Catalogue Fanzinothèque Grenobloise, 17 juin 2021, témoignage de Terro (alias Ladzi Galai), co-éditeur d’un des premiers fanzine local (1983-1985).

FANZINOTHÈQUE GRENOBLOISE

CATALOGUE 1983 – 2020, publié le 17 juin 2021

UNE ARCHIVE DE 176 FANZINES

La Fanzinothèque Grenobloise a été inaugurée en décembre 2018 au local autogéré. Elle rassemble les fanzines qui ont accompagné la scène punk, anarchiste, féministe, diy à Grenoble durant plus de 35 ans et qui forment ainsi une partie de ses archives. Chaque fanzine présenté dans ce catalogue est disponible en consultation. La fanzinothèque comporte à ce jour 176 fanzines. Si vous avez en votre possession des fanzines non-recensés dans ce catalogue, ou des infos supplémentaires, vous pouvez nous écrire à lokal_autogere@no-log.org. Ce catalogue a été conçu par Thomas à l’hiver-printemps 2021. Baptiste, Carole, Émil, Hilda, Mélo, Nicolas, Romain, Sylvain, Terro, Vanessa ont contribué par leurs témoignages. Richard a fait la relecture. Il a été imprimé en 100 exemplaires à Duplidocus, au 102 rue d’Alembert. En hommage à notre ami et co-amoureux des fanzines  et du punk D.I.Y. en général  Clive. Un grand merci à toutes les personnes qui ont fait dons de zines issus de leurs collections/archives. La fanzinothèque grenobloise se situe au local autogéré, 7 rue pierre dupont, 38000 Grenoble

TÉMOIGNAGES (extrait)

TERRO

Inquiétude, Noire Inquiétude

« Je suis dans le punk depuis 1977. J’avais 13 ans quand tout a commencé pour moi. Des proches m’avaient initiés au rock l’année précédente et j’étais en mesure de comprendre ce que tout cela représentait. La musique était vitale, créative, chaque groupe développait son propre style. Le mouvement n’était pas sexiste, il y avait plein de filles qui jouaient avec des mecs, qui montaient leur propre groupe, faisaient des zines ou étaient dans les orgas. Ce qu’on recevait au début venait principalement du Royaume-Uni, puis progressivement d’Amérique et plus tard d’autres pays. Pas mal de filles se sont éloignées du mouvement au milieu des années 80 face au machisme et à la violence apparaissant dans le hardcore, mais cela s’est produit principalement au États-Unis. Là encore un mouvement créatif musicalement tout en étant souvent plus rapide, qui s’édulcorera dans les années 90, mais dont les musiciens les plus doués ou les plus chanceux continueront toute leur vie. La musique c’est la vie pour beaucoup et pas un coup de pub qui vous mettra en avant un certain temps. Mais c’est aussi de la créativité éphémère vu le nombre de groupes géniaux n’ayant réalisé qu’un ou deux albums, parfois qu’un ou deux singles ; dont une multitude qu’on a pu découvrir grâce développement d’internet. Au début des années 80, au Royaume-Uni, c’est la violence skinhead qui sapera le mouvement punk. L’extrême droite s’étant emparée du mouvement skinhead originel qui n’était pas raciste mais écoutait de la musique noire, pour le détourner à ses fins politique. Cette gangrène s’est ensuite propagée ailleurs dans le monde, et nous en avons aussi fait les frais en France au milieu de cette décennie ou des concerts furent parfois gâchés. « If the Kids were united » Ce ne fut malheureusement pas le cas, ou alors dans la connerie, mais par groupuscules interposés !

Entre 1977 et 1982 j’achetais régulièrement les habituels mensuels de rock, m’intéressant à l’histoire de la musique et étant en quête de découverte de nouveaux groupes à écouter. A partir de 1979, toute la presse disait que le punk était mort, suite à la fin en queue-de-poisson des Sex Pistols puis la tragédie qui a suivi. Pour eux il fallait passer à autre chose. Mais c’était trop tard, le déclic avait eu lieu dans le monde entier, des groupes se sont crées de partout et cela n’a jamais cessé. Mais cette presse n’en parlait presque pas, elle se rabattait souvent sur ses élites rock préférées et j’en avais marre de lire des chroniques à côté de la plaque de disques que j’adorais. Cet autre chose sera étiqueté new wave ou power pop et plus tard post-punk, des termes génériques qui permettent tout de même de situer car ces styles comportent une diversité et une richesse à couper le souffle.

J’ai commencé a apprendre la musique à 7 ans et jouerais à partir de 1982 dans quelques groupes ou projets, mais sans jamais aller vraiment au bout. J’ai été plutôt bordélique à ce niveau là. Mais j’ai toujours continué à dénicher des trucs à écouter, que ce soit la découverte d’anciens groupes inconnus jusque-là ou de plus récents qui arrivent à m’accrocher. Depuis l’avènement du punk à l’échelle planétaire, grâce à, bien obligé de le dire, Nirvana, n’en déplaise aux belus, qui était un très bon groupe, une nouvelle génération de groupes est née, et il y aura à boire et à manger : un certain nombre de groupes intéressants et créatifs mais aussi et en majorité, une flopée de pop rock variété mélodique binaire et super chiante qui s’évertuera à se présenter sous la bannière du « punk ». Si vous crachez sur le passé sans vous y être vraiment intéressé, sans connaître les origines, pourquoi utiliser cette étiquette, vous n’aviez qu’à inventer la vôtre – ce que beaucoup ont fait d’un autre côté vu la diversité des sous-genres. Tous les groupes punk ’77 avait baigné dans les cultures précédentes pour faire leur propre truc, le rock ‘n’ roll, le pub rock, le glam, et le prog qu’il ne fallait pas mentionner à l’époque car ce n’était pas « in » .

