois dire qu’il y a quelque chose de romantique (et d’impunément idéaliste et nostalgique, je l’admets). En regardant par la fenêtre de mon apart’ de North London, un gris dimanche après-midi d’automne, les briques et les tuyaux de cheminée, et les enfants qui jouent au milieu de la rue, à l’écoute du mélange des accents et des langues, voyant les corbeaux et les pigeons voltiger sur les toits, et ah… bien… maintenant, j’ai capté ce dont elles parlent.

Newtown where everybody goes around sniffing televisena or taking footballina…” Se promener dans un quartier comme Brixton et entendre le reggae dans les rues, se mêlant avec le punk qui sort des squats. « Rêver dans un bus… » et voir des jeunes filles dures à cuire, qui parlent fort, portent des accoutrements dingues et ont une attitude provocante et décomplexée (cela arrive en Nouvelle-Zélande aussi, bien sûr, mais accents différents, contextes différents).

Le livre de Zoë Howe est autant une histoire complète et détaillée des Slits qu’un aperçu incroyable du Londres de la fin des années 1970 début des années 1980. Si vous vous sentez aussi romantique que je le suis à propos de Londres, je vous recommanderais ce livre, que vous connaissez ou ne connaissiez pas les Slits.

Curieusement, compte tenu du fait qu’elles aient été souvent citées par de nombreuses artistes d’aujourd’hui comme les ayant inspirées musicalement, politiquement et personnellement, c’est la première fois que The Slits ont un livre leur étant entièrement consacré. C’est particulièrement étrange, car elles sont tellement importantes et imbriquée dans l’histoire du punk rock, du post-punk et aussi de la formation du riot grrrl. Eh bien, j’espère que ce ne sera pas le dernier livre écrit à leur sujet, et je suis contente que Zoë ait posé la première pierre.

J’ai lu récemment Meaty, beaty, big and bouncy!: classic rock and pop writing from Elvis to Oasis, qui comprend des articles de rock critics comme Julie Burchill et Nick Kent. L’écriture de Zoë Howe n’a pas la personnalité douloureusement aiguisée de ces critiques, ce qui en fait une lecture facile, et vous ne vous sentez pas irritée par une opinion qu’on vous force à digérer. Mais en même temps, qui peut nier le plaisir acquis à la lecture d’un document de journalisme musical purement opiniâtre ? Qui n’aime pas sentir la passion brûler le long des pages ? J’aurais aimé en apprendre davantage sur la propre expérience de Zoë concernant son écoute de la musique des Slits, et connaître ses opinions sur différentes périodes de leur histoire, entendre davantage sa voix dans son écriture. Ce serait la seule critique me concernant.

Une des choses que j’ai le plus aimé dans le livre, c’est le fait qu’il donne l’occasion de découvrir ce que les autres musiciens pensaient de la musique des Slits. Jusqu’alors, même les articles « pro-Slits » que j’avais lus se concentraient sur d’autres aspects, tels que leurs singeries folles et l’horreur qu’elles suscitaient envers le grand public. Je n’avais lu que très occasionnellement des articles qui analysaient leur musique, car le plus souvent il était dit qu’elles ne savaient pas jouer. Des amis tels que Keith Levene (The Clash, PiL) et Don Letts, entre autres, donnent un aperçu des intentions musicales des Slits et analysent leur jeu – comme c’était la norme dans les articles écrits sur les musiciens masculins de l’époque, mais c’était plutôt rare, voir inexistant, en ce qui concerne The Slits. Par exemple, Levene y décrit ce qu’il pense du jeu de Viv Albertine, après lui avoir donné quelques leçons de guitare, et elle a ensuite fait son propre truc, expérimentant et créant un style qui lui est propre. Nous découvrons qu’Ari Up était musicienne avant de rejoindre The Slits, et qu’elle jouait du piano – c’en est assez de la définir comme une trublion en quête d’attention, comme les gens veulent vous le faire croire. Plus spécifiquement pour les fans, sont aussi révélés des détails tels que ce que ressentait Tessa en chantant Aventures Close to Home, sortant de son rôle de la bassiste silencieuse et mystérieuse.

Les connexions des Slits avec d’autres musiciennes de l’époque comme les Mo-dettes ou Nina Hagen sont aussi explorées.

Une véritable analyse de musiciennes punk – incroyable !

Bon d’accord, je vais arrêter de divaguer maintenant. Il s’agit d’un livre excellent et très tardif, sur un groupe extrêmement important qui a enfin obtenu une certaine reconnaissance.

Qui sommes-nous ?