Au début des années 80, d’autres magazines de rock voyaient le jour, mais sans pouvoir dépasser un ou deux numéros, la concurrence avec les têtes de proue était difficile. En 1983, avec quelques pote de lycée, on a commencé un zine pour parler de la scène rock locale et de la scène punk et new wave britannique. Il n’y a jamais eu foncièrement de scène punk à Grenoble, plus un fourre tout de groupes iconoclastes. Par contre il y aura un public pour les concerts de groupes punk venus d’ailleurs et qui joueront aussi plus tard dans les squats. Le zine s’appelait Inquiétude. C’était artisanal. Chacun faisait un article de son choix, des chroniques de disques qu’il avait dégotés, ou la petite interview d’un groupe, soit envoyés par la poste, soit réalisée après un concert avec un musicien tout en sueur. Il y avait aussi des textes plus personnels, des états d’âmes, des règlements de comptes ! Les quatre numéros (de 0 à -3) ont été ronéotypés par moi-même et la secrétaire de mon père (qui était aussi la sœur de ma copine) à la Bourse du Travail, située en face de Grand-Place après avoir quitté les locaux de la Maison des Associations. Mon père était permanent syndical à la CGT. Le zine était donc soutenu par les communistes ; il l’aurait été par les communards ! Une chose est claire, je ne suis ni un bourge ni un fils à papa qui était dans le punk. Un des petits articles que j’avais écrit était sur Crass, on avait aussi envie de parler de la scène anarcho-punk alors ignorée des médias, de la scène goth, qu’on appelait cold wave en France, et la « seconde vague punk », qui ne s’avérera que plus tard avoir été une seconde vague, car pour nous c’était la continuité. Les médias avaient enterré le punk, beaucoup ont décroché, mais pas moi ; j’aurais presque failli y succomber mais je n’ai jamais lâché le morceau ! Inquiétude a ensuite fusionné par connivence avec Noire Vision, le petit zine réalisé par une seule personne, Sukub, pour devenir Noire Inquiétude, en 1984. Même principe mais plus gros et avec plus d’intervenants. Il y a eu trois numéros. De la ronéo, on est passé à la photocopie. Je le les ai imprimé sur la photocopieuse du bâtiment informatique de Merlin-Gerin où j’étais gardien pendant neuf mois : merci les ingénieurs ! On laissait le zine en dépôt à Rock Contact, rue de La Poste et à Bunker, rue Lakanal. On a tout écoulé, mais le tirage ne devait être que de cinquante exemplaires, pas plus de cent en tout cas, on ne les as pas retirés. Puis avec Noire Inquiétude on a organisé un festival sur deux jours à la Chapelle Sainte-Marie-d’en-Bas, qui n’était pas encore un théâtre mais une grande salle. Gilles de Rock Contact nous a fortement encouragé car ce genre d’initiative de jeunes n’était pas fréquent à l’époque. On a invité Bérurier Noir et Ausweis de Paris, Haine Brigade et Tribu Choctaw, un groupe rock arty de Lyon, Division Nocturne, je sais plus d’où. De Grenoble, y avait aussi à l’affiche Oulianov, Inquiétude et un groupe surprise, ce devait être la performance de Sukub, Groupe 33. Inquiétude, le groupe de l’équipe du zine n’a finalement pas joué. Pour moi ce n’était pas grave car j’avais déjà envie de me casser, je nous trouvais mauvais ! On devait jouer en dernier après Ausweis, non pas qu’on était la tête d’affiche mais parce qu’Ausweis voulaient rentrer direct à Paris après le concert. Ce qui s’est passé c’est que les mecs des Pancho Villas étaient inscrits sur l’affiche et les flyers, car on les avait invités au festival après les avoir vus jouer dans une MJC. C’était un peu bourrin mais ils étaient fans de Stiff Little Fingers. Je ne sais pas vraiment comment Sukub avait négocié le plan avec eux, en tout cas ils ne sont pas venus jouer… ils sont venus foutre la merde. Le 2e soir, à la fin du concert d’Ausweis, un pote des Pancho Villas, sûrement le plus intelligent, est allé devant la scène et a balancé je sais plus quoi dans la batterie de Janko, puis il est parti en courant rejoindre sa bande dehors. Hugo, le chanteur d’Ausweis, est sorti avec une barre d’échafaudage voulant en découdre avec les relous. On est sorti parlementer, y a pas eu baston finalement, étrangement… Et on a terminé la soirée là-dessus. Sukub était dégoûté, mais on a quand même fait un bon festival. Au départ les Wampas étaient aussi prévus, ils ont annulé mais leur nom était déjà sur l’affiche. En fait, il me semble que les « vrais rockers » avaient la hantise des boites à rythmes. Voilà à quoi se résumait le punk à Grenoble en cette période, il n’y avait pas vraiment de scène. Je ne parle pas des concerts de groupes d’ailleurs organisés dans des lieux comme La Taverne, La Zone Interdite, le Magic ou L’Entrepôt où on a pu voir de bons groupes punk. Les concerts en squats se sont développés un peu plus tard. Grenoble était plus une ville rock et reggae que punk. Il y a des gens qui se revendiquent du punk maintenant mais qui crachaient dessus dans les années 80.

Quand à Inquiétude, le groupe, ce n’était qu’un projet prétentieux et infructueux de débutants que j’ai arrêté au bout de six mois. J’étais bien branché post-punk, goth-punk comme UK Decay à ce moment-là. J’ai amené les compos, assez sombres du coup, mais musicalement ça ne tenait pas la route. Jej Ravage – qu’on avait rencontré aux concerts et qui fera ensuite l’émission radio Poupée Vaudou avec Fil Cherence – est passé nous voir en répète à La Clé de Sol, c’était en ’85, et il tombe sur une dispute entre moi et Lobo, le clavier. Il est bien tombé, le groupe l’a engagé ! Je me suis cassé, lui laissant ma basse, mon ampli et mes textes ! Ils ont continué sous le nom Nord Inquiétude, ce qui évoque aussi le nom du zine. Deux ans après je commencerai deux projets cool, Dirty Husbands avec Lobo et Hermaphrodisiak avec Jej. On a fait des démos du tonnerre mais ce n’est pas allé plus loin. Ça aurait pu faire deux putains de bons groupes, mais j’étais trop instable… comme tout ce que j’ai entrepris dans ma carrière musicale, c’est resté éphémère, c’est de destin !

Pour revenir au festival de Noire Inquiétude, Le 3e et dernier numéro du zine sortira ensuite, faisant apparaître une interview des Bérus après leur concert, réalisée par Sukub, j’étais aussi présent. Le groupe a dormi à la maison, à Villeneuve. J’échangeai les zines avec d’autres zines provenant d’autres villes de l’hexagone. Ça foisonnait, c’était le début de la scène dite rock alternatif, Ce sont les zines qui ont aidé à rendre populaires les Bérus et tout un tas d’autres groupes. J’achetais mes disques chez les disquaires, même à la Fnac de Grand Place pendant plusieurs années, c’était juste un disquaire avec deux caisses et on pouvait écouter les disques. Puis j’ai commencé à les commander directement aux labels ou aux distros. J’ai commandé les trois premiers albums de Crass chez New Rose à Paris et acheté les trois derniers à la Fnac. Puis sur des VPC aux États-Unis : Subterranean Records, SST. J’ai fais moi-même mes premiers tee-shirts puis en commandais à une boutique de Paris appelée Harry Cover.

Entre 1985 et 1992, j’ai eu ma période mail-art, beaucoup d’échanges internationaux avec des tape-labels de home music, On a monté R.R. Products, sorti une trentaine de K7 albums ou démos, et quelques compilations à thèmes dont « Disco Totem » et « La Folie » en 1988, qui étaient accompagnées de deux gros graphzines, avec des photocopies de qualités (ça changeait de l’impression grisâtre des zines précédents). Il y avait un papetier place Vaucanson qui avait une super photocopieuse moderne, l’impression était bien noire et le mec qui faisait les tirages était très sympa : plein de monde allait imprimer chez lui, il a fini par être débordé !

En 1986, j’ai fait un TUC radio à Kaleidoscope, c’étaient les premières années des radios libres. Elle était installée en haut d’une tour au Village Olympique. J’ai fait la technique de quelques émissions et avais une programmation libre pendant quatre heures le matin, sans nom d’émission. Je passais les trucs les plus improbables possible qu’on n’entendait jamais en radio. Une fois une auditrice mécontente m’a appelé en disant que ça craignait de passer de la musique aussi bizarre. Puis la radio s’est fait cambrioler. Avec Vincent, le bosse, on l’a déménagée dans des locaux à côté d’une cantine. Comme j’avais un CAP de maçon, j’ai passé les mois suivant de mon stage à installer des locaux plutôt qu’à faire de la radio. Merde, je n’avais pas vocation à travailler dans le bâtiment !

Puis 2000 est arrivé, tout a changé, mais rien n’a vraiment changé. Beaucoup de mentalités se voulant évolutionnistes se montreront finalement rétrogrades. Le punk a perduré de bien différentes manières. Les squats ont continué avec leurs activités arty, j’y allais parfois, y ai un peu participé ; les squats ne sont pas foncièrement associés au punk même si certains utilisent le terme, et existaient déjà dans les années 70 au temps des hippies de toute façon. Je passerai bientôt à l’édition de livres sur la musique avec Rytrut, exclusivement des traductions de livres et de bios parlant de groupes anglophones, surtout affiliés à la culture punk, celle que j’affectionne le plus. Je suis resté indépendant, donc non affilié aux quelques groupes médiatiques et éditoriaux qui gèrent le marché. Nous avons aussi certaines contraintes car nous signons des contrats avec d’autres éditeurs étrangers et ne sommes pas si soutenus que ça. Ce qui compte c’est que ça intéresse des gens, suffisamment pour continuer d’exister. Pour moi, c’est la suite logique, j’ai continué à vivre ma passion et il n’y a pas qu’une seule manière de le faire. Le punk est un état d’esprit, bien sûr… mais aussi un style de musique, quoi qu’on en dise ; et les chances d’y accéder ne sont pas égales pour tout le monde dans le contexte d’une société telle que la notre. Voilà tout ce que m’a évoqué le souvenir du zine ! »

– Terro, 22 mai 2021

Zoop ! Alternativ’ Zine # 11, janvier 2021, Spécial exentriques & protéiforme : Ladzi Galai

ZOOP ! ALTERNATIV’ZINE # 11, nouvelle série

SPECIAL EXCENTRIQUES & PROTEIFORMES

Bruschetto / Omnicore / Grrzzz / J.L. Costes / B.B. Coyotte / Ladzi Galai / Mr Orange / Die Form / Sigue Sigue Sputnik / Pierre Redon / Poly Styrene / Marilyn Rambo / 300mA / Ich Niente / Boredoms / Bronzy McDada / Iconoclast / Laurent Plessiet / Naing Naing / Godflesh…

Pour ce nouveau numéro, voici une série d’articles sur les exentriques et fous dingues déjantés dans le rock, la pop, l’industriel où même le jazz mais pas seulement … Y a de la matière et ce numéro n’a pas la prétention d’être exhaustif, mais si vous avez des idées, je suis preneur pour une suite épicée… Bonne lecture !

EXTRAITS :

J’avais déjà eu l’occasion d’écrire sur les cas paradigmatiques que sont Jean Louis Costes et Ladzi Galai, l’un et l’autre n’ayant bien sûr rien à voir, le premier faisant dans la provoc, le gore voire même le scatologique alors que le second est beaucoup plus subtil, mais également caustique à ses heures. Je ne vous parle pas des dizaines de groupes plus loufoques ou hors du commun que nous avons également chroniqués dans Zoop ! Zine par le passé… Vous n’avez qu’à vous y repencher ! Les derniers « illuminés » notoires dont nous avons parlés sont Naing Naing, Pierre Redon et J. P. Saccomani. Toujours rayon anecdote, Ladzi avait fait une reprise de Costes… mais du titre le plus gentil et propre qu’il avait pu trouver et d’une singulière actualité : Belle et Cruelle.

Glop Music : http://rytrut.free.fr/glop/musique.ph
Original de Costes : https://www.youtube.com/watch?v=-QFEzsEAOn0

Ladzi Galai : Punk Dada !

Ladzi Galaï est un dada punk ! Né en 1964 à Grenoble d’un père syndicaliste puis artisan et d’une mère professeur des écoles puis conseillère municipale, il commence la musique à sept ans par le piano et la trompette, découvre le punk en 77, achète une basse en 1981 et commence à écrire des chansons et à jouer avec Ambassade, en 1982, puis avec les Screamin’ Dolls en 1984. Il apprend mieux l’anglais en écoutant et en chantant sur la musique anglo-saxonne qu’à l’école, et lors des multiples correspondances dans sa période mail-art. Pendant trois ans, il participe à un fanzine avec des potes, fait plusieurs tentatives de groupes, et en 1985 monte le tape label de home-music : R.R. Products, signifiant d’abord Réseau Rapetou puis Rythm & Rut (devenu RytRut). Puis un nouveau groupe à géométrie variable nommé Cripure (son pseudo) S.A.. En 1987, nouveaux groupes : Dirty Husbands et Hermaphrodisiak. En 1989, nouveaux groupes : Ted & les Terriens, No No No.