Nous sommes Melissa et Katie. Nous sommes toutes deux de Nouvelle-Zélande, mais nous vivons éloignées maintenant, car Melissa s’est installée à Londres en 2008. Katie vit à Auckland.

Melissa tient une boutique queer / féministe basée en Nouvelle-Zélande, Cherry Bomb Comics avec Tui, bien qu’actuellement, c’est surtout Tui qui doit faire tout le travail. Melissa organise des concerts et des événements DIY à Londres et tiens une distro anglaise pour Cherry Bomb Comics. Elle est généralement obsédée par la bande dessinée, les disques et la faune anglaise (en particulier les renards et les hiboux) et elle a des projets d’écriture.

Katie aime faire des sites Web et d’autres trucs liés au design, et elle aime faire les choses en état d’ébriété, ce qui dérange probablement Melissa.

Dans notre blog, nous écrivons au sujet du (post-) punk, riot grrrl et ses successeurs, no wave, pop, de grandir avec le hip hop et tout autre genre qui éveille notre imagination (généralement DIY, avec des musiques à dominance queer et de filles). [Plus d’infos sur leur blog].

Interview de Zoë Howe, Typical Girls? The Story of The Slits, par Huw Nesbitt, The Quietus, juillet 2009

Typical Girls ? L’histoire des Slits, Zoë Howe, 1re de couverture, photo : © 1978 Pennie Smith

TYPICAL GIRLS ? L’histoire des SLITS
ZOË HOWE

THE QUIETUS, 1er Juillet 2009 :

L’auteure parle : Zoë Howe, à propos de L’HISTOIRE DES SLITS, par Huw Nesbitt

(Article traduit de l’anglais par Paul Vincent)

À la veille de la publication de sa biographie, Typical Girls? The Story of The Slits, l’écrivaine Zoë Howe s’interroge sur les motivations l’ayant poussée à écrire ce livre, comment elle a permis aux membres précédemment désenchantées de se réunir, et pourquoi l’héritage du groupe est toujours important aujourd’hui.

Ça faisait des siècles que j’attendais que quelqu’un écrive un livre sur The Slits. Au fond, je voulais l’écrire moi-même, mais je me disais que c’était probablement le travail de quelqu’un d’autre. J’adorais leur son et leurs looks étranges, amusants, expérimentaux, et j’ai été inspirée par les choses inhabituelles que j’avais lues dans une interview, comme leur refus de s’étiqueter « féministe », ou même « punk ». Je voulais en savoir plus, alors j’attendais qu’un livre soit écrit à leur sujet. Au bout d’un certain temps, je me suis dit : « Et puis merde, je vais le faire moi-même, dans le style punk DIY. »

Nous étions en 2006 et l’anniversaire des 30 ans de Cut approchait, ce qui m’a permis de m’imposer un délai ; un facteur important qui m’a incité à me lancer dans le projet. Initialement, il était prévu que le livre se concentre principalement sur cet album, avec une petite part de biographie placée dans le contexte. Mais plus je m’entretenais avec les gens – il en ressortait des histoires et des personnages formidables, des sentiments inexprimés jusqu’alors – plus le livre évoluait vers quelque chose qui serait une célébration et un tour d’horizon de leur carrière à cette époque punk/post-punk. Comme l’une des fondatrices des Slits et guitariste des Mo-Dettes, Kate Corris, le fait remarquer dans le livre, Cut marqua un tournant pour The Slits, et se concentrer uniquement sur cet album n’aurait pas fonctionné, car il y avait eu relativement peu d’écrits sur l’aventure du groupe. Je suis heureuse que les choses aient évolué ainsi. C’est devenu une étude plus complète des cinq années de dingues qu’ont vécues les Slits, fin des années 1970 et début des années 1980. Mais Cut reste encore au cœur de leur histoire.

Don Letts a été le premier à être interviewé. C’est un pote de longue date des Slits et l’homme qui a tenté de « manager l’ingérable » quand les Slits se sont jointes aux Clash sur la tournée White Riot. Alors comme il était là depuis le début, son point de vue était un excellent choix pour commencer. Il m’a ensuite présenté à Tessa Pollitt. Elle était timide mais positive, et elle est rapidement devenue comme la marraine magique et très proactive du projet. Et je lui en serais toujours reconnaissante. Elle a également été ouverte et sereine sur la période la plus sombre que The Slits ont vécue, y compris à propos d’une overdose et des problèmes qu’elle a eu avec l’héroïne.