En 1993, sortie du CD de sa mythique symphonie pour guitares Ultime Atome et il forme un groupe pour l’interpréter en concert. Ayant utilisé entre autre le pseudo Cripure, joué dans quelques groupes, et publié ses textes dans plusieurs fanzines, il prend le pseudo Ladzi (ou parfois Lazzi) en 1997 pour le concert intitulé ironiquement « karaoké » d’un album solo présenté comme Punk’n’Roll à Dada ; le terme « Punk’n’Roll » n’étant pas encore d’usage.

En 1999 il sort un second CD solo Foutue poupée, des titres composés fin des eigthies, joués dans plusieurs groupes et enregistrés à partir de 1992 et mixé en 98 au studio Koeienverhuurbedrijf de The Ex. Il joue de tous les instruments et chante Ainsi va la vie d’une voix malicieuse sur un bon rock aux guitares twist. Foutue poupée parodie la new wave sur des textes absurdes se moquant du genre sentimental. Gogos est plus latin mais la guitare reste habilement underground 60ies en chantant presque faux. Son Apologie politique donnerait des crises d’apoplexie à beaucoup de bandits mais ses boîtes à rythmes et claviers orientaux, ses scratchs sont bien dada. Sauver ma peau prend un rythme plus rock et beaucoup d’autodérision. Être heureux permet de l’entendre sur son second instrument, la trompette, pour une parodie entre Nino Ferrer et Taxi Girl, message sur une gratte twist. Amer sur Terre est ironique et déjanté sur une guitare asiatique cam pop. Il faisait déjà du Philippe Katerine à l’époque, et avec de meilleurs textes et arrangements. Un dieu sur deux se fout d’eux et des demi-dieux avec des paroles métaphysiques. Sa Liberté rêvée yodelée est plus drôle et sa musique plus moderne que celle de Moustaki! Et quand il fait Rire Jaune sa guitare, c’est carrément psyché à la Floyd des débuts. C’est un excellent guitariste et chanteur dans des styles très variés comme le montre cet album. Dans sa Voiture se moque à tue tête de cette fierté consumériste, individualiste et collective des embouteillages jusqu’à y mourir. Laisse parler laisse parler les nains à la VRP sur un bon rock. Quelques instrus complètent l’album…

En 1999, il enregistre un autre album inédit, Cherche la balle (avec le chien du voisin aboyant sur ce titre !), avec entre autres Cécile Jarsaillon, des Suprêmes Dindes, au chant dans La Fille Multicolore entre punk, hippie et multi-ethnique. Ma Main est une parodie de twist 60ies entre Brigitte Fontaine et les Elles mais le texte est d’un érotisme malicieux. A Jamais et La Tristesse furent écrites à Londres avec des textes yodelés et musiques délirantes et mélancoliques comme L’Hiver est revenu : ça fait penser à du Françoise Hardy en plus drôle. Ladzi le bouffon est un bel exercice de lazzi en zi très drôle aussi. Viens avec moi est très jazz psyché dans le vibraphone, Glandu Q : hilarant et y a même Elli & Jacno miaulant Les jolis matous et Elle rit avec les couleurs des voyelles de Rimbaud. Un grand artiste indépendant. Je lui donnerais son diplôme de pataphysique tout de suite. J- D B.

http://rytrut.free.fr/glop/historique.html
http://rytrut.free.fr/glop/historique.html#ladzisolo

LADZI GALAI chansons punk’n’rolloïdes »

« Ladzi Galai sait faire rimer liberté avec aventure, minimalisme avec personnalité et musique avec bonheur… » écrivait un journaliste de Mix en janvier 2000. Rien que ça !!!! Moi, à l’époque, j’avais décris cet objet musical non identifié comme la conséquence d’une écoute prolongée de Devo, Residents et d’une improbable compétition avec Gogol 1er et Jean-Louis Costes (en nettement moins gore tout de même). Même le zine Aquamarine du tape label anglais Bliss, qui ne doit pas parler un mot de français, avait écrit sur notre « gogo » préféré des propos encenseurs ! Extrait : « Songs which explores various types of underground pop, raging to synthpop to songs which can only be described as a total-reinvention of pop punk.” Là encore, y a de la pommade ! Mais cela n’empêchera pas beaucoup d’esprits étroits de ne pas pouvoir supporter cela… mmm… Et pourtant il y a indéniablement de belles trouvailles dans ce carnaval loufoque et parfois d’une sensibilité touchante, avec des paroles parfois emrpeint de sensibilité et parfois complètement erratiques. Sur le blog on trouve des tas de titres, enregistrés en live, que je ne connaissais même pas comme Travail sans T  (excellent hymne à la paresse un rien anar), Moi je joue, Les jolis matous… La cerise sur le gâteau c’est Salade de fruits (je vous raconte pas l’allusion cachée que je crois avoir décelée dans ce délire) pour ne parler de Glandu Q » où là, on atteint les sommets de la pâtisserie… Flow

Travail sans T et Ma Main : compos de Cécile Jarsaillon qui chante avec Ladzi, alias Atila ! (chanteuse /guitariste des Suprêmes Dindes)
Moi je joue : reprise de Rivière/Bourgeois (interprétée par BB)
Les Jolis Matous : reprise de Elli et Jacno
Salade de fruits : reprise de Cantora/Roux (interprétée par Bourvil)
Ladzi Galai C/O Rytrut Le Martinot 38 190 St Mury Monteymond
rytrut@free.fr https://www.rytrut.com

Certaines Personnes…

« Certaines personnes préfèrent foutre en l’air leurs amitiés, pour tenter d’acquérir un pouvoir imaginaire. Certaines personnes renient l’amitié qu’on pourrait leur porter, par mesquinerie, par jalousie de ce qu’accomplissent d’autres. Ces personnes sont à la botte du système, ont des attitudes méprisantes, relatives à celles du courant dominant, jusqu’au point de se prétendre marginales, et dans une optique de rébellion pour le changement des mentalités médiocres, dont elles font, finalement, entièrement partie. Ces personnes sont à plaindre, mais des plaintes entendues que d’elles-mêmes car elles ne sont pas constructives de l’intérêt général, ni même pour elles-mêmes. Ces personnes font la honte des alternatifs qui travaillent avec leur coeur à l’harmonie de leurs relations avec le monde, autant qu’à leur intégrité personnelle. Elles ne relèvent en aucun cas les bassesses de la nature humaine, et grouillent dans les villes où elles s’agglutinent pour se dévorer. Elles voudraient que les autres s’intéressent à elles, mais n’ont rien à faire des autres, jusqu’à leur souhaiter secrètement, voir ouvertement, tout le malheur qui fera leur ruine. Mais tout le monde n’est pas dupe bien longtemps sur leur compte et sur leur cas, et elles seront les premières à s’en mordre les doigts, si toutefois, un jour, elles arrivent à comprendre, et à se sortir de leur situation de marionnette, de marionnette. » Ladzi Galai, Miroir aux Sources, Printemps 2004

– Florent Mercier, Infoshop Bokal lebokal@free.fr

HISTOIRE ORALE DU PUNK ROCK, John Robb, Chronique Underground Bokal Resistance, Feuille d’infos n°9, septembre 2020

HISTOIRE ORALE DU PUNK ROCK
de John Robb (Rytrut éditions)

Après d’étourdissantes traductions, rédactions, mises en pages et publications colossales et enivrantes par leur somme d’érudition sur les Who, Crass, Nirvana, D.O.A ou encore les Ramones et une histoire du punk américain (1979-1992) Going Undergound (de George Hurchalla) je me suis extasié sur la sortie de Histoire Orale du Punk Rock de John Robb. Traduction et publication grâce aux bons soins du almighty home team des Éditions Rytrut. Format à l’italienne.

Une anthologie de propos recueillis au fil des routes et des rencontres de l’auteur (chanteur des Membranes, post-punk / noise de Leeds) et rédigés avec un devoir de mémoire où l’on constate que des gens intelligents ont pu dire, écrire et faire croire en d’énormissimes conneries alors que certains, des deux sexes confondus – qui sont passés pour d’infâmes et innommables crétins – ont su provoquer la naïveté des masses et faire voir et entendre la fureur avec la pertinence et la subversion qui s’imposaient dans différents contextes. Quel plaisir de lire, pour une des trop rares fois en français, combien les clichés et contre-vérités sur le mouvement punk peuvent être ébranlés avec rigueur et honnêteté. Et ce n’est pas fini, car moi aussi je m’en occupe, autrement.

Cette somme de témoignages est aussi passionnante qu’instructive et j’exige, que dis-je, j’impose que l’ouvrage soit commandé par toutes les bibliothèques francophones, ici, maintenant que c’est chaud, partout ! Ce livre est un feu d’artifice rempli de pépites en guise de décors ! Une frénésie de propos que l’on pourrait trouver encore plus décousus que les pages de mon zine au premier jet mais qui, avec patience et malgré de nombreuses redondances, aident à s’y retrouver dans ce magma de personnalités et d’influences, mais pas seulement… Et c’est aussi un des mérites de l’ouvrage (à l’index ébouriffant et aux notes de bas de pages déconcertantes). Heureusement que ces 430 pages ne relatent « qu’une histoire orale », sinon qu’est ce que ce serait.

Impossible à résumer, j’insiste : une nébuleuse qui résonnera encore, et longtemps ! Producteurs, managers, éditeurs, graphistes, ingés son, photographes, clubs et salles n’ont pas été négligés dans cette histoire – « orale » mais bien écrite du « punk » – qui nous apprend ce que nous n’aurions jamais su sans un récit aussi vibrant qu’enthousiasmant, parfois drôle (on croule sous les détails insoupçonnables…) mais aussi, nécessairement, un peu tragique ; imaginez la somme de souci d’un groupe anticonformiste dans les années 70/80’s (si vous le pouvez…). Je vous épargne aussi les embrouilles /magouilles avec les maisons de disques, les plus téméraires ayant courageusement opté pour créer leurs propres labels et garder le contrôle sur leurs activités. Si ça ne vous parle pas, ça s’appelle le DIY.

Si vous avez aimé Burning Britain sur la seconde vague, vous adorerez celui-ci sur la précédente. Maintenant que ces textes / précieux recueils de propos tous azimuts, parfois drôles mais surtout d’une lucidité rare sont enfin disponibles, donnez-vous les moyens et commandez-le. DIY rules. Vaillamment illustré par de superbes peintures de Vince Bank.

www.vincebank.com www.rytrut.com www.louderthanwar.com

Flower Punker (Zoop Zine) Infoshop Bokal <lebokal@free.fr>

PS : Provoquer certes, mais qui, où, quand, comment et surtout pourquoi… Il serait temps de le savoir,…

Joe Strummer, Laisse la colère s'exprimer, Antonino D'ambrosio recto

LAISSE LA COLÈRE S’EXPRIMER – Joe Strummer, le punk et le mouvement de la citoyenneté mondiale, Antonino D’Ambrosio, chronique Underground Bokal Resistance, Feuille d’infos n°12, décembre 2020

Joe Strummer, Laisse la colère s'exprimer, Antonino D'ambrosio recto

LAISSE LA COLÈRE S’EXPRIMER. JOE STRUMMER, LE PUNK ET LE MOUVEMENT DE LA CITOYENNETÉ MONDIALE. Antonino d’Ambrosio, Éditions Rytrut. 392p., Nov 2020, 24€