J’ai rencontré Ari peu de temps après et, par un heureux hasard, elle était au Royaume-Uni pour une tournée solo avec The True Warriors. Elle était tout à la fois adorable, intimidante, tendue et méfiante. Ce qui était compréhensible. Elle m’a dit qu’elle aimerait aussi que j’organise une convention des Slits – comme une convention de Star Trek. J’ai plutôt aimé l’idée de voir rappliquer un tas de gens différents à l’air très sérieux, et au lieu de porter les oreilles de Spock et des accoutrements de Star Trek, ils seraient couverts de boue et auraient des chaussettes dans les cheveux. À l’avenir peut-être… Ari a donné une interview super, comprenant la triste histoire à propos de la façon dont Bob Marley avait d’abord encensé The Slits dans Punky Reggae Party, pour ensuite effacer leur nom quand il a appris que c’étaient des femmes.

Kate Corris, qui a formé le groupe avec Palmolive, offre un aperçu unique et éclatant dans la partie du livre qui raconte leurs débuts. Mais la guitariste qui l’a remplacée, Viv Albertine – que beaucoup finiront par acclamer comme la force motrice du groupe – était censé être celle qui ne voudrait pas participer à cette biographie. Quand Ari lui a demandé si elle voulait réformer le groupe, il y a plusieurs années, c’était hors de question pour Viv. Après les traumatismes qu’ont connus The Slits en essayant simplement de faire leur truc dans le monde des hommes, elle semblait vouloir laisser cela derrière elle. Mais j’ai dû la contacter au bon moment, et grâce à l’ancienne manageuse des Slits, Christine Robertson, une perle, j’allais bientôt manger des toasts et caresser le chat dans la maison en bord de mer de Viv. C’est tombé à la même période où elle a décidé, après toutes ces années, de recommencer à jouer et à écrire. Je l’ai remise en contact avec Tessa lors d’un concert de Carbon/Silicon au cœur de Ladbroke Grove, et elle a ensuite joué avec les « nouvelles » Slits pour deux concerts, avant de faire son truc solo, avec moi, en l’occurrence. Je suis la sorte de Vince Clarke avec un clavier et des instruments jouets, etc…

Il semble que le processus d’écriture de ce livre ait en partie motivé des personnes qui s’étaient brouillées, ou qui pensaient s’être brouillées, à reprendre contact. J’ai trouvé que c’était une belle chose : Viv qui reconnecte avec Ari et Tessa ; Ari qui reconnecte avec Poly Styrene ; Viv qui reconnecte avec Keith Levene et ainsi de suite. Tout cela était très excitant.

Tout a été positif dans le processus, à part quelques moments dingues. Mais à quoi pouvais-je m’attendre ? Il s’agissait des Slits, l’un des groupes les plus chaotiques d’une des scènes musicales les plus chaotiques. Il était concevable que cela puisse prendre parfois des proportions démesurées. Mais j’ai senti passionnément qu’elles méritaient plus de reconnaissance, car la plupart des gens n’ont que partiellement conscience de ce qu’ils ont réalisé.

Après l’écriture de ce livre, je me suis à nouveau inspirée d’elles et de leurs camarades, et j’espère que les gens qui le liront ressentiront le même effet motivant. Je ne dis pas que j’espère que vous allez toutes pisser sur scène pendant un concert, vous rouler nues dans des parterres de fleurs fraîchement arrosés ou forcément réarranger l’ameublement d’un hôtel, mais ne vous gênez pas si vous en avez envie. Mais leur force véritable réside dans leur liberté d’esprit, leur créativité et la détermination qu’elles mettaient pour suivre leur propre chemin et être elles-mêmes sans flatter leur idéaux. Elle essayaient de nouvelles choses avec courage, et joyeusement, avec humour et le sens de la fête, par opposition à la colère. La colère est une énergie, comme le dirait John Lydon, mais c’est rafraîchissant de voir aussi l’honnêteté, l’étrangeté et la pure joie que ces filles avaient en expérimentant musicalement sans peur du jugement – elles ont donné dans le free-jazz, l’improvisation, le funk, l’opéra allemand, et bien sûr le reggae et la musique africaine – et alors qu’elles s’essayaient, souvent naïvement, à mélanger ces influences à leur musique, le résultat donnait toujours un son authentique, qui sonnait souvent comme s’il provenait de l’espace autant que des rues de Londres.

Quand je me suis embarquée sur le sujet, je me suis demandée si j’allais finir par être saturée, mais maintenant, ayant un meilleur aperçu du groupe, je les trouvent encore plus intéressants et inspirantes que jamais – comme c’est le cas pour toutes les personnes avec qui j’ai pu m’entretenir. Même après cette période intense de travail, passée à vérifier, à angoisser, à en perte le sommeil, et des cheveux, je le crains, tous ces personnages donnent vie au livre en technicolor.