Quel titre d’ouvrage ! Quelle somme de culture ! Quelle couverture ! Quelle surprise à la veille des fêtes de Noël ! Let Fury Have the Hour est le fruit de plus de vingt-cinq années de gestation. Pour l’auteur, tout a commencé en 1983 lorsqu’il a pour la première fois entendu The Clash beugler. Bien sûr, il connaissait déjà le groupe. Tout le monde le connaissait entre autre suite au succès international de Rock the Casbah mais c’est via Clampdown (Répression) qu’il a découvert, réellement découvert, la musique des Clash. Cette chanson lui a tellement parlé qu’elle semblait avoir été écrite pour lui. Plus qu’une simple rengaine, Clampdown devint son hymne personnel. Les Clash permettaient la rébellion et il fut persuadé qu’ils ne manqueraient pas à leurs engagements. Antonino fut dès lors libéré de ce sentiment de perdition lié à la perspective d’une vie passée à « porter du bleu et du marron », un vers tiré des paroles de Clampdown faisant référence aux couleurs des tenues standards des cadres « qui travaillent pour la répression » (NdT). Quand le punk est devenu un phénomène social et culturel en 1976-77, Antonino était bien trop jeune pour prendre part au mouvement ou pour comprendre cette musique qui, en l’espace de quelques années seulement, occuperait une place essentielle dans sa vie. Fils de parents immigrés italiens qui étaient férus de musique et lui apprirent qu’une mélodie possède un pouvoir nettement supérieur à celui d’un film, d’un tableau, ou d’aucune autre forme d’art :

« Une mélodie vous prend par surprise, vous empoigne pour ne plus lâcher prise, fait table rase de tout ce que vous teniez pour acquis. L’expérience est transcendantale. Édifiante. Valorisante. Émancipatrice. Je n’évoque pas ici la pop rose-bonbon et des bluettes sirupeuses que les radios nous servent ad nauseam mais d’un genre de musique dont les riffs dévastateurs envoûtent, dont les paroles invitent à la réflexion. Je parle de ce qui nous permet de garder la tête haute dans ce monde pour le moins inhospitalier, de groupes comme The Clash, d’artistes comme Joe Strummer. Le pacte que Strummer signait avec son public était garanti à vie. Vous pouviez prendre part à quelque chose de positif. Le changement s’opérait si vous étiez vous-mêmes prêts à changer. »

Comme tant d’autres, Antonino reconnait qu’il n’aurait pas pu découvrir cette musique à un meilleur moment et j’ai d’autant plus facilement bu ses paroles à longueur de pages que je m’y suis souvent reconnu. En écrivant ce livre, c’est à plusieurs générations qu’il fait appel avec un style personnel et convaincant et l’on ne peut que saluer l’excellent travail de traduction de Sébastien Jousselin et Paul Vincent tout comme la fastidieuse indexation (et mise en page) de Cripure (24p. !).

Tout comme pour bon nombre d’entre nous, Strummer a communiqué la force de croire à la résurgence des mouvements populaires qui avaient remporté de grandes victoires démocratiques dans les années 60. Les lettristes. Les situationnistes. Mai 68. Grosvenor Square (Parc de Londres dans lequel eurent lieu de grandes manifestations contre la guerre du Vietnam en mars et octobre 1968. NdT). Le Chili d’Allende. L’Automne Chaud en Italie. Tout se remettait en marche, sa voix et sa musique en attestaient. Rien ne servait d’attendre au bord de la route dans l’espoir que quelqu’un vous prenne en stop. Tout était question de DIY – pas pour toi, mais pour tous. Ensemble, nombre de gens furent unis pour une noble cause, renonçant à l’intolérance, embrassant la justice. Strummer avait ce don : à son contact, tout le monde se sentait appartenir à l’équipe, personne n’avait l’impression de n’être qu’un vulgaire consommateur. C’est l’une des plus belles prérogatives de la musique et ce livre, que je tacherai de synthétiser plus longuement qu’en reprenant des passages très parlant, en est le témoignage sincère et poignant. On ne pouvait espérer mieux que la parution pour la première fois en français en cette fin d’année d’un ouvrage devenu culte en anglais. Un futur grand classique en perspective de la « littérature rock » sans nul doute qui est découpé en différents actes (sous-divisés en essais au gré des interlocuteurs et contributeurs) correspondant aux diverses périodes de sa vie, du punk aux protest songs folk (Joe se reconnaissait entre autres dans Woody Guthrie), de la musique de films (Walker) au cinéma (Straight to Hell d’Alex Cox, Mystery Train de Jim Jarmusch…).

Tom Morello reprend pour héritage des Clash le discours d’intronisation au Rock and Roll Hall of Fame de 2003. Pour autres exemples que je retiendrai, l’embarras du choix étant conséquent, Michael Franti de Spearhead, dans l’Acte IV, Le monde mérite qu’on se batte pour lui ; « Le message sous-jacent que l’on retrouve dans la musique de Strummer, c’est que le monde peut être un endroit affreux, terrifiant (…) mais Strummer continua de mener le combat même lorsque sa musique ne passait plus à la radio ». Chaque partie offre à ses contemporains, et non des moindres – Tim Robbins, Not4Prophet, Chuck D, Billy Bragg, … ou encore (plus loin ou plus avant) Kristine McKenna, Carter Von Pelt, Greil Marcus, Sylvie Simmons, Denis Broe, Charlie Bertsch,… – l’opportunité de discuter de la marque indélébile que le chanteur a laissé sur leurs vies d’artistes, d’activistes et d’êtres humains.

Pour les novices, soulignons qu’à la fin d’une carrière intense et plurielle, bien qu’hélas trop courte (Joe est décédé tragiquement le 22/12/2002 d’une rare maladie du cœur à l’âge de 50 ans), alors que d’aucuns prétendaient qu’il était déjà une relique du passé eut égard à la fulgurance du génie des Clash qui, avec leurs quatre premiers albums, se sont faits une réputation inaliénable au Panthéon du (punk-)rock, Strummer nous a plus discrètement laissé trois albums, perles d’inventivité et de créativité, tant son potentiel semblait ne pas connaitre de limites, dans des styles radicalement différents, avec des apports exotiques, Sud Américain / Caraibéen ou world music : Rock Art and the X-Ray Style, Global a Go-go et Streetcore. Avec ces disques et autres productions (Mescaleros…) :

« Sa vision du monde s’était élargie de toutes parts et devint une source d’inspiration de circonstance. On ne peut qu’imaginer ce qu’il aurait pu accomplir par la suite. Comme il le disait lui-même : ‘Les meilleurs moments de n’importe quelle carrière sont ceux auxquels personne ne s’attend. (…)’ Strummer incarnait l’âme du punk rock et ses prédispositions à devenir mouvement social et politique.