Keith Levene, d’ordinaire insaisissable, a été un interlocuteur généreux et éloquent, alimenté par le chocolat de la confiserie d’en-dessous (ils lui ont en donné un grand sac gratuitement – qui savait que les employés du Mrs Kibble’s Olde Sweet Shoppe étaient fans de PiL ?) et il a été d’un grand soutien tout au long de l’aventure, tout comme l’a été l’exubérante Professeure Punk, Vivien Goldman.

Adrian Sherwood a gentiment donné de son temps pour le livre, bien qu’il rentrait tout juste de voyage et qu’il était fatigué par le décalage horaire. J’ai même pu choper Budgie, grâce aux indications de Viv. J’avais déjà essayé de le contacter par l’intermédiaire de quelqu’un d’autre et j’avais fini par penser qu’il n’était pas intéressé. Il s’est avéré qu’il n’avait jamais reçu le message. Et c’est génial que nous ayons pu discuter, car même s’il avait la grippe, il a été un interlocuteur adorable. Et il a présenté un point vue différent, comme quelqu’un étant au départ une sorte de super-fan des Slits qui a fini par enrichir magnifiquement leur la musique de leur disque (sans doute) le plus important. Il a aussi raconté des anecdotes amusantes, comme quand il se retrouve avec les trois filles dans le même lit. On se calme, ce n’est pas ce que vous pensez.

J’ai eu la chance de pouvoir intégrer beaucoup de gens qui étaient impliqués avec The Slits : Dennis Bovell (qui aussi m’a appris comment faire cuire le fruit à pain), Palmolive et The Raincoats qui ont toutes été formidables. Pas tout le monde n’a cependant été amical. Une écrivaine que je respectais énormément a annulé notre entretient, en me cataloguant de « vulgaire sexiste » à la vue d’une des question lui étant adressées : c’est peut-être dû au fait que si elle a rencontrée The Slits à l’époque, c’est parce qu’elle sortait avec un ami du groupe, qui était en tournée avec elles à ce moment-là. Je n’étais pas réellement intéressée dans leur relation en soi – c’est quelqu’un de très célèbre quand même – et j’étais plutôt concentrée sur le temps qui m’était imparti. C’était une réaction excessive pour une question innocente et c’était vraiment dommage. Mais cela m’a permis d’en apprendre davantage sur les gens.

Mick Jones était d’accord pour un entretien, mais nos emplois du temps n’ont malheureusement pas concordé. Chris Blackwell était impossible à joindre, mais je sais maintenant qu’il était occupé à gonfler des ballons et à préparer les gâteaux pour le cinquantième anniversaire d’Island Records.

Tony Fletcher, qui a écrit le livre sur Keith Moon, Dear Boy, fait remarquer que les gens disent qu’écrire un livre c’est comme avoir un bébé, et il reconnaît que c’est comme avoir un bébé et le faire grandir. Je suis d’accord. Une fois mis à l’eau, je prendrais un rhume le surveillant, comme si c’était son premier jour d’école – bien que dans ce cas, je serai plus qu’heureuse qu’un étranger aille le chercher pour le ramener à la maison.

« 14 Raisons qui montrent comment Ari Up était cool », article Chartattack, octobre 2010

TYPICAL GIRLS ? L’histoire des SLITS
ZOË HOWE

FOURTY REASONS THE SLITS’s ARI WAS COOL CHARTattack, 21 Octobre 2010

(Article traduit et mis à jour par Paul Vincent)

Ari Up, la chanteuse du groupe anglais The Slits, est décédé hier des suites d’une ‘maladie grave’.

Ari Up (de son vrai nom Ariane Forster) avait seulement 48. La cause de sa mort n’était pas encore connue quand John Lydon l’a annoncé par le biais de son site Internet.

Plutôt que de pleurer et de se lamenter sur la brutalité du décès précoce de cette femme, nous préférons, ici à CHARTattack, nous rappeler de ce qui a fait d’elle une légende.

Alors, voici 14 raisons expliquant pourquoi Ari Up était cool :

1. Ari Up a été très tôt introduite dans l’industrie musicale, puisque Nora Forster, sa mère, était amie avec Jimi Hendrix et sortait avec le guitariste de rock/jazz Chris Spedding.