Il ne s’agissait pas pour lui de simplement s’inscrire dans l’air du temps ou de se donner une contenance subversive, c’était un principe auquel il allait se consacrer jusqu’à la fin. »

Antonino d’Ambrosio est un auteur, réalisateur, musicien et artiste plasticien. On lui concédera également volontiers le statut de journaliste. Son livre A Heartbeat and a Guitar: Johnny Cash and the Making of Bitter Tears a été nominé au Belmont Book Award. Il a produit plus d’une quinzaine de documentaires dont No Free Lunch dans lequel apparait le comédien Lewis Black. Son film Let Fury Have the Hour a été sélectionné pour le festival du film de Tribeca. Il est aussi le fondateur de La Lutta New Media Collective : www.lalutta.org, une association de production médiatique activiste basée à Brooklyn, NY. Le livre inclut ses photographies ainsi que des illustrations de Shepard Fairey.

www.rytrut.com

Florent Mercier (Zoop Zine) Infoshop Bokal <lebokal@free.fr>

Présentation du livre

On the Road with the Ramones, Monte A. Melnick + Frank Meyer, chronique Babelio, novembre 2020

BABELIO, Albert Henri, 15 novembre 2020

« Touring touring it’s never boring… »

En 22 ans d’existence, le groupe newyorkais donna précisément 2263 concerts, aussi bien dans des petites salles américaines, telles que la mythique CBGB située dans le quartier mal famé du Bowery à NYC, qu’au Japon, en Amérique du Sud, un peu partout en Europe…

Il fallait assurer la logistique, de ces tournées interminables ; réserver les billets d’avion, les hôtels, servir de chauffeur, un homme se consacra à cette tâche : Monte A Melnick, que les afficionados des Ramones connaissent comme le « cinquième Ramone ».

Monte, fréquentait les énergumènes avant même la formation du gang de faux frères, il connaissait Tommy le premier batteur de longue date, c’est donc tout naturellement qu’il devint roadie puis tour manager du groupe.

Gérer l’ingérable pourrait résumer le travail de Monte A Melnick ; entre le sale caractère de l’autoritaire Johnny, les TOC de Joey, le côté disons « excentrique » de Dee Dee et de Marky, la vie n’était certes pas un long fleuve tranquille.

Il y eu de bons moments bien sûr tout au long de ces années, mais aussi de vraies galères ; arrestations, bagarres, passages à l’hôpital, et même accident de la route furent le quotidien du manager des éternels ados qu’étaient les Ramones: chapeau Monsieur Melnick, et merci pour tout !

Le livre publié chez Rytrut, petit éditeur ultra spécialisé (presque uniquement des livres sur le punk rock) est un très bel ouvrage, présentant sous forme d’entretiens de nombreux témoignages et une riche iconographie avec des documents souvent inédits.

Un bien beau livre, un peu cher, mais quand on aime on ne compte pas…

Burning Britain de Ian Glasper, Chronique Le Scribe du Rock, septembre 2020

PUNK’S NOT DEAD AT ALL ! CHRONIQUE DU LIVRE « BURNING BRITAIN – SECONDE VAGUE DU PUNK BRITANNIQUE » PAR IAN GLASPER – EDITIONS RYTRUT

Le Scribe du Rock, 21 septembre 2020

Depuis toujours tu rêves d’un livre qui s’écoute ? Pour être, selon les moments, des deux côtés de la barrière (côté auteur et côté lecteur) je rêve toujours d’écrire/de lire cet ouvrage magique. Mais si rêver est indispensable (surtout en ce moment, où l’on ne nous fait pas beaucoup rêver) il faut savoir parfois être pragmatique. C’est pourquoi, a défaut d’avoir trouvé la formule magique qui me fasse un jour écrire ce fameux « livre a écouter » j’ai décidé ici-même de parler d’un livre en joignant un maximum de liens d’écoute, profitant des opportunité du web pour transformer cette chronique en plate-forme musicale. Bon, et si nous parlions un peu du livre en question ?

Burning Britain : seconde vague du punk britannique, par Ian Glasper. Editions Rytrut (version française par Frédéric Jalabert, Nico Poisson, David Mourey, Ladzi Galaï)

742 pages de punk rock ! Et pas n’importe lequel ! Le punk qui a fait la vague « punk’s not dead » du tout début des années 80, celle que l’on a aussi baptisée UK82 et qui a donné naissance a ce que l’on allait appeler le « punk hardcore » et ses dérivés comme le crust, le d-beat…

Ian Glasper, citoyen de sa très britannique majesté, a vécu ces années là de l’intérieur, et c’est d’emblée ce qui donne la force de ce livre, son authenticité, sa street credibility !

De quels groupes se rappelle t’on lorsqu’on évoque cette période heureuse ? GBH, The Exploited et Discharge, le trio gagnant dans l’ordre et le désordre…Ian Glasper ne contredit pas ce tiercé évident, mais l’objet de son livre est aussi de mettre en lumière ces groupes de toute la Grande-Bretagne qui ont apporté leur pierre a l’édifice tout en restant plus confidentiels…

Voici la période couverte : 1978 – 1985..

1978 ? Le punk est mort, officiellement. Les Sex Pistols se décomposent aux USA, le Clash se rêve une carrière de rockers de stades (ce qui va advenir), les Damned accumulent les échecs, et les seconds couteaux comme Generation X ont certes marqué quelques esprits, mais n’ont jamais atteint la zone rouge provoquée par les historiques. 1978 c’est la fin d’une période qu’on peut commencer en 1975, au début des Pistols, quand les anglais, sous influence des punks US (Ramones, Patti Smith, Television…) se rêvent en représentant d’un chaos sans nom ni projet réel, beaucoup moins politisé que ce qu’on a pu en dire (ou en tout cas moins ancré dans un projet politique existant, le chaos justifiant aussi bien les svastikas que les A cerclés).

Déjà le post-punk (aussi appelé new wave, et générant bientôt la cold-wave, le rock gothique, le deathrock etc.) prend sa place dans l’histoire et les punks se mettent a la musique froide et synthétique (encore sous influence américaine avec Suicide mais aussi allemande avec Kraftwerk et britannique avec le pape Bowie)

Mais tandis que les critiques chics du London branché décrètent la mort du mouvement, quelques jeunes gens, davantage issus des classes populaires et du lumpenproletariat (enfants putatifs du John Lydon/Rotten irlandais fauché victime du rejet des anglais plus que du fils de diplomate devenu communiste Joe Strummer) lançent au ciel une phrase qui allait devenir un mouvement : « Punk’s Not Dead ! » Non, nous ne sommes pas morts, nous sommes les vrais punks, ceux qui vont VRAIMENT renverser le gouvernement, nous avons la dalle, nous n’avons rien a perdre !