2. Dans les années 1970, la mère d’Ari Up a épousé le chanteur des Sex Pistols, Johnny Rotten (ensuite connu comme John Lydon), par conséquent, Lydon fut son beau-père. Ce qui ancre davantage sa légitimité punk rock.

3. Feu Joe Strummer, le chanteur des Clash lui a enseigné la guitare.

4. Ari Up avait seulement 14 ans quand elle a formé The Slits, ce qui rend The Runaways plutôt pathétiques.

5. The Slits ont ouvert pour The Clash en 1977, quand Ari avait juste 15 ans. Certains de ces concerts ont été filmés et sont inclus dans le documentaire de Don Lett’s de 1978, The Punk Rock Movie.

6. Tandis que The Clash ont expérimenté en associant le reggae à leur musique durant l’ère punk rock originel, The Slits sont allées un peu plus loin dans la démarche. Leur album de 1979, Cut, mélange reggae, dub, rock punk, et leur attitude a inévitablement inspiré des tonnes de groupes du mouvement riot grrrl, comme Sleater-Kinney, Bikini Kill et Le Tigre, entre autres. The Slits sont probablement le groupe le plus innovant parmi les groupes punk originels.

7. La couverture de Cut dépeint les trois membres clé du groupe seins nus, portant des pagnes et enduites de boue. C’était controversé à la sortie du disque, et cela a même causé des problèmes au sein du groupe ; la batteuse Palmolive les a quitter avant l’enregistrement de l’album, en raison de différents avec Ari et elle n’aimait probablement pas l’idée de cette couverture. Les gens prudes ont sans doute encore un problème avec cette pochette aujourd’hui.

8. The Slits ont fait une reprise grandiose du titre de Marvin Gaye, I Heard It Through the Grapevine.

9. Ari Up était connu pour son chant particulier, un mélange unique de culot et même parfois, presque lyrique avec ses trilles. Cela donnait aux Slits un son incomparable.

10. Ari Up a aussi fait partie des New Age Steppers, un collectif crée par Adrian Sherwood, comprenant également Mark Stewart du Pop Group, feu le chanteur jamaïcain Bim Sherman, le collaborateur des Flying Lizards Steve Beresford, Neneh Cherry et Vivien Goldman, la journaliste du NME. Sur la fin des Slits, Ari travaille sur un album avec le collectif, qui a sorti trois albums entre 1980 et 1983.

11. Ari Up peut avoir grandi en Allemagne et en Angleterre, mais elle a perdu son intérêt à y vivre après 1981. Elle s’installa avec son mari en Indonésie et au Belize et vécut avec les peuples autochtones de ces pays pendant plusieurs années avant de finalement se rendre à la Jamaïque. Cela signifiait son accent était un mélange d’allemand, d’anglais et de jamaïcain. Ici, elle deviendra une star des sound systems connue sous le pseudo de Madussa.

12. Parmi tout cela, Ari Up trouve le temps de sortir son premier album solo, Dread More Dan Dead, en 2005. Il s’en suivra une première reformation des Slits en 2006, et plusieurs collaborations musicales, notamment avec Lee ‘Scratch’ Perry.

13. Mais The Slits n’avaient cependant pas encore dit leur dernier mot, puisque la reformation est encore à l’ordre du jour, voit quelques changements de line-up, dont Hollie Cook, la fille du batteur des Sex Pistols, Paul Cook. Ce qui les mènera à leur ultime album, sorti en 2009, une splendide consécration intitulée Trapped Animal.

14. Très vivante, Ari Up était connue pour porter des tenues hautes en couleur, bizarres et pour se servir de ses dreadlocks comme un accessoire, les balançant en rythme sur la musique. En 2008, elle a fait une tournée solo, où elle interprétait des morceaux des Slits, ses propres titres ainsi que des reprise de classiques du dub et du reggae.

Sur la Route avec les Ramones, Monte A. Melnick + Frank Meyer, chronique Cédric Nithard, Idem #66, avril 2013

IDEM-66-avril-2013SUR LA ROUTE AVEC LES RAMONES
Monte A Melnick + Frank Meyer

IDEM #66, Cédric Nithard, avril 2013

MELNICK – MEYER
Sur la route avec les Ramones

« Pour les fans des Ramones cet ouvrage pourrait être une bible. D’une part, parce que le narrateur principal de l’ouvrage est Monte A. Melnick qui a tourné pendant 22 ans avec eux comme tour manageur et considéré comme cinquième membre du groupe. Et d’autre part, car le livre est un véritable coffre aux trésors sur la vie des Ramones. Une véritable plongée au cœur d’un des plus grands groupe de rock sur trois décennies. » CN