Ils viennent des faubourgs des villes, et des villes les moins côtées, comme Manchester, Liverpool et autres, ils sont des fils et filles de rien du tout, des enfants d’ouvriers déjà chômeurs clairement No Future jusqu’au bout des ongles vernis en noir…

Le punk qui va (re)naître durant cette période est soit marqué par une continuité avec le punk 77 comme Peter and The Test Tube Babies…

Soit dépositaires d’un punk beaucoup plus rapide, plus violent et noir que celui de 77, et régulièrement infecté par des germes venus du heavy metal, comme Discharge…

Le punk « hardcore » est né, et il n’est pas constitué d’une unité musicale plus forte que son grand frère. Si les « têtes d’affiches » Exploited, GBH et Discharge se distinguent par un son de la rue, violent, prolo, hooligan, encore une fois plein d’autres sont davantage dans la lignée rock’n roll saturé que les Pistols et les Ramones avaient engendré.

Ainsi, ce superbe ouvrage de Ian Glasper, agrémenté de nombreuses photos (presque 200) est-il un document indispensable pour mieux comprendre cette vague qui a refusé de succomber, cette bande de prolos déjà convaincus que l’Angleterre allait les hacher menu mais qui ont continué le combat coûte que coûte…Ont-ils perdu la bataille contre le grand capital ? Oui, malheureusement, mais leur musique est toujours là, et qui sait, peut être inspire t’elle déjà de nouvelles révoltes ?

es punks semblent renaître au travers de ce magnifique bouquin, clairement pas loin du graal du « livre qui s’écoute » tant, au fur et a mesure des pages, on entend la bande son de ces combos plus ou moins connus défiler et nous botter l’arrière-train ! Bravo aux éditions Rytrut pour ce superbe travail éditorial et ce livre INDISPENSABLE !

Punk’s Not Dead !

https://www.rytrut.com/burning-britain-seconde-vague-punk-britannique/

 

The Who by Numbers, Steve Grantley & Alan G. Parker, chronique Bertrand Tappaz, Voix de Garage, Radio Campus, 1er avril 2019

STEVE GRANTLEY & ALAN G. PARKER
The WHO by Numbers, l’Histoire des Who à travers leur musique
Rytrut éditions

Par Bertrand Tappaz, Voix de Garage, Radio Campus Grenoble, 1er avril 2019

Même pour moi, alors que les Who sont mon groupe préféré de tous les temps, ce projet racontant l’histoire du groupe chanson par chanson pouvait passer pour fastidieux, scolaire et stérile. Mais bien heureusement il n’en est rien.

Certes les deux auteurs sont également fans et souvent dytirambique (et c’est tellement nécessaire pour qualifier la musique du quatuor dans ses meilleurs moments).

Cette très belle édition française (visez moi cette superbe couverture) donne furieusement envie de réécouter les albums ! Ce qui est le but évidement. Mais en plus j’ai appris pas mal de chose sur les WHO et pourtant j’ai déjà beaucoup lu sur eux. Car, en fait, ce livre ne se contente pas de répértorier et analyser chaque chanson…

Dans un pays qui n’a jamais pris les Who au sérieux (pour tout un tas de mauvaises raisons) et qui ne voit le Rock qu’entre la dischotomie Beatles/Stones (groupes pour lesquels je n’ai aucun intérêt musical) ce qui prouve bien la petitesse d’esprit des gens d’ici en matière de Rock, il est très salutaire que ce livre bénéficie d’un si beau travail d’édition !

300 pages 26 euros.

https://www.rytrut.com/

Disponible chez les bons libraires (par exemple à Grenoble aux Modernes, Rue Lakanal)

[BT]

The Who by Numbers, Steve Grantley & Alan G. Parker, Infolettre LaDistroy, 8 février 2019

[Infolettre] Et la politesse bordel !

Salut à toi camarade distronaute !
«Tout le monde avant eux était poli. Les Who n’étaient tout simplement pas polis« . C’est par cette phrase de Shel Salmy (leur producteur historique) que débute The Who by Numbers. Sous-titré «l‘histoire des Who à travers leur musique».
On va donc suivre les quatre londoniens et leur formation proto-punk, album après album, titre après titre. Et c’est peu dire que la dernière production des éditions Rytrut est une sucrerie remplie d’anecdotes qui poussent à ne pas lâcher le bouquin (le bégaiement sur «My Generation», l’origine du nom «Led Zeppelin», le riff de «Clash City Rockers», etc) (et la couv de «Who’s Next» montrant les quatre gars après avoir pissé sur le monolithe de 2001, «Townshend dira en plaisantant que cette pochette était la vengeance du groupe envers Kubrick parce qu’il avait refusé de diriger Tommy»).
Vous pouvez vous y aventurer c’est de la très bonne came. Et je pense que nombre de groupes devraient lire ce genre d’ouvrage, ça file la patate, et c’est très instructif (sur la composition des morceaux, les analyses après coup) (tout ce qui sépare une façon d’aborder la musique et, in fine, tout ce qui la rejoint).
Une dernière anecdote :
«Le dernier concert des Beatles en Grande-Bretagne a lieu aux NME awards, à l’Empire Pool de Wembley. Les Who sont également de la partie. Townshend et Moon sont d’humeur destructrice : ils ne sortent de scène qu’après avoir soigneusement mis en miettes guitares et batterie, dans la farouche intention de dépasser en puissance la tête d’affiche. La vieille garde commence à battre de l’aile. La génération montante est prête et attend son tour en rongeant son frein.»
Peut-on transposer cela à la scène actuelle ? La vieille garde bat-elle de l’aile ? La jeune génération a-t-elle envie de bouffer le monde ?… vous avez deux heures, je passe ramasser les mails…
The Who by Numbers, par Steve Grantley et Alan G. Parker
C’est sorti chez Rytrut, et c’est disponible sur LaDistroy >ici